mercredi 1 mai 2013

LA CAGE DORÉE



LA CAGE DORÉE

Dans les beaux quartiers de Paris, Maria et José Ribeiro vivent depuis bientôt trente ans au rez-de-chaussée d’un bel immeuble haussmannien, dans leur chère petite loge. Ce couple d’immigrés portugais fait l’unanimité dans le quartier : Maria, excellente concierge, et José, chef de chantier hors pair, sont devenus au fil du temps indispensables à la vie quotidienne de tous ceux qui les entourent. Tant appréciés et si bien intégrés que, le jour où on leur offre leur rêve, rentrer au Portugal dans les meilleures conditions, personne ne veut laisser partir les Ribeiro, si dévoués et si discrets. Jusqu’où seront capables d’aller leur famille, les voisins, et leurs patrons pour les retenir ? Et après tout, Maria et José ont-ils vraiment envie de quitter la France et d’abandonner leur si précieuse cage dorée ?


A la toute fin du mois de novembre de l’année 2011, je vous avais parlé en long et en large sur ce blog d’une bande dessinée qui m’avait particulièrement touchée, Portugal, œuvre pour le moins originale et qui sortait des sentiers battus, d’un certain Pedrosa, un auteur que je ne connaissais pas jusqu’à la parution de cet album, mais qui, par le biais de celui-ci, m’avait indéniablement marqué de par le contenu de celui-ci : Pedrosa, comme moi, d’origines lusitaniennes, nous avait alors offert une magnifique bande dessinée qui ne pouvait que faire mouche dans tout cœur d’enfants de portugais, plus à même que tous autres en ce pays, de ressentir les nombreuses émotions qui découlaient de cet album. Emotions souvent contradictoires entre cette impression d’etre écartés entre deux pays, deux cultures, bien plus différentes que ce que l’on pourrait penser de prime abord, et ce, que ce soit pour « nos parents », venus en France avec le désir de retourner un jour au pays, mais qui, pour la plus part, ne le font jamais, et ceux de ma génération, portugais en France et français au Portugal. Souvenirs de jeunesse avec ces étés passés au pays, liens culturels et un certain déracinement et bien plus encore, tout cela était plutôt bien raconté dans Portugal, œuvre que j’avais considéré alors comme étant la BD de l’année 2011.


Pourtant, il faut bien reconnaitre que ce Portugal était, non seulement, un ovni dans le paysage du neuvième art français, mais, également dans un sens autrement plus large : en effet, sous nos vertes contrées, si les œuvres dites communautaires sont bien plus nombreuses qu’on ne pourrait le penser de prime abord – il suffit de compter celles consacrées aux magrébins, aux africains, aux antillais, aux juifs, aux pieds noirs sans oublier les spécificités régionales du pays comme le nord, Marseille et cetera, pour s’en rendre compte – on ne peut pas vraiment dire que la communauté lusitanienne, pourtant installer depuis fort longtemps en France, soit particulièrement mise en valeur, voir même rappelée à l’existence. Etrange paradoxe que plusieurs millions d’individus soient ainsi « oubliés » même si la chose n’est pas vraiment étonnante venant de la part d’une communauté que l’on qualifiera de parfaitement intégrée et de plutôt discrète, mais il faut dire que pour que les choses en soient autrement, encore aurait-il fallu prendre le taureau par les cornes, bref, faire un peu comme Pedrosa avec son Portugal, c’est-à-dire, que des portugais réalisent une œuvre avec et pour des portugais principalement, même si, bien entendu, les autres sont invités fortement a la découvrir… même si, même si, pour en apprécier toute la saveur, avoir des origines portugaises est fortement recommandé.


Et donc, telle ne fut pas ma joie de découvrir qu’un film réalisé par un réalisateur d’origine lusitanienne, avec des acteurs portugais et se déroulant en France, bref, un film qui allait mettre en avant les portugais « bien de chez nous » et qui était surtout destiné à cette importante communauté, sortait dans nos écrans en ce mois d’avril 2013. Une telle chose, rarissime, ne pouvait qu’éveiller ma curiosité surtout que les premières critiques étaient pour le moins plutôt positives, et puis, avouons-le tout de suite : une œuvre avec un tel sujet, au vu de mes origines, cela ne pouvait que me plaire, il fallait que j’aille le voir, chose qui fut faite il y a quelques heures à peine, ayant profité de ce premier mai pour me rendre au cinéma, tuer un peu a saudade…


Disons le tout de suite, La cage dorée n’est ni un chef d’œuvre, ni même un grand film, tout juste un fort bon film, qui vous fera passer un agréable moment, mais qui ne vous laissera pas un souvenir impérissable ; d’ailleurs, si vous n’avez strictement aucun lien avec le Portugal, si, de par vos origines, votre famille ou vos connaissances, ce pays ne vous dit strictement rien, alors, il se pourrait même que ce film vous déplaise, car même si cela n’est pas une obligation, je ne vois pas comment apprécier toutes les subtilités de cette Cage dorée sans avoir une ascendance lusitanienne. Car tout, dans ce film, et malgré ce que l’on pourrait croire, est d’une crédibilité pour le moins étonnante : personnages, réactions de ceux-ci et de leurs interlocuteurs, décors, habitudes, petites manies, tout est vrai dans cette Cage dorée, que ce soient ces parents – la mère, gardienne d’immeuble, le père, chef de chantier – que l’on dit « trop bons, trop cons » et déchirés entre leur désir de retourner au pays et leur vie qui est, quoi qu’ils en pensent, en France, les enfants, finalement complexés du métier de leurs parents et même (surtout), la façon qu’on les français dit « de souche » et qui trouvent que les portugais sont décidément bien sympathiques mais les méprises tout de même… petites phrases mesquines, condescendance affichée, un certain racisme jamais citer mais qui n’en existe pas moins, et qui, accessoirement, m’aura rappeler bien des souvenirs… Mais bon, comme je l’ai dit, c’est la communauté lusitanienne, et celle-ci, elle ne fait pas de vagues, on n’en entend jamais parler, n’est-ce pas ?


Alors bien sûr, La cage dorée est avant toute chose une comédie, et d’ailleurs, particulièrement drôle si l’on est un tant soit peu habitué à la communauté portugaise, mais de par la trame de fond, les nombreux sentiments contradictoires des protagonistes, interprétés ici par de forts bon acteurs qui jouent remarquablement bien leurs rôles, nous avons au final une œuvre bien plus profonde qu’on pourrait le croire de prime abord, une œuvre où ne cesse de peser tout le dilemme de ces portugais qui ont, un jour, quittés leurs pays avec l’espoir d’y retourner, et qui, ayant réussis leur vie ailleurs, se retrouvent au final, un peu coincés lorsque leurs enfants grandissent et ne souhaitent pas aller vivre dans un pays qu’ils n’ont connus que par le biais des vacances d’été. Un fort bon film que cette Cage dorée, qui m’aura rappelé bien des souvenirs et qui, pour la petite histoire, m’aura touché bien plus que je ne l’aurai cru en allant le voir – eh, par moments, la petite larme n’était pas bien loin ! Un film de portugais pour les portugais mais qui, après tout, pourrait plaire aux autres, quoi que je persiste à penser que pour l’apprécier à sa juste valeur, être une morue comme moi est préférable…

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