mardi 4 septembre 2012

EXCALIBUR – CHRONIQUES : PENDRAGON



EXCALIBUR – CHRONIQUES : PENDRAGON

Cette épée prolonge la volonté d’Avalon. Celui qui la brandit, parle au nom de l’île sacrée. Merlin un vieux druide visionnaire mais pas infaillible. Uther Pendragon, une jeune brute qui apprend à devenir un véritable roi. Ygerne, une femme battue pour ses convictions religieuses. Gorloix un pervers sadique accroc de Dieu et bourreau de sa femme. Et Morgane une adorable enfant qui voit les choses que personne ne voit, pas même Merlin. Une enfant qui souffre de savoir qu’un jour, elle sera infailliblement mauvaise.

S’il y a un bien un domaine couvert en long en large et en travers, c’est bien la légende arthurienne. Ce constat, depuis des siècles que celle-ci existe sous diverses formes – voir sur ce sujet Les Cahiers de Science & Vie n°117 : Le roi Arthur, le mythe à l'épreuve de la science très instructif sur le mythe arthurien – se vérifie dans moult médias, que ce soit par le biais de romans, de films, de séries, mais aussi, bien entendu, en bande dessinée. Sans cesse remaniée et réinterprétée au fil des siècles, la légende arthurienne, dont il existe bien des versions, parfois contradictoires, séduit toujours autant les auteurs modernes, toujours prêts à offrir à un public décidément jamais blaser, leurs propres versions du mythe. Bien évidemment, a force, tout a chacun a, un jour ou l’autre, entendu parler ou vu tel œuvre qui traite de la légende arthurienne et des noms comme Merlin, Excalibur, Lancelot, Arthur, Viviane ou Camelot sont bien connus de tous. Forcément, cet état de fait pourrait parfaitement en blaser plus d’un, surtout que, bien souvent, le pire côtoie le meilleur ; d’ailleurs, avais-je franchement besoin, je vous pose la question, de me lancer, alors qu’il existe tellement de bande dessinées qui sortent chaque fois, dans une énième série qui traite du mythe arthurien ? En avais-je vraiment besoin ? Etais ce nécessaire ? Car bon, je ne voudrais pas etre méchant mais après tout, qu’est-ce que ces Chroniques d’Excalibur apportent de nouveau à une légende tellement connue, tellement vu et revue qu’à force, on ne pourrait que s’en lasser ?


L’on pourrait dire, pas grand-chose, et pourtant, force est de constater qu’en traitant d’un sujet vieux comme le monde, que l’on connait plus que par cœur et qui n’apporte franchement plus aucune surprise – a moins de s’en éloigner sensiblement, ce que le regretté Robert Holdstock avait superbement fait dans sa trilogie du Codex de Merlin – le sieur Jean-Luc Istin, alias monsieur maitre d’œuvres de la collection Celtic de chez Soleil, réussi le tour de force, c’est le cas de la dire, de nous proposer un fort bon album qui certes, ne rénove absolument pas le genre, mais n’en reste pas moins bigrement efficace. Bien évidemment, le scénariste des Druides et de bien d’autres séries, qui avait déjà tâté du mythe arthurien chez Soleil, connait parfaitement bien son affaire, et en grand connaisseur de la chose qu’il est, il s’attaque ici à Excalibur, la fameuse épée magique que le roi Arthur est connu pour avoir arraché du rocher. Cependant, Istin, dans ce premier tome, ne va pas s’occuper d’Arthur en lui-même et consacrer son travail, comme le nom de cet album l’indique, à son père Uther. Pour cela, il s’attache les services de Brion un artiste ma foi fort talentueux, que je ne connaissais pas, et qui avait déjà œuvré, toujours chez Soleil, sur l’Épopée de Gilgamesh. Son travail sur ce premier tome des Chroniques d’Excalibur étant tout bonnement somptueux et est sans nul doute l’une des raisons principales au fait que j’ai fortement apprécier celui-ci.


Ainsi, dans ce Pendragon, premier volume de cette toute nouvelle et énième saga sur le mythe arthurien, les compères Jean-Luc Istin et Brion, maitrisant leurs sujets sur le bout des ongles, chacun dans sa partie, nous livrent là un album, déjà, un plus long que d’habitude (une cinquantaine de pages) ce qui n’est pas négligeable, surtout vu la qualité de l’ensemble, qui n’est certes pas original en soit – mais comment peut-on l’etre au bout de tant de versions d’une même histoire – tout en étant d’un très bon niveau : ainsi, suivant les pas d’un Merlin fidèle à lui-même et sans surprises, le lecteur va découvrir le sort du père d’Arthur, le fameux Uther Pendragon, celui qui était destiné à engendrer un roi, et non, a le devenir. Et ce personnage, souvent oublié ou à peine entraperçue dans bien des versions de la geste arthuriennes, connait ici son heure de gloire, Jean-Luc Istin lui donnant un petit côté tragique qu’on ne lui connaissait pas et qui lui va bien, tandis que le sieur Brion, de par son talent, sublime ses traits de la pointe de ses pinceaux. D’ailleurs, il apparait clairement que dans ce premier tome d’Excalibur, le scénario d’Istin est superbement mis en valeur par Brion qui sait capter le passage du temps avec talent. Les évènements s’enchaînent et le dynamisme est toujours de mise. Les détails fourmillent et il est véritablement plaisant de voir les armures, les châteaux ou encore la barbe de Merlin au vent. Brion parvient d’ailleurs à nous donner une belle interprétation d’Avalon avec son architecture intemporelle et ses belles naïades.


Au final, il apparait clairement que ce Pendragon, premier tome d’une énième série consacré au mythe arthurien – un de plus ajouteront les grincheux – est un tome séduisant, fort plaisant mais qui joue peut-être un peu trop la carte de la rapidité pour décrire des actions et une temporalité complexe. L’histoire, archie connue même si divergente par certains points des canons du mythe – après tout, chaque auteur, depuis des siècles, ne fait qu’apporter sa propre version de celui ci – fonctionne plutôt bien et est suffisamment captivante pour qu’on puisse la juger comme étant réussie. Les dessins, eux, sont tout bonnement superbes et il me semble évidant, après coup, que je tacherais de retenir attentivement le nom de ce dessinateur ; ses personnages, Merlin, Uther, Morgane et les autres, ses décors, l’on atteint tout simplement des sommets et sur ce point, la double page où Merlin arrive à Avalon est un must du genre. Nul doute, après tout ceci, que la suite promet énormément et que l’on ne peut qu’etre pressés de la découvrir. Espérons juste que le duo continu sur cette lancée car ils ont mis la barre très haut. 

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