mardi 8 mai 2012

LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES



LE RÉCUPÉRATEUR DE CADAVRES

En 1831, le Docteur MacFarlane (Henry Daniell) dirige l’Ecole de médecine d’Edimbourg. Donald Fettes (Russell Wade), élève de MacFarlane, souhaite soigner une petite fille victime de paralysie. MacFarlane se laisse convaincre mais a besoin d’un cadavre afin de préparer l’opération. Il fait alors appel aux services de John Gray (Boris Karloff)...


Il y a de cela un peu plus d’une semaine, environ, je vous signalais sur ce blog mon inscription à la médiathèque, fraichement ouverte, de ma ville ainsi que l’un de mes emprunts les plus prometteurs, un film, Le récupérateur de cadavres, avec, en vedette à en croire la jaquette du DVD, deux monstres sacrés du cinéma d’horreur de la grande époque : le grand (par la taille mais aussi par le talent) Boris Karloff et le vampirique Bela Lugosi. Cette œuvre, je dois l’avouer, je n’en avais jamais entendu parler jusque-là et, immédiatement, je me suis dit que je ne pouvais décidément pas passer à côté d’une telle rencontre entre deux acteurs aussi cultes, mais aussi, devant ce qui s’avérait être un synopsis pour le moins intéressant : en effet, plus qu’un banal film d’horreur avec, dans le désordre, savant fou, château hanté au sommet d’un promontoire rocheux, valet bossu et maitre des lieux vampirique, dans Le récupérateur de cadavres, The body snatcher en vo, nous avons droit à un sujet certes souvent abordé dans le cinéma, mais toujours aussi pertinent, je veux bien évidement parler de jusqu’où peut aller la science sans se fourvoyer ?

Tiré d’une œuvre de Robert Louis Stevenson, elle-même inspiré d'un fait divers réel, l’intrigue du Récupérateur de cadavres nous entraine en Ecosse, a Edimbourg, au début du XIXème siècle : ici, donc, un célèbre professeur en médecine, le Docteur MacFarlane, devant le peu de corps disponibles pour la dissection à proposer à ses étudiants, use des talents d’un étrange cocher qui n’hésite pas à user de moyens pour le moins scabreux afin de satisfaire les demandes de son client ; client dont, on s’apercevra assez rapidement, il partage un vieux secret pour le moins inavouable. Vous l’avez compris, le scénario aborde une thématique bien réelle et qui se poursuivit pendant des siècles : en effet, pendant longtemps, nombre de médecins usaient de la sorte et tout un marché pour le moins morbide prospérait au sein des villes universitaires, villes où, la nuit, dans les cimetières et les morgues, il se passait de drôles de choses. Mais dans ce film, les agissements du cocher, superbement interprété par un Boris Karloff qui nous prouve indéniablement que son talent allait bien au-delà que son rôle de monstre dans Frankenstein ou La Momie, chose que l’on a tendance à oublier un peu trop hâtivement, vont beaucoup plus loin que celui de simple fournisseur de cadavres frais : devant la demande, toujours plus pressante, un petit coup de main du destin s’avère vite indispensable, et le docteur MacFarlane, fortement dépendant dans sa relation, est vite pris au piège face aux actes de son complice tout en sachant que si l’un tombe, l’autre tombera également. Pourtant, les choses ne sont pas aussi simples que l’on pourrait le croire.


En effet, l’une des grandes forces de ce Récupérateur de cadavres est son absence de tout manichéisme ; certes, le jeune étudiant en médecine est là pour nous présenter un personnage que l’on pourrait qualifier de positif, pourtant, c’est par les agissements contestables et hors la loi du Docteur MacFarlane que celui-ci finit par guérir une petite fille paralysée, chose auquel il ne serait pas parvenue si, auparavant, son comparse n’aurais pas commis un meurtre afin de lui fournir un corps pour qu’il étudie la colonne vertébrale. Mais même la figure du cocher, a la grande surprise du spectateur, est bien plus ambiguë que l’on pourrait le supposer puisque, non seulement celui-ci – Boris Karloff donc – est doux et prévenant avec la jeune paralytique, mais en plus, ces paroles du début du film finissent par être a l’origine de la guérison de celle-ci. Alors, des personnages non manichéens, dans un film américain et datant de 1945, on croirait presque rêver, comme quoi… Et à ce scénario tout bonnement excellent, comment ne pas saluer la mise en scène de Robert Wise, qui en était là à son troisième film pour la RKO, et qui, bien avant des œuvres comme Le Jour où la terre s'arrêta, West Side Story, La Mélodie du bonheur, La Canonnière du Yang-Tse et Star Trek, le film, qui firent sa renommée, signe ici un pur petit bijou du cinéma d’horreur de la grande époque ; entre une mise en scène époustouflante, des acteurs excellents, un thème fort, Le récupérateur de cadavres, servit par un noir et blanc qui renforce le coté gothique de la chose, et ce, du plus bel effet, est une œuvre rare et qui, sans aucun doute, mérite d’être découverte pour ceux qui ne la connaitraient pas encore.


Pour finir, je tennais à revenir sur la présence de Bela Lugosi dans ce film. Contrairement à ce qui est annoncé dans le DVD, celui-ci n’occupe qu’un rôle mineur dans Le récupérateur de cadavres, celui de valet du docteur MacFarlane, et on ne le voit quasiment pas. En effet, à la base, il ne devait pas jouer dans le film mais ce furent les producteurs qui exigèrent sa présence, afin que la fameuse rencontre entre les deux célèbres monstres sacrés du cinéma d’horreur puisse avoir lieu. Cette scène, courte, n’en reste pas moins particulièrement jouissive, ne serais ce que par les dialogues, savoureux, entre les deux acteurs. Certes, de par ses qualités, Le récupérateur de cadavres vaut plus que cette simple scène, mais bon, sans nul doute que pour les amateurs du genre, celle-ci à, également, son importance. 

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