mardi 19 juin 2012

LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE



LA CHOSE D'UN AUTRE MONDE

Novembre 1951, un objet volant non identifié s’écrase dans l’Arctique. Le haut commandement militaire US basé en Alaska charge le Capitaine Patrick Hendry d’enquêter. Il est accompagné de scientifiques, d’un journaliste et de militaires dont la base est localisée à proximité du crash. Sur place, l’équipe découvre un vaisseau spatial pris dans la glace. S’ils détruisent malencontreusement l’OVNI, ils parviennent néanmoins à extraire son pilote, lui aussi prisonnier du froid. Le visiteur est ramené à la base afin d’y être étudié. L’extraterrestre, une chose dont le métabolisme ressemble à celui des végétaux, échappe à sa captivité et sème le chaos et la mort dans le campement. D’un côté, les scientifiques veulent étudier le visiteur, de l’autre, les militaires veulent le détruire. En bon observateur, le reporter voit dans cette affaire le scoop de sa vie.


La Chose d’un autre monde, que je me suis procurer il y a peu de temps, un peu sur un coup de tête, fait partie de ces films de science-fiction d’une époque aujourd’hui totalement révolue : les effets spéciaux, loin de pouvoir faire exister des monstres difformes criant de vérité, se limitaient bien souvent à l’emploi ingénieux de maquettes et de décors en carton, encourageant les réalisateurs à utiliser le plus souvent possible le hors-champ pour provoquer l’angoisse du spectateur. Bien évidemment, de nos jours, de tels procédés feront sourire, au mieux, les plus jeunes d’entre nous qui trouveront cela particulièrement ringard, mais pour un vieil amateur comme moi, élevé à La dernière Séance, c’est un pur régal que de me replonger dans un film parfaitement représentatif de l’âge d’or du cinéma SF hollywoodien. Pour cette adaptation d’un roman de Campbell,  Who Goes There?, auquel John Carpenter sera plus fidèle lors de son remake de 1982, les deux réalisateurs, Christian Nyby et Howard Hawks, ont donc dû faire preuve d’une constante inventivité pour rendre le monstre crédible et véritablement menaçant, c’est-à-dire en rendant son absence du cadre source de menaces réelles. La première source d’angoisse va donc naître de l’emploi astucieux des décors où la question du champ et du hors-champ prend tout son sens. Dans le champ, une base scientifique où la présence humaine rend le lieu relativement rassurant. En hors-champ, l’étendue arctique, la nuit, le froid et la tempête de neige permanente rappellent la totale inhospitalité des lieux où les êtres humains n’ont manifestement pas leur place. Pour dérégler cette frontière, il va donc falloir trouver un élément perturbateur qui rend le champ perméable au hors-champ.


Dans un premier temps, donc, il est matérialisé par une onde de choc particulièrement violente localisée à plusieurs dizaines de kilomètres de la station. Curieuse de comprendre les raisons de ce tumulte dans cet océan de tranquillité, une équipe de chercheurs décide de se rendre sur les lieux. Là, elle découvre avec stupeur un effondrement de la banquise parfaitement circulaire et la présence, sous quelques mètres de glace, d’un étrange vaisseau et d’un être vivant. L’équipe prend l’initiative de ramener l’extra-terrestre à la base tout en prenant soin de ne pas le décongeler afin d’éviter toute mauvaise surprise. Malheureusement, l’inattention d’un des membres de l’équipe permet à la créature de s’extraire du bloc de glace menaçant la sécurité de tous les occupants de la base. La tension ne naît pas tant de la confrontation entre l’équipe et le monstre (finalement assez décevant, reconnaissons-le, lorsqu’il apparaît à l’écran), mais de cette paranoïa qu’il suscite chez les scientifiques au point de les diviser très clairement sur l’attitude à adopter à son égard. Qui est-il ? D’où vient-il ? Que veut-il ? Comment se reproduit-il ? Comment le vaincre ? Nombreux questionnements que l’on retrouvera des décennies plus tard, bien évidemment, dans l’œuvre de Carpenter, mais également dans Alien et qui, de nos jours, sont devenus assez banals même s’il faut reconnaitre qu’à l’époque, c’était une trouvaille assez intéressante en soi.

Cet ensemble de questions n’est bien évidemment pas dénué d’une lecture géopolitique, parfois un peu pesante. En 1951, lorsque Christian Nyby (monteur attitré d’Howard Hawks qui participa activement au projet), s’attèle à la réalisation du film, les États-Unis sont en pleine guerre froide. La haine du communisme se double d’une paranoïa insensée à l’égard de l’URSS, terrain de tous les fantasmes les plus délirants sur la menace que représentait ce puissant pays opposé aux idéaux américains. Si la représentation du monstre, venu en territoire étranger pour se nourrir du sang des humains, donne l’impression d’un anticommunisme primaire, l’ambiguïté des personnages et la qualité des dialogues encouragent, mais sans la nier, une autre analyse du film. L’un des scientifiques, titulaire d’un prix Nobel, adopte une attitude particulièrement ambivalente à l’égard de la créature. Seule à prôner une pacification des rapports en s’opposant à la suppression de la créature, il n’en reste pas moins fasciné par cet objet d’étude inédit. Inversement, les autres membres de l’équipe qui se sont mis en tête d’abattre le monstre tiennent un discours pacifiste en rappelant par exemple au scientifique le plus réputé que le travail sur l’atome ne s’était pas forcément soldé par une grande avancée. La Chose d’un autre monde est finalement une œuvre plus complexe qu’il n’y paraît, et si, en toute sincérité, il faut tout de même reconnaitre que le film a un peu vieilli avec le temps et n’est pas exempts de défauts – certains dialogues parfois limites, la romance inutile mais qui apporte tout de même une scène osée pour l’époque où le protagoniste principal se retrouve attacher face à sa dulcinée – et que nombreux sont ceux qui lui préfèreront le remake de John Carpenter (du coup, ça m’a donner envie de le revoir celui-là), ce film, culte pour certains, n’en reste pas moins assez réussi, parfaitement représentatif de ce qui se faisait à l’époque et ne devrait pas déplaire aux amateurs du genre.

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