jeudi 30 mai 2013

LE NOM DES GENS


LE NOM DES GENS

Bahia Benmahmoud, jeune femme extravertie, se fait une haute idée de l'engagement politique puisqu'elle n'hésite pas à coucher avec ses ennemis pour les convertir à sa cause - ce qui peut faire beaucoup de monde vu qu'en gros, tous les gens de droite sont concernés. En règle générale, elle obtient de bons résultats. Jusqu'au jour où elle rencontre Arthur Martin, comme celui des cuisines, quadragénaire discret, adepte du risque zéro. Elle se dit qu'avec un nom pareil, il est forcément un peu facho. Mais les noms sont fourbes et les apparences trompeuses...

Le dimanche soir est sans aucun doute l’un des pires moments de la semaine et bien évidement, le fait que cela soit la fin de week-end y ait pour beaucoup, je ne le nie pas (car bon, comment dire, vous en connaissez des gens qui sont heureux de reprendre le travail le lundi vous ? Si c’est le cas, faites-moi savoir), cependant, la problématique du dimanche soir est amplifiée par une cause dont on se serait franchement bien passé : le fait que toutes nos chaines de télévision (et elles sont nombreuses) se passent le mot pour nous proposer quasiment ce qui se fait de pire sur le petit écran (de mémoire, seul le vendredi soir, jour honni entre tous va plus loin dans l’indicible). Du coup, et alors que rien ne vaut un bon petit film pour nous faire passer la pilule de la fin de week-end et préparer la semaine, la plus part, lorsque arrive ce fameux dimanche soir, c’est le néant le plus total et l’énervement est au rendez-vous. Pourtant, il n’en fut pas toujours ainsi, il fut un temps où il n’y avait que trois chaines en France, et chaque dimanche soir, sur TF1, il y avait un bon film – annoncé par un générique spécial qu’il faudrait que je retrouve – mais bon, on risque encore de me dire que je ne suis qu’un vieux nostalgique (pour etre poli) qui ne jure que par l’air « c’était mieux avant », ce qui n’est pas toujours exact, je le reconnais… quoi que… tenez, par exemple, alors que j’écris ces quelques lignes, ne suis-je pas en train d’écouter Rubber Soul des Beatles, ah, ça c’était de la musique !!! Enfin bon, je m’égare… Et justement, pour en revenir à nos moutons, curieusement (ou plutôt comme par hasard), ce dimanche, plutôt que d’avoir le choix entre un mauvais film et des tas de pseudos émissions débiles, trois films m’attiraient, enfin, particulièrement deux : le premier Star Trek, Tout sur ma mère ainsi qu’un certain Le nom des gens que mon épouse souhaitait absolument regarder. Du coup, devant ce choix plus que cornélien et après avoir protesté environ… euh… dix secondes, je me suis mis ventre en l’air en position de soumission et me suis laisser tenter par ce fameux Nom des gens.


Et bien entendu, comme cela m’arrive souvent, non seulement, je n’ai pas regretté mon choix (enfin choix est un bien grand mot mais bref), mais en plus, j’ai franchement apprécié ce film – chose qui, au demeurant, arrive souvent avec bon nombre de films français dont je n’attends pas grand-chose ; par contre, ceux dont on parle le plus, eux, c’est une autre affaire… Et même si au bout de quelques années, je ne devrais plus etre surpris, je ne peux m’empêcher de me dire que décidément, je suis incorrigible : c’est français, je ne veux pas le voir, si en plus c’est une comédie, c’est pire, puis, je me laisse faire et à la fin, je saute sur tous les toits en disant que c’est génial. Enfin bon, cela est sympa et au demeurant parfaitement révélateur d’une certaine folie qu’il y a en moi (ainsi que d’un certain scepticisme envers le cinéma français alors que, pourtant, plus le temps passe et plus je lui reconnais de la valeur) mais nous n’avons toujours pas abordé le film en lui-même ! Allez, trêve de bavardages inutiles et place à ce fameux Nom des gens !

Sorti au cinéma en 2010, j’avais entendu parler de ce film pour trois raisons : sa bande annonce qui ne passe pas inaperçue – Sara Forestier, ceux qui ont vu le film comprendront pourquoi – bien entendu, Jacques Gamblin, que j’avais apprécié dans un autre film, Le premier jour du reste de ta vie, probablement l’un des films que j’ai eu l’occasion de voir au cours de ma vie auquel je me suis le plus identifié, un film que j’ai adoré (et le mot est faible) mais que (voir critique), je me refuse de revoir, et, pour finir, la présence de Lionel Jospin en personne dans le film !!! Et oui, ce n’est pas une blague, notre bon vieux Lionel national, l’homme qui s’est fait dépasser par Le Pen lors des présidentielles de 2002 et qui s’était alors retiré de la vie politique, mais, accessoirement, un homme politique qui avait, en son temps, et a la tête du gouvernement, fait un travail plutôt bon, bref, notre Lionel Jospin jouait son propre rôle dans ce film ! Chose peu commune dans les œuvres de fiction, surtout venant de la part d’un homme politique. Mais en dehors de cela, et de l’affiche du film dont je me souvenais, c’était un peu la grande inconnue dimanche soir lorsque je me suis installé devant mon petit écran : et donc, et sans rentrer dans les détails, Le nom des gens nous propose les destins croisés d’une jeune délurée franco-magrébine complètement fofole, Sara Forestier, qui couche avec des hommes de droite pour les faire passer à gauche, prenant cela comme une mission sacrée et d’un homme mur complètement coincé, Jacques Gamblin, au nom tellement commun – Arthur Martin – qu’il est noyé dans la masse, dont la famille n’a jamais parler du sort des grands parents juifs et déportés pendant la guerre et dont la seule passion dans la vie est son travail, c’est-à-dire… bâillement… autopsier des oiseaux morts afin de découvrir s’ils sont porteur d’un quelconque virus afin d’appliquer, le cas échant, le fameux principe de précaution. Bref, tout un sacré joyeux drille que ce Arthur Martin surtout que, par-dessus le marché, celui-ci est un jospiniste convaincu, ce qui ne fait pas grand-chose pour arranger ses affaires, bien entendu. Alors certes, vous vous doutez bien qu’en se rencontrant, et même si cela ne sera pas facile, ces deux-là vont finir par s’apprécier, s’apprivoiser et s’aimer et que l’on aura droit à un happy-end, mais entretemps…


Personnellement, j’ai beaucoup ris en regardant ce Nom des gens, mais j’eu la surprise de découvrir que d’autres, eux, ont franchement détesté ce film, non pas pour de quelconques raisons cinématographiques – après tout, c’est un film sympa mais pas non plus un grand film et tout n’est pas parfait – mais davantage pour des raisons plus, comment dire, idéologiques et que je ne peux passer sous silence. Une certaine gauche, donc, aura tiré à boulets rouges sur cette œuvre sous le prétexte que dans celle-ci, deux visions des musulmans s’opposent : les bons, ceux qui sont intégrés à la société française, le plus souvent athées, qui boivent de l’alcool, mangent du cochon et dont les femmes ne portent pas le voiles et sont libres comme les occidentales, et les autres, les mauvais, les fameux communautaristes, croyants, voire très croyants, dont les femmes sont voilés et n’ont pas droit de citer et qui se plaignent tout le temps de racisme et de ne pas etre accepter par la société. Cette dualité, je ne le nie pas, existe bel et bien dans Le nom des gens, pourtant, a un moment donné, et sans tomber dans les caricatures faciles (car comme chacun sait, ou devrait le savoir, il y a des salauds partout), étant moi-même d’une génération qui a dans les quarante ans de nos jours, je me souviens parfaitement bien que ceux que l’on surnommait les beurs, dans les années 80, et ben, ça picolait, ça mangeait n’importe quoi, les filles ne portaient pas de voile et il n’y avait pas de barbu en djellaba qui se baladait dans les rues, un coran sous la main. Et franchement, on rigolait plus. De nos jours, ce n’est plus ainsi, comme chacun sait, mais personnellement, ayant autant de considération pour l’islam que je peux en avoir pour celle dont laquelle je suis né, la catholique, c’est-à-dire, que je m’en moque royalement, je vais peut-être choquer en disant cela mais franchement, je préférais l’ancienne génération, temps béni où Bible, Coran et Torah n’étaient pas brandis pour un oui ou pour un non. Et donc, justement, c’est cette opposition entre, quelque part, ces deux générations de musulmans, ou plutôt, de magrébins, entre les croyants purs et les durs et les je m’en foutiste qu’une certaine gauche, donc, à stigmatiser, accusant parfois (rigolons bien) le film d’etre de droite, voire carrément raciste… ce qu’il ne faut pas entendre…



Oui, ce qu’il ne faut pas entendre comme conneries crasses ! Le nom des gens est avant toute chose une comédie, et un point c’est tout, et sur ce point précis, elle fonctionne à merveille : les acteurs sont tout bonnement excellents – et sur ce point, une petite motion a Sara Forestier dans un rôle complètement déjanté – on rigole énormément et même si certains raccourcis sont faciles, même si l’on n’évite pas les grosses ficelles et pas mal de clichés, force est de constater que cela ne nuit en rien pour ce qui est de la qualité finale de l’ensemble. Reste bien évidement les accusations de la gauche que l’on pourra qualifier d’etre extrême : raciste Le nom des gens ? Allons bon, nous sommes en 2013 et comme le disait en son temps John Lennon : « Dieu est un concept ». Alors, il serait peut-être temps d’ouvrir les yeux, de ne plus croire en des religions (et je vise les vise toutes) qui interdisent ceci ou cela, de s’ouvrir aux autres, au monde, et de sortir de cet obscurantisme théologique qui n’apporte bien souvent que bien des malheurs. Quant au Nom des gens, c’est une superbe comédie, loin d’etre parfaite, certes, mais une belle ode à la joie, à l’ouverture mais aussi, histoire de clouer le bec une bonne fois pour toutes à ses détracteurs, antiraciste : après tout, comme il est dit vers la fin du film : « L’on est toujours l’étranger de quelqu’un d’autre ».

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