mardi 19 juin 2012

ILIUM



ILIUM

Troie, c'est la Guerre chantée par Homère dans l'Iliade. Ici, les dieux de l'Olympe sont des posthumains qui bénéficient, grâce à la technologie, de pouvoirs extravagants, une quasi-immortalité, la possibilité de se déplacer dans le temps et dans l'espace, des armes prodigieuses. Ils habitent, sur Mars, le mont Olympos, le plus haut volcan connu du système solaire. Leur spectacle favori, voire obsessionnel, demeure cette Guerre qui se déroule sur terre et dont aucun d'eux ne connaît l'issue. Aucun, sauf Zeus... Pour vérifier la conformité de la guerre réelle avec ce qu'en a conté Homère, les scholiastes, des spécialistes de l'Antiquité, sont chargés d'observer les dessous de cette Guerre. C'est ainsi que Thomas Hockenberry, un universitaire du XXe siècle, se retrouve malgré lui enrôlé par Aphrodite pour faire triompher les Troyens, et rien moins qu'assassiner Athénée. Mais, à jouer ainsi avec l'espace et le temps, les dieux posthumains mettent en péril le système solaire et l'univers tout entier... Une aventure trépidante, une réflexion sur l'avenir d'une humanité dépassée par ses créations et sur le sens de la culture. Certainement l'un des premiers chefs-d’œuvre de science-fiction de ce XXIe siècle débutant...

Ilium ou le roman dont j’aurais pu vous proposer la critique sur ce blog il y a quatre ans, du moins, si je l’avais lu lorsque je l’ai acheter ; car en effet, aussi incroyable que cela puisse paraitre pour le commun des mortels (mais pas forcément pour l’amateur de littérature, tous genres confondus, qui ne peut vivre sans lecture et qui achète, achète, achète et ne lis pas tout – ah, toujours l’éternel problème du manque de temps), ce fut donc en 2008, lorsque celui-ci paru en livre de poche, chez Pocket, que je me suis procurer Ilium, avant de, quelques mois plus tard, faire de même avec sa suite, Olympos, et pourtant, ces deux romans, que j’avais prévu de lire assez rapidement – ma première lecture du cycle d’Hypérion du même auteur, Dan Simmons, était alors toute fraiche – auront finis par dormir au fin fond de ma bibliothèque, au point même qu’a un moment donné, j’avais presque oublier leur existence. Du coup, le temps est passé, et comme ce fut le cas avec d’autres ouvrages (dont je tairai le nom mais qu’il faudra bien que je lise un jour ou l’autre), Ilium et Olympos firent donc partie de cette catégorie peu envieuse de romans que l’on qualifie de « à lire » mais qu’on ne lit pas forcément. Bien heureusement pour ces deux œuvres, il y a quelques mois, j’ai décidé de me replonger dans le cultissime Hypérion, et une fois ce cycle achevé – et alors qu’à la base, j’étais partant pour un autre roman – je me suis enfin dit qu’il était grand temps que je me lance dans cette autre œuvre de Dan Simmons, que c’était le moment ou jamais, car sinon – et je pense ne pas me tromper en affirmant cela – c’était encore partie pour au moins quatre ans, voire plus, et une prochaine et éventuelle relecture d’Hypérion. D’ailleurs, ne devrais-je pas en profiter, sur ma lancée, pour m’atteler à la lecture de L'échiquier du Mal, lui aussi acheter il y a quatre ans, du même auteur ? Hum, la question mérite d’être posée… Mais trêve de bavardages et place a Ilium.

Ilium, lors de sa sortie il y a de cela quelques années fut un petit événement en soit puisque ce roman marquait le grand retour de Dan Simmons a un genre qui avait fait sa gloire avec Hypérion, la science-fiction. L’auteur, après le succès phénoménal (et mérité) de celui-ci, eu la sagesse d’abandonner le genre quelques temps, sachant pertinemment que toute nouvelle œuvre SF serait indéniablement et implacablement comparée à son chef d’œuvre, ce qui était assez normal en soi. Cependant, même en ayant pris son temps pour se relancer dans le bain, la première chose que le fan qui a connu Simmons par le biais des Cantos et qui découvrirait Ilium ensuite, fera, est de comparer les deux œuvres, et ce, aussi différentes et proches qu’elles puissent l’être ; éternel problème de l’écrivain qui, après avoir connu la gloire, se doit de se renouveler, chose qui n’est pas toujours aussi évidente qu’on pourrait le penser de prime abord, bien au contraire. Mais si je vous ai parlé de différences et de points communs entre Ilium et Hypérion, c’est que Simmons, par le biais de deux romans qui racontent chacun une histoire propre, use et abuse toujours des mêmes ficelles qui ont su marcher en leur temps : ainsi, l’on retrouve dans Ilium bien des éléments autrefois présents dans les Cantos ; que ce soit ces téléportations instantanées à travers l’espace (les nœuds fax ici, les distrans autrefois) accessoirement aussi nocives les unes que les autres, la présence des intelligences artificielles (les moravecs ayant pris place des IA et des Cybrides), le mythe du Juif errant (ici devenu une femme loin de faire oublier l’inoubliable Sol Weintraub des Cantos) et la judéité en règle générale (en avions-nous besoin dans un récit de SF se déroulant dans le futur ? franchement, premier point négatif pour cette œuvre car on sent que Simmons en fait un peu trop) ainsi que, bien entendu, le gout de l’auteur pour imaginer ce qui pourrait advenir de l’humanité dans des milliers d’années (L’Hégémonie est ici remplacée par une vision bien plus pessimiste qui nous renvoi directement à La machine à explorer le temps de HG Wells). Bref, tout un tas de points communs qui font que l’habitué de Simmons retrouvera dans la lecture d’Ilium des échos d’un lointain passé, certes, pas forcément désagréables en soit, mais qui nous démontrent également que l’auteur a un peu de mal à se renouveler. Une dernière preuve de cet état de fait : le lien des deux œuvres aux grands auteurs du passé : Keats dans Hypérion, Homère, Proust et Shakespeare dans Ilium. Alors mon cher Dan, tu nous aurais sorti un simple copié/collé ?


Eh ben, ce n’est pas aussi simple que mes propos pourraient le laisser penser car en fait, Ilium n’est pas dénué d’intérêt. Tout d’abord, le synopsis de base est assez intéressant en soi et mérite largement le détour : imaginez dans un avenir lointain, sur Mars, des dieux grecs (!) avec Zeus, Athéna, Arès et compagnie, qui passent leur temps à vérifier si la célèbre guerre de Troie se déroule conforme à L’Iliade ; pour cela, ils utilisent des spécialistes du texte d’Homère, des humains reconstitués afin de vérifier s’il si tout se déroule comme prévu. Ensuite, dans les satellites de Jupiter, des créatures robotiques, les Moravecs, craignant pour la sécurité du système solaire décident d’aller jeter un coup d’œil du coté de Mars afin de découvrir d’où vient la provenance de tous ces joujoux quantiques. Pour finir, sur Terre, vit une humanité déclinante, semblable aux Eloi de La machine à explorer le temps, qui ne soucient que de passer du bon temps et dont la vie est limité a cent ans (pas une année de plus, pas une de moins) tandis que de soi-disant posthumains, eux, seraient partis vivre dans des stations orbitales des siècles auparavant. Bref, tout un tas d’éléments disparates, sans lien apparent, a première vue, entre eux, et trois récits qui se croisent, avant, bien entendu, de se rejoindre à la fin – car bien évidement, le lecteur s’en doute assez rapidement, tous ces événements sont liés. Encore faut-il savoir comment et pourquoi ? Et d’ailleurs, pour ce qui est de ces récits a proprement parlé, force est de constater qu’ils sont assez prenants, chacun un peu dans son style et que si j’ai eu une nette préférence pour les événements de Troie et les complots entre dieux grecs – ce sont les passages les plus durs et ici, la guerre n’a franchement rien de glorieux – je dois avouer que l’humour qui émane de celui avec les deux Moravecs, tellement drôle, mérite à lui seul le détour. Le problème, c’est que Simmons alterne sans arrêt entre les trois récits, alternants les chapitres à chaque fois lors des moments culminants, procédé qui, en plus de ne pas être original, fonctionne toujours certes, mais lasse très rapidement au fil des pages, mais bon, à sa décharge, j’avouerai que je ne vois pas trop comment l’auteur aurait pu faire autrement ?


Bien évidemment, je ne dévoilerais pas davantage le déroulement du récit ainsi que les nombreuses surprises qui parsèment celui-ci et dont certaines, je l’avoue, sont assez bien trouvées – après tout, il faut toujours savoir préservé une part de mystère pour l’éventuel lecteur qui lirait cette critique et qui serait tenter de découvrir l’œuvre sans la connaitre à l’ avance. Disons, en guise de conclusion, qu’Ilium, sans être du même acabit que Les Cantos d’Hypérion, n’en reste pas moins une œuvre de science-fiction assez plaisante, qui possède son petit lot de bonnes idées et qui est suffisamment prenant pour captiver l’intérêt du lecteur ; ajoutons à cela une petite pincée d’humour et quelques protagonistes hauts en couleur et l’on se retrouve avec un bon petit roman de SF. Le problème, c’est que certaines situations sont tellement osées, voire parfois ridicules, que cela pâtit fortement a la crédibilité de l’ensemble (autant qu’un récit de SF puisse être crédible, j’entends bien) et que l’espèce d’Ulysse 31 avec son sabre laser, franchement, on s’en serait bien passé. De même, que les fans d’Hypérion prennent garde : Ilium reste largement inférieur à son prestigieux devancier, mais bon, dans l’ensemble, ce n’est pas mauvais en soit, cela se lit bien et sans révolutionner le genre, cela vous fera passer un bon moment ; et c’est déjà pas mal. 

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