mardi 24 janvier 2012

LA CITÉ INTERDITE



LA CITÉ INTERDITE

L’empereur Ping est un homme d’humble origine et à la forte ambition, monté sur le trône à partir du rang modeste de capitaine. Il a abandonné sa première femme pour épouser la princesse de Liang, aujourd’hui son impératrice Phœnix. L’empereur n’aime pas sa seconde femme, met son humeur aigre sur le compte de la maladie et l’oblige à prendre un traitement qu’il a concocté lui-même toutes les deux heures depuis dix ans. Elle et le prince héritier Wan, le fils que l’empereur a eu de sa première femme, ont une liaison depuis trois ans. Wan se sent coupable de cette liaison et entretient une seconde relation secrète avec Jiang Chan, la fille du médecin impérial. Il souhaite s’échapper du palais, qu’il n’a jamais quitté, et voir le monde réel avec Chan. Le prince Jai, le deuxième fils et l'aîné de l’impératrice, a dirigé l’armée de l’empereur Ping aux frontières du royaume pendant trois ans. Le palais a préparé une cérémonie d’accueil grandiose pour le retour du prince à la veille de la fête des chrysanthèmes, mais l’empereur annule celle-ci au dernier moment pour rencontrer son fils dans une auberge voisine où Jai a reçu instruction de l’attendre. Là, l’empereur provoque son fils en duel comme un acte de domination, après quoi il avertit Jai de ne jamais répéter une erreur passée, non précisée, insistant sur le fait que tout ce que Jai reçoit provient de la volonté de l’empereur et que toute tentative d’obtenir quelque chose de l’empereur par la force est vouée à l’échec.

Je ne remercierais jamais assez France Ô de nous avoir proposé, hier soir, pour fêter la nouvelle année chinoise, ce très beau film qu’est La Cité Interdite, œuvre du réalisateur chinois Zhang Yimou et déjà responsables de véritables petits bijoux comme Le secret des poignards volants, Hero ou Epouses et concubines. Ainsi, et alors que je m’apprêtais a passer une soirée peu engageante, en zappant sans grande conviction, et dans l’attente d’une sale nuit où j’aurais bien du mal à trouver le sommeil suite à mes quintes de toux, j’eu l’agréable surprise de tomber par hasard – comme l’on dit, celui-ci fait décidément bien les choses – sur ce film que je ne connaissais pas (franchement, vu sa date de sortie, mon plus jeune fils était tout petit et j’avais bien d’autres chats à fouetter que de suivre l’actualité cinématographique) ou que j’avais oublié (ma mémoire et moi) et, en moins de deux minutes, décision fut prise de m’exiler au salon (et oui, ça n’enchantait pas madame qui préféra, soupir, L’amour est dans le pré sur M6) et de m’installer confortablement devant un bon moment de cinéma.


Bon, avant toute chose, je dois reconnaitre que cela faisait belle lurette que je ne voyais pas un film asiatique alors qu’il fut un temps – plus insouciant, moins de responsabilités, en gros, je n’avais que ça à faire – où je ne me lassais pas de ceux-ci : ainsi, entre des véritables petits bijoux de Kurosawa comme Les Sept Samouraïs ou La Forteresse cachée pour les films de sabres nippons, mais aussi, Battle Royal ou Ring dans des genres différents ainsi que, du côté du cinéma chinois, des pépites d’humour et d’action comme Il était une fois en Chine et des fresques comme Hero ou Tigres et Dragons, pour ne citer que les plus connus, les premières années du vingt et unième siècle, pour moi, furent asiatiques ! Par la suite, et les aléas de la vie, j’ai un peu abandonné le genre et ce, même si celui-ci me plaisait toujours au temps ce qui a fait que, depuis que Le Journal de Feanor existe (quatre ans), je n’ai eu l’occasion que d’en voir un seul : Les Trois Royaumes, superbe fresque semi légendaire, semi historique des Royaumes combattants, il y a de cela trois ans environ. Ainsi, telle ne fut pas ma joie de retrouver ainsi un genre aimé, pour ne pas dire adorer, et que j’avais laissé, selon moi, bien trop longtemps de côté.


Mais alors, que vaut vraiment cette Cité Interdite ? Car bon, comment dire, ce n’est pas parce que l’on aime un genre particulier que l’on doit tout accepter sans emmètre la moindre critique. Et ben, tout d’abord, reconnaissons-le tout de suite, ce film n’est pas le meilleur que j’ai eu l’occasion de voir du cinéma chinois, certes, à l’époque de sa sortie, il en était le plus cher – mais cela n’a jamais été un gage de qualité. Ensuite, et quelque part, ceux qui connaissent et apprécie le genre peuvent trouver cela curieux de ma part mais sur ce coup-là, je n’ai pas franchement aimé les exagérations habituelles des combats. Certes, par-là, je n’émets pas de critiques sur tous les combats du film, après tout, le dernier, dans son exagération même – deux armées qui s’affrontent en plein cœur de la Cité interdite, le massacre qui suit, l’un des personnages principaux qui tient tête à des centaines d’adversaires à lui tout seul (ah, les bons souvenirs de l’un des jeux les plus extravagants et jouissif de tous les temps : Dynasty Warriors !) est un modèle du genre et ravira les amateurs dans mon genre. Par contre, le côté mecs qui volent sur ce coup, était de trop car ne se justifiait pas vraiment. Pire encore, le fait que certaines femmes aient des prédispositions au combat et plus particulièrement la fille du médecin royal : franchement, ce fait a desservi le film alors que dans d’autres, ça passait assez bien. Mais alors, pourquoi ses griefs ? La Cité Interdite est-il une œuvre ratée ?

Et ben non, pas le moins du monde en fait ! Le problème qui se pose ici, c’est qu’en fait, nous nous trouvons la devant une œuvre plus profonde, plus intimiste et plus, comment dire, axé sur la réflexion que ce que l’on a l’habitude de voir dans le cinéma chinois. Véritable drame que n’aurait pas renié Shakespeare, La Cité Interdite vaut énormément pour son coté terriblement oppressant, renforcé par ses décors certes somptueux et féeriques, mais dans lesquels chaque protagoniste n’est en fait qu’un jouet dans une prison dorée, soumis aux bons vouloirs d’un souverain, à la fois cruel et aimant (selon ses gouts), mais aussi au poids encore plus important des traditions ancestrales qui régissent l’ensemble de la société chinoise et plus encore la classe dirigeante. Cette oppression, ce sentiment d’étouffement est amplifié par une bande son qui colle parfaitement bien à l’intrigue et qui écrase davantage – comme s’ils n’en avaient pas encore assez – les personnages de ce drame. Car oui, c’est un drame qui se cache derrière cette intrigue de palais, cette volonté de l’impératrice de formenté un coup d’état, tentative forcement voué à l’échec mais qui reste sa seule et unique solution, condamnée qu’elle est selon la volonté de son époux. Mais drame aussi pour son beau-fils, le Prince héritier, qui souffre d’avoir perdu sa mère, mais aussi de sa liaison avec sa belle-mère ; drame également pour les autres enfants, l’un tirailler entre son père et sa mère et qui pourrait tout perdre, l’autre, véritable cinquième roue du carrosse, nourrissant sa haine secrètement pour l’ensemble de sa famille. Drame également pour d’autres protagonistes, que je ne dévoilerai pas davantage afin de ne pas trop en révéler sur l’intrigue et gâcher l’effet de surprise ; sachons seulement qu’entre jalouseries, haine, inceste, les pauvres protagonistes de cette histoire, accablés par le destin et sachant par avance que celui-ci ne leur sera pas profitable, n’en sortiront pas indemnes, loin de là.

Car malgré ses somptueux décors, ses costumes flamboyants et ses hauts faits d’armes, La Cité Interdite est avant tout une œuvre en vase clôt, une affaire de famille qui ne peut que se finir mal, une œuvre dont le personnage principal, et de loin, est cette impératrice – formidable et magnifique Gong Li au sommet de son art – qui écrase de sa prestance tout le reste. Tant de par son jeu, tout bonnement parfait, alternant entre lucide et révolte, sensualité et folie, amour et haine, celle-ci remporte haut la main de personnage le plus intéressant, et ce, malgré un lot assez bien fournie pour une fois. Mais du coup, lorsque l’on regarde La Cité Interdite, et malgré un combat final, comme je l’ai dit, qui mérite le coup d’œil, ce que l’on recherche, ce sont les relations entre personnages, d’une complexité rare, ce que l’on regarde, ce sont ces décors, tout bonnement grandioses, et surement pas, à coup sûr, ces types costumés qui volent dans tous les sens de façon grand guignolesque. Sincèrement, ceux-ci n’auraient pas été présents et ce film ne s’en serait que mieux porté. 

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