vendredi 13 avril 2012

DE CAPE ET DE CROCS : DE LA LUNE A LA TERRE



DE CAPE ET DE CROCS : DE LA LUNE A LA TERRE

Deux fiers bretteurs - l'un loup, l'autre renard - découvrent, grâce à une carte cachée dans une bouteille, l'existence du fabuleux trésor des îles Tangerines. De geôles en galères, nos deux gentilshommes s'embarquent pour une incroyable aventure avec pour compagnon le terrible Eusèbe, lapin de son état... De geôles en galères, d'abordages en duels virevoltants, leur quête de gloire et de fortune les a menés jusqu'à la Lune. À présent, il est temps pour messieurs de Maupertuis et Villalobos de regagner la Terre. Mais l'amitié, l'amour et le sens de l'honneur s'opposent parfois... Avant de tirer leur révérence, ils devront affronter d'ultimes et terribles coups de théâtre. Arriveront-ils tous à bon port ?

Plus de deux ans, il aura fallu vingt-huit mois – l’avant dernier tome, Revers de fortune était sorti fin 2009 – a peu de choses prêt, pour connaitre enfin la conclusion de ce qui restera comme l’un des cycles de bande dessinées les plus novateurs et amusants des deux dernières décennies, je veux bien évidement parler de l’œuvre de Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou : De Cape et de Crocs. Débuté il y a de cela dix-sept ans déjà (c’est tout de même énorme !), en 1995 (la première fois que j’en ai entendu parler, c’était dans un vieux numéro de Dragon Magazine, c’est pour dire !), avec Le secret du janissaire, De Cape et de Crocs aura su, indéniablement, prendre son temps, mais malgré cela, et malgré les années écoulées, la série aura su fidéliser un public avide d’humour, d’aventures avec un grand A mais aussi, ne l’oublions pas, de connaisseurs : être un amateur de théâtre – Molière pour ne citer que lui – et de films de cape et d’épée est fortement un plus à prendre en compte, ne serais ce que pour pouvoir apprécier pleinement les multiples clins d’œil qui parsèment l’œuvre dans son intégralité – des plus flagrants comme le personnage de Cyrano, par exemple, aux plus obscurs comme certaines tirades, De Cape et de Crocs, plus qu’une simple bande dessinée qui a, pour protagonistes principaux, des animaux, est avant tout un formidable hommage au théâtre, bien entendu, a une période, plus particulièrement le XVIIème siècle, mais aussi, comme je vous l’ai dit, au films de cape et d’épée du genre Le Bossu, Capitaine Fracasse et bien d’autres, popularisés en France par l’inimitable Jean Marais. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, il est temps, donc, de tirer le rideau avec ce dixième tome de la saga.


Sobrement intitulé De la Lune a la Terre (difficile de faire plus explicite que cela), ce dixième et dernier acte de la saga clôt assez bien toutes les intrigues en court, au point même que, quelque part, il n’y ait pas de grandes surprises pour le lecteur qui, après tant d’années, aurait peut-être espérer obtenir un final un peu plus… comment dire… grandiose. Car avant toute chose, il faut avouer que si ce dernier volume de la série est de bonne facture, force est de constater qu’il est plus dans la lignée des deux, trois derniers albums que du début de la saga : en effet, autant De Cape et de Crocs était particulièrement jouissif dans ses premiers tomes, autant, dans les derniers – est-ce un effet de la dramatisation à outrance des événements – l’humour, moins présent, faisait que l’on pouvait parfois avoir un peu plus de mal à accrocher au récit. Pourtant, en disant cela, il me fait néanmoins nuancer mes propos : en aucun cas, je n’affirme que les derniers tomes de la série sont dénués d’intérêt, non, loin de moi une telle idée, tout cela reste largement supérieur à la moyenne habituelle des sorties BD, tous genres confondus. Mais qu’il y ait une baisse de régime vers la fin est un constat qui, selon moi, se doit de ne pas être occulter. Mais relativisons tout de même, De la Lune a la Terre est une excellente fin, peut-être pas, aux yeux de certains fans hardcores, la meilleure qu’ils pouvaient espérer, mais une bonne conclusion, à la hauteur, en général, de l’ensemble de la série.

Pourtant, de ce que j’ai pu lire, ici et là, force est de constater que cette fin à diviser les fidèles de la saga, bon nombre n’ayant pas apprécié, par exemple, certains événements de ce dernier tome : ainsi, entre la dispute disproportionnée entre les deux protagonistes principaux, le fait que Séléné, finalement, préfère (attention spoiler) notre bon vieux Maitre d’armes à ce pauvre Armand de Maupertuis qui aura passer l’intégralité de la saga a la draguer ouvertement pour rien, voir même, au fait qu’il y ait des morts dans cet album (pourtant, ce ne sont pas les premiers) ainsi que les regards, plus que troublants, d’Hermine envers ce fat d’Andreo – alors qu’elle est promise (du moins, ainsi finis l’histoire) au mariage avec notre fougueux Hidalgo – bref, tout cela aura donner du grain à moudre a une frange des amateurs de la saga. Pourtant, rien de cela ne m’aura franchement gêné a la lecture de cet ultime tome : est-ce par ce que je suis bon public ou pour d’autres raisons plus obscurs, mais personnellement, même si c’est un peu tiré par les cheveux, le fait que Séléné – un peu cruche tout de même – ait offert son cœur au Maitre d’armes ne m’a pas vraiment choqué – sur ce point, le fait qu’ici, ce soit Maupertuis le « Cyrano » de l’histoire est assez marrant. Pour la dispute, là aussi, je ne vois pas où est le problème ? L’amour rend aveugle, certes, mais aussi fort colérique, et bien souvent, les plus grosses disputes commencent par rien du tout. Des morts ? Mendoza meurt, oui, et alors, le grand méchant de l’histoire y passe, franchement, il n’allait pas se rédempteur subitement non plus ; quant au sacrifice du Caillou, j’ai trouvé la scène, certes un peu gnangnan, mais juste dans l’histoire. Reste les deux regards d’Hermine envers Andreo ; là, je l’avoue, je donne ma langue au chat, surtout que, quoi que l’on dise, la série est bel et bien finie. Alors, qu’on voulut dire les auteurs par ces sourires ? Sincèrement, je n’en sais rien.


Et cela importe finalement peu car, au final, De la Lune a la Terre, s’il n’est pas génialissime comme put l’être les premiers tomes de la saga n’en reste pas moins une bonne conclusion, qui possède certes quelques faiblesses, je ne le nie pas, mais qui, quand on pèse le pour et le contre, n’en reste pas moins acceptable comme fin. L’intrigue s’achève, chacun rentre chez soi, il n’y a plus guère de mystères, sauf, bien évidemment, celui relatif a Eusèbe (mais cela, il fallait s’en douter qu’on ne le saurait jamais) et le final, certes ouvert, ne semble pas annoncer un deuxième cycle aux aventures de nos deux bretteurs, mais plutôt, le constat que quoi qu’ils veulent faire – y compris se ranger – l’aventure prendra toujours le pas sur tout le reste. De Cape et de Crocs m’aura donc accompagné pendant bien des années et, quelque part, je dois avouer que Maupertuis et Villalobos, mais aussi tous les autres protagonistes ainsi que cet univers en général, vont me manquer. Mais parfois, il faut savoir s’arrêter quand il faut, et je pense que le moment est idéal pour cela et qu’un second cycle n’apporterait pas grand-chose. En tout cas, un grand merci à Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou pour nous avoir offert une œuvre originale, drôle et souvent géniale ; une œuvre qui, sans nul doute, marquera l’histoire de la BD de ces quinze dernières années et que, si jamais vous ne la connaissez pas, je vous invite à découvrir au plus vite : cela serait dommage de passer à côté d’un tel plaisir !

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