mardi 21 août 2012

MARTHA MARCY MAY MARLENE



MARTHA MARCY MAY MARLENE

Après avoir fui une secte et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle cherche de l’aide auprès de sa sœur aînée, Lucy, et de son beau-frère avec qui elle n’avait plus de contacts, mais elle est incapable de leur avouer la vérité sur sa longue disparition. Martha est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu...


Pouvoir me rendre au cinéma, comme mes quelques habitués le savent, est une chose pour le moins ardue et, du coup, au fil des années, cela est presque devenu un événement rarissime ; oh, certes, cela m’arrive encore, loin de là l’idée de prétendre que je ne mets plus les pieds dans les salles obscures, cela serait vous mentir. Cependant, quand cela m’arrive encore, on ne peut pas franchement dire que cela soit pour des œuvres que j’ai vraiment envie de voir : entre les sorties familiales – pour ceux qui ne comprennent pas, pour les enfants – où je me tape des trucs de Pixar et autres joyeusetés dans le genre, et celles où ma femme a le dernier mot – à sa décharge, je reconnais que neuf fois sur dix, elle avait raison sur son choix – mes propres choix de films sont… hum, comment dire… rarissimes. Bon, je ne m’en plains pas : après tout, je préfère avoir une vie de famille que d’être seul et disposer de tout le temps nécessaire pour me faire des cinés ; et puis, vu que j’ai pu voir Prometheus cette année, je ne peux pas pleurnicher sur le fait de ne jamais avoir le dernier mot, n’est-ce pas ?


Curieuse entrée en matière pour une critique de film ? Certes oui et je pense que celui ou celle qui ne me connaît pas et qui est tombé par hasard sur ce blog se demande bien ou il a mis les pieds, mais je suis ainsi, j’aime divaguer, tourné autour du pot, parler de tout et de rien avant d’en venir aux faits ; et aujourd’hui, donc, il s’agit d’un film au titre pour le moins singulier de prime abord, Martha Marcy May Marlene, et que je n’ai pas vu au cinéma ! Hein, quoi, comment, mais alors, pourquoi tout un paragraphe sur mon peu de sorties ciné ? Eh ben, tout cela pour vous dire que même quand on a l’occasion de pouvoir s’y rendre tranquillement, sans les enfants (ce qui est notre cas a ma femme et moi ces quelques jours), il fallait que la programmation actuelle nous fasse défaut ! Car bon, quand il n’y a rien… il n’y a rien ; et là, sincèrement, c’était malheureusement le cas. Du coup, en ce week-end de canicule – ma petite histoire inintéressante se déroulait samedi dernier – nous nous sommes rabattus sur deux DVD : un film japonais, encore à regarder, et ce fameux Martha Marcy May Marlene. Et oui, finalement, j’y serais arrivé, même s’il m’aura fallu deux paragraphes pour cela.


Avant toute chose, reconnaissons que ce film, œuvre d’un réalisateur, Sean Durkin, que je ne connaissais pas et qui, d’après ce qu’en sais, a véritablement marqué les esprits avec celui-ci, et dont les rôles sont tenus par des acteurs, Elizabeth Olsen, John Hawkes, Sarah Paulson, qui, eux aussi, étaient de parfaits inconnus à mes yeux – bah oui, je ne suis pas non plus un expert en cinéma – s’il est passé plus ou moins inaperçue aux yeux du grand public, comme cela arrive souvent, n’en possède pas moins suffisamment de qualités pour qu’on puisse le qualifier de bon film. Certes, avec Martha Marcy May Marlene, nous sommes à des lustres des standards hollywoodiens tels que le cinéma d’outre-Atlantique nous a habituer ; ici, nous avons davantage droit à une œuvre que l’on peut qualifier d’auteur et qui, par son contenu, son déroulement, les différents allers/retours entre présent et passé et la sobriété de l’ensemble est plus à rapprocher du cinéma européen qu’autre chose. Bien évidemment, à mes yeux, ce n’est nullement une critique, mais ceci expliquant cela, il ne faut pas s’étonner, du coup, que ce fameux grand public, lui, habitué qu’il est à être dopé avec des œuvres à grand spectacle parfaitement calibrées en tant que produits de grande consommation, n’aient pas été attirés par un film bien plus intimiste. Eternel débat, vieux presque comme le monde (enfin, depuis que l’Homme crée des œuvres, quel qu’elles soient) et qui, selon moi, aura toujours lieu. Sauf si, bien entendu, dans un horrible avenir abrutissant, ce genre de réalisations n’ait plus droit de citer.


Mais revenons à nos moutons, oui Martha Marcy May Marlene est un bon film qui, sans aucun doute, ravira les amateurs du genre : traitant sobrement de la problématique des sectes, celui-ci nous entraine dans les pas d’une adepte d’une espèce de communauté a tendances hippies comme il en existe encore aux Etats-Unis, qui, un beau matin, prend la fuite avant d’être recueilli par sa sœur et le mari de celle-ci. Mais là où ailleurs, un tel postulat de départ aurait pu accoucher d’un vulgaire mélodrame voir d’un polar, ici, le cheminement est tout autre : s’intéressant principalement à l’héroïne, la fameuse Martha (jouée ici par l’excellente Elizabeth Olsen), le film nous montre sa difficulté à replonger dans le monde réel et les ennuies que cela provoque avec ses proches dont elle cache obstinément les raisons de sa disparition de deux ans. Et tandis que, jour après jour, l’on comprend rapidement que la jeune femme est tellement marquée par son expérience que rien de bon ne pourra sortir de son séjour chez sa sœur, l’intrigue est jalonnée d’allers/retours entre passé et présent, où, là aussi, petit à petit, cette fameuse communauté, tout d’abord présentée de façon naïve, dévoile ses travers les plus obscurs et pervers, comme toute bonne secte qui se respecte. Et c’est justement cette alternance de temps et de lieux qui font la grande force du film : ces flashbacks, si nombreux, arrivent de façon tellement subtile que bien souvent, l’on ne comprend pas tout de suite qu’ils ont eu lieu ; ce mélange entre présent et passé, réalité et rêve, nous montrant à la fois toute l’horreur que furent pour Martha ses deux années passées au sein de la secte, mais aussi, pourquoi elle en restera à jamais marqué.


Indéniablement, j’ai franchement accroché à ce Martha Marcy May Marlene et je dois reconnaître que si je n’étais pas franchement enthousiaste au départ, ce fut, au final, une bonne petite surprise – et là aussi, ma femme avait raison… Comme quoi, une fois de plus, nous avons la preuve que c’est dans les œuvres que l’on pourrait qualifier de plus « obscures » que l’on trouve de véritables petites pépites. Du coup, si ce genre de films – sobre, intimiste et à mille lieux des paillettes d’Hollywood – vous attire en temps normal, je ne peux que vous conseiller ce Martha Marcy May Marlene, probablement qu’il vous ravira. Par contre, la fin, soudaine et inattendue, je ne l’ai pas franchement aimé sur le coup, même si, après réflexion, elle se justifie vis-à-vis de l’œuvre dans son intégralité : laissant le spectateur devant ses seules interrogations, elle est la touche finale d’un film décidément pas comme les autres. 

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