dimanche 17 février 2013

LE LIVRE DE TOUTES LES HEURES – VÉLUM



LE LIVRE DE TOUTES LES HEURES – VÉLUM

Depuis des temps immémoriaux, le siège de Dieu est vacant. Ses anges et tous ceux dont le sang se charge d'une parcelle de divin, les Amortels, se sont divisés en deux clans : les Souverains et l'Alliance. Leur guerre n'a pas lieu dans les cieux, mais sur le Vélum, ce tissu de mondes en comparaison duquel notre Terre n'est qu'une trace de crasse sous l'ongle d'un pouce. Pour Finnan et Phreedom, qui refusent de choisir leur camp, le temps est compté, car la guerre des cieux sera bientôt totale.


Il y a quelques semaines à peine, je vous proposais sur ce blog la critique du dernier tome (paru à ce jour) de cette extraordinaire saga de Fantasy qu’est Le Trône de Fer, avec la dernière partie d’Une danse avec les dragons, et, bien entendu, en conclusion de celle-ci, je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si, après avoir passé près de six mois plongé dans l’œuvre de Georges Martin, il allait etre simple de me lancer dans un autre roman, et si, bien entendu, celui-ci n’allait pas souffrir de la comparaison – interrogation plus que légitime selon moi, au vu de mon ressenti vis-à-vis du chef d’œuvre que je venais de lire. Alors, bien sûr, le risque était grand, mais il existait un moyen pas trop compliqué, pour ne pas dire simple, d’éviter au maximum les comparaisons en me lançant dans un genre complètement différent : ainsi, j’ai passé six mois dans la Fantasy ? Abordons donc la SF, voir autre chose – bref, ce n’était pas le moment de me lancer dans La Roue du Temps. Ainsi, je serais plus à même de juger cette nouvelle œuvre, quelle qu’elle soit. Et justement, alors que je n’en avais pas encore entièrement finis avec Le Trône de Fer, en farfouillant un peu sur le très bon site qu’est Poches SF, j’étais tombé sur un étrange dytique qui m’intrigua particulièrement : Le Livre de toutes les heures. Et pour etre tout à fait franc, il aurait été fort difficile de trouver roman plus différent que celui de Martin ; d’ailleurs, pour etre plus précis, tellement aux antipodes de tout ce à quoi j’ai pu etre habituer à lire jusque-là.

Inclassable, inimaginable et même, parfois, incompréhensible, Le Livre de toutes les heures est un truc difficilement explicable, ce genre d’ovnis littéraires dont il n’en sort qu’un ou deux par décennies, tous genres confondus, et sur lequel l’on tombe, parfois, une seule et unique fois dans notre vie ; a moins d’avoir de la chance, ou pas ? Ecrit par un écossais répondant au doux patronyme de Hal Duncan, ce… euh… roman, est probablement le truc le plus barré qu’il m’ait été donné de lire, et ce, depuis… toujours. Pourtant, au fil de presque quatre décennies de lecture plus ou moins assidue, il m’est arrivé, a l’occasion, de sortir, au gré de mes errances littéraires, sur des œuvres que l’on pourrait qualifier de particulières, au style plus ou moins compliqué pour ne pas dire peu compréhensible, mais, non seulement, à ce niveau, c’est – du moins pour moi – du jamais vu, mais en plus, et de façon peut-être paradoxale, en aucun cas, cela ne m’a empêcher de lire cette chose jusqu’au bout, voir même, par moments, d’en tirer un certain plaisir. Comment, cela est en contradiction flagrante avec ce que j’ai dit auparavant ? Je peux en convenir, mais pourtant, et aussi incroyable que cela puisse paraitre, ce fut le cas. Alors oui, je ne le nie pas, Le Livre de toutes les heures n’est pas fait pour tout le monde, d’ailleurs, je pense qu’il ne peut que convenir qu’a un petit nombre de lecteurs ; mais en affirmant une telle chose, je ne prétends nullement que ceux-ci, dont je fais partie, appartiennent à une quelconque caste de surhommes qui, par-delà le bien et le mal, auraient atteint l’illumination qui leur permettraient de comprendre et d’apprécier à sa juste valeur l’œuvre d’Hal Duncan. Que nenni, il n’est rien de plus faux : ici, les choses sont différentes et ce qui compte, ce n’est nullement votre culture littéraire ou intellectuelle ni même un quelconque gout pour les prises de tête, non, c’est plus difficile a dire… disons que, pour simplifier, soit vous aimer, soit vous détester et abandonner la chose au bout d’une dizaine de pages. Et d’ailleurs, un tel acte serait on ne peut plus compréhensible.

Mais alors, c’est quoi le problème avec ce Livre de toutes les heures ? Eh ben, déjà, en faire un résumé est déjà chose ardue, mais disons que, partant d’un synopsis de base où, dans un monde, ou plutôt, une multitude de mondes parallèles – le fameux Vélum qui donne son nom au titre de ce premier tome – une guerre entre les anges a lieu, avec, d’un côté, ceux qui sont restés fidèles à Dieu, de l’autre, bah, vous savez, les anges rebelles avec Satan et compagnie. Bon, jusque-là, c’est simpliste, n’est-ce pas ? Ensuite, au milieu de ces deux groupes antagonistes, il existe quelques anges, ou plutôt devrais-je dire des Amortels (puisque c’est ainsi qu’ils se surnomment) qui désirent rester neutre, sauf que la chose est interdite et que les deux camps font tout pour engager, y compris de force, ces objecteurs de conscience. Mouais, ce n’est pas encore là que l’on va se perdre. Ajoutons à cela un étrange livre mis en avant dans le prologue, le fameux Livre de toutes les heures, où serait écris l’histoire de toute l’humanité depuis sa création mais qui se révèle également etre une carte, et l’on commence à compliquer les choses, mais bon, avouons que pour le moment, il n’y a rien de bien méchant… rassurez-vous, cela se corse tout de suite après ! Bon bah, déjà, ces anges ou Amortels si vous préférez, n’ont pas toujours été ainsi et ont eu, au fil des millénaires, d’autres identités, du coup, la narration oscille, d’un paragraphe a l’autre, entre le monde moderne et la Mésopotamie, pour ne citer que deux extrêmes flagrants, mais ce n’est pas tout, car il faut garder dans un coin de sa tête que, comme dans l’œuvre d’un certain Michael Moorcock, il existe une multitudes de mondes et que, forcément, ce diable de Duncan ne se prive pas pour nous faire voyager, au gré de ses envies, de l’un a l’autre, et là, cela se complique bigrement car si certains sont évidents – comme celui où l’humanité tient plus des fées que des sapiens – d’autres sont davantage obscurs et il n’est pas toujours évidant de s’y retrouver, surtout que, histoire d’enfoncer le clou, la plus part du temps, nous n’avons pas d’indices particuliers sur le narrateur du moment et il arrive que ce n’est qu’au bout de quatre ou cinq pages que l’on devine qui et qui et où on est… tout en sachant que, d’un paragraphe a l’autre, c’est encore autre chose ! C’est déjà bien plus compliquer pour ne pas dire incompréhensible ? Effectivement, mais ce n’est pas tout car en fait, tous ces personnages, eh ben, ce sont les mêmes ! Les Carter, Thomas, Puck, Finnan, Phreedom, Anna, Inanna, Enoch, Prométhé, Enki, Metatron et les autres, au final, ils ne sont que des variantes des mêmes individus, et ce, dans une multitudes de mondes parallèles, le Vélum donc, mais aussi, à travers les âges, et alors que l’on pourrait croire, de prime abord, qu’ils sont une bonne vingtaines, en fait, non, les protagonistes principaux ne sont que cinq ou six, grand maximum. Bon, là, vous lâchez la partie ?! Comme je peux vous comprendre…

Pourtant, je suis allé jusqu’au bout de ce Vélum, et, comme je vous le disais précédemment, j’ai même ressentit par moments un certain plaisir lors de ma lecture, mais, et je vous rassure, pas tout le temps et d’ailleurs, certains passages furent d’une dureté extrême pour ce qui fut de la compréhension. Mais, dans ce véritable bazar où l’on ne cesse d’alterner, d’une ligne à l’autre, a des passages tirés des légendes sumériennes aux tranchées de la Somme, sans oublier le Caucase où a lieu une mystérieuse expédition, dans ces pages où parfois, l’on ne peut s’empêcher de se dire que seul un fou pourrait comprendre parfaitement le contenu, dans ce périlleux exercice intellectuel qui ne peux nous laisser complètement indifférent et où l’on va, dans un même chapitre, trouver tel passage tout bonnement génial et l’autre carrément cintré, il m’est apparu une chose, une certitude : Hal Duncan nous a pondu un, pardonné moi l’expression, putain de bon livre ! Définitivement barré, j’en conviens, impossible à appréhender dans sa totalité, c’est une certitude, souvent déroutant, mais parfois, flirtant allègrement avec le génie. De par sa structure, son contenu, ses sous-entendus, son scénario (lorsqu’on le comprend) et même, de par sa prise de risque, car oui, mille fois oui, Vélum n’est pas un roman comme les autres, loin de là, et sincèrement, sortir une telle œuvre, chapeau, où alors, Duncan est barré lui aussi et moi encore plus pour l’avoir apprécier, mais bon, quelle expérience que de se plonger là-dedans… ce n’est décidément pas tous les jours que cela nous arrive, et comme je suis du genre a en redemander, je n’ai pas perdu de temps pour le lancer dans sa suite, Encre !

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