mercredi 25 septembre 2013

12 HOMMES EN COLÈRE


12 HOMMES EN COLÈRE

Un jeune homme d'origine modeste est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury composé de douze hommes se retire pour délibérer et procède immédiatement à un vote : onze votent coupable, or la décision doit être prise à l'unanimité. Le juré qui a voté non-coupable, sommé de se justifier, explique qu'il a un doute et que la vie d'un homme mérite quelques heures de discussion. Il s'emploie alors à les convaincre un par un.


12 hommes en colère ou 12 Angry men si l’on s’en tient à son titre original, voilà donc un film dont je souhaitais vous parler depuis bien longtemps, depuis les débuts de ce blog en fait car ce véritable petit chef d’œuvre du septième art sur laquelle on a pu entendre, depuis plus de cinq décennies, bien des louanges, méritait amplement sa place d’honneur dans le Journal de Feanor, ne serais-ce que si je devais établir un classement de mes films préférés, tous genres et toutes époques confondues, il se pourrait fort bien que celui-ci arrive à la première place. D’ailleurs, mon opinion au sujet de 12 hommes en colère n’est pas récente puisque cela fait des années que je connais et apprécie grandement cette œuvre, et si je ne vous en avais pas parlé auparavant sur ce blog, c’est que, aussi incroyable que cela puisse paraitre, depuis que celui-ci existe, je n’avais pas eu l’occasion de le revoir – tout en possédant le DVD, ce qui est une honte. Fort heureusement, ARTE (mais ce ne pouvait etre que cette chaine) rediffusait en ce début de semaine ce chef d’œuvre et j’ai pu enfin en profiter pour me replonger dans un film qui, même si je le connais parfaitement bien, me marque toujours autant, et me donner enfin la possibilité, après tant d’années, de vous proposer enfin sa critique – sur ce point, attention, celle-ci est une véritable mine de spoilers mais je ne me voyais pas faire autrement.


Il faut dire pour expliquer cela que très peu de films peuvent se targuer d'être à la fois des classiques intemporels, des films phares de leur genre, des traités profondément bouleversants sur la nature humaine et, avant tout, des leçons de cinéma tout simplement parfaites. 12 hommes en colère est tout cela et encore bien plus, puisqu'il fait figure de premier film le plus accompli depuis Citizen Kane et de meilleur film d'un réalisateur,  Sidney Lumet, qui ne devait connaître sa période faste que quinze ans plus tard. En somme, ce chef-d’œuvre incontestable est, même un demi-siècle après sa sortie, un des films qui expriment le mieux la lutte de l'homme entre l'idéalisme et toutes sortes de diversions plus ou moins nuisibles. Cette étude de caractère hors pair ne s'encombre d'aucun élément superflu ou insignifiant. Et pourtant, le récit ne se plie point sous le poids des valeurs qu'il transmet. Au contraire, le basculement laborieux du vote des jurés fonctionne comme un thriller palpitant, sous la chaleur étouffante de la pièce qui colle littéralement le spectateur sur son fauteuil ! Et donc, comme je vous l’avais dit en préambule, même après l'avoir vu environ une demi-douzaine de fois, je suis toujours autant fasciné par le suspense que le scénario génial crée à coups de détails minutieux.

Le rassemblement progressif du puzzle, qui fera tomber les jurés trop sûrs d'eux un par un, demeure cependant exceptionnellement sobre, voire anodin. A l'image de cette dispersion finale et définitive, le scénario ne prétend jamais à ce qui se passe dans cette pièce étouffante soit vraiment exceptionnel dans le fonctionnement implacable de la justice. Et pourtant, la plupart des motivations honnêtes ou intéressées qui constituent le spectre du comportement humain y passent en revue, sans que le trait ne soit jamais forcé – une des grandes forces, justement, du film. Certes, le mécanisme d'expression sociale ne fonctionnerait probablement plus de la même façon de nos jours et d’ailleurs, le fait que la quasi intégralité de l’intrigue se déroule dans la même pièce et que la caméra bouge à peine pourrait en gêner plus d’un spectateur moderne qui trouverait tout cela « chiant au possible et sans intérêt ». Cependant, le scénario magnifique de Reginald Rose sait garder les particularités qui dateraient l'action à un strict minimum. Pour contrebalancer l'idéalisme éclairé du juré, Henri Fonda bien sûr, par qui le raz de marée commence, la mise en scène, incroyablement maîtrisée pour un premier film de cinéma, laisse planer le doute sur la procédure entière. Car justement, et c’est là aussi l’une des grandes forces pour ne pas dire le coup de génie de ce 12 hommes en colère : et si l'accusé était vraiment coupable ? Et si, à force de chercher des incohérences dans l'édifice des preuves, les partisans du « non coupable » ne pèchent par un excès de zèle aussi peu justifié que l'acharnement de leurs adversaires bornés ? Lumet et Rose n'imposent aucune solution facile à ce dilemme qui est, en fin de compte, celui de la quête impossible d'une vérité absolue. Et alors, quand tombe le verdict, que les douze jurés décident, au vu de leurs nombreux doutes, de déclarer l’accusé non coupable, le spectateur ne peut s’empêcher de se dire que si ça se trouve, ils se sont tromper, que oui, ce jeune homme accusé de parricide a bel et bien tué son père de sang-froid et qu’il y a eu, du coup, une erreur judiciaire. Mais au vu de tous ces doutes, qui sait si l’accusé n’était pas innocent, qui sait si, par le biais d’une âpre lutte, les jurés ne viennent pas de sauver un innocent de la chaise électrique ? Oui, comment savoir ? La vérité, personne ne la connaitra jamais, seul subsistera ce fameux doute.


Bien évidemment, l'interprétation de l'ensemble des acteurs est simplement excellente. Ainsi, que ce soit Henri Fonda, bien sûr, mais les autres ne sont pas en restes, chacun sait garder parfaitement la tension palpable, sans s'adjuger des capacités qui tireraient son personnage de la médiocrité qui le caractérise. Même Henri Fonda, alias le juré n° 8 ou celui par qui tout bascule, ne sait résoudre l'affaire par ses propres forces, il a besoin pour cela du soutien et des idées des autres. Mais la petite révolution exemplaire n'aurait pas eu lieu sans son sursaut de courage, s'il n'avait pas pris la peine de s'interroger sur ses doutes. Ajoutons à cela le cadre hautement oppressant, ce huit clos quasiment infernal tant par l’ambiance que par la chaleur et les tensions entre les jurés, cette caméra, quasiment toujours fixée sur la table autour duquel se trouvent les douze hommes et qui ne fait que quelques incursions quand ceux-ci se lèvent ou pour de somptueux gros plans sur tel ou tel juré, ce retournement de situation progressif, ces nombreux questionnements et préjugés de chacun – après tout, ces douze hommes sont représentatifs d’une certaine Amérique blanche et le présumé coupable, pour le peu qu’on voit de lui, pourrait etre un latino, ce qui entrainera des remarques par la suite de l’un des jurés sur « ces gens-là ». Tout cet ensemble d’éléments – et encore, j’en oublie à coup sur – fait que, indéniablement, 12 hommes en colère n’est pas un grand film mais un pur chef d’œuvre, d’ailleurs, l’un des plus grands de l’histoire du septième art. Alors bien sûr il date un peu, certes, il ne correspond plus aux canons actuels et non, il ne pourrait pas avoir été fait de nos jours, mais le génie, lui, est présent, et, accessoirement, pas qu’un peu. Un film à voir et à revoir encore et encore, qui n’a rien perdu de son intérêt malgré les nombreuses années écoulées et qui se doit d’etre vu, au moins une fois, par toute personne qui se prétend fan de cinéma, mais le vrai, bien sûr… les connaisseurs m’auront compris… 

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