samedi 31 mars 2012

LES DRUIDES : LE MYSTÈRE DES OGHAMS



LES DRUIDES : LE MYSTÈRE DES OGHAMS

Gwenc'hlan ... Mon maître, celui vers qui se tournent toutes mes pensées maintenant, à l'heure où il me tarde de le rejoindre dans l'autre monde, là-bas, par-delà les brumes... Nous druides, pensions à raison que l'écriture ne devait pas figer nos sciences, que nous devions les enseigner par la parole et non par l'encre. Mais vint le crépuscule des druides, et maintenant que nombre d'entre nous se sont convertis à la religion du dieu unique et que les autres ont disparu, il nous faut consigner par écrit ce qui sera perdu faute de bouche pour initier... Il apparaît donc fort louable que ceux qui restent, et dont je fais partie, transcrivent notre mémoire sur ce papier, si éphémère, mais qui demeure en ce jour notre seule possibilité de perdurer au travers des époques à venir... Mes souvenirs étreignent mon cœur, se changent en larmes, se mêlent à l'encre... Gwenc'hlan... Mon maître...


Pas plus tard qu’hier, dans la critique du premier tome de Brögunn, je vous narrais un peu mes petites histoires d’amour/haine vis-à-vis des éditions Soleil et dont mes sentiments, vis-à-vis de celle-ci, ont considérablement évolués au fil des années. Bien évidemment, je ne vais pas revenir dessus, cela ne servirait pas à grand-chose sauf, forcément, a me répéter pour la énième fois, ce qui serait franchement ridicule et improductif. Cependant, comment ne pas rendre hommage a une maison d’éditions souvent décrié dans le milieu, mais qui, finalement, lorsque l’on s’y intéresse un peu, possède un catalogue de titres de valeur, qui méritent le détour, mais aussi, qui sait prendre des risques. Après, des titres de moins bonne qualité, pour ne pas dire mauvais, Soleil en possède également son petit lot, mais finalement, pas plus ou pas moins que d’autres. Ceci étant dit (finalement, je n’ai pas pu m’empêcher de revenir dessus mais promis juré, c’est la dernière fois), il est temps d’aborder l’œuvre qui nous intéresse aujourd’hui, ce premier tome de Les Druides, un cycle de grande qualité et dont le sixième tome (déjà) est sorti il n’y a pas très longtemps, et dont j’en ai entendu que du bien au fil des années.

Je dois reconnaitre que j’aurais dû me lancer bien plus tôt dans cette série, surtout que, contrairement à d’autres que j’ai pu découvrir sur le tard, celle-ci ne m’était pas du tout inconnu, habitué que j’étais de la voir trôner en bonne place dans les rayons. Mais comme, il y a quelques années, j’étais bien plus passionner par des œuvres en rapport avec le Vatican, les secrets de l’Eglise et autres délires du même genre qui vont de l’excellent, comme Le troisième testament, au… comment dire, moyen voir pire (je ne cite pas de titres mais si le cœur vous en dit, vous trouverez quelques exemples dans mes critiques BD de 2008), je n’ai jamais osé franchir le pas, délaissant donc Les Druides. Qui plus est, et je ne m’en cache pas, à l’époque, je dois avouer que le sujet était loin de me passionner : il m’était pourtant familier, j’avais déjà certaines œuvres plus ou moins du même genre qui auraient pu éveiller mon intérêt – comme Le Codex Merlin – mais non, décidément, ce n’était pas ma tasse de thé. Terrible erreur que je commis alors. Enfin bon, rien de grave, en soit, sauf, bien entendu, pour ce qui fut de l’argent gaspillé pour des bandes dessinées de moindre intérêt. Du coup, me voici donc, quelques années après les débuts de cette série, bien décidé à me la procurer dans son intégralité, ce qui, premièrement, représente une certaine somme (même en cherchant d’occasion, va falloir y mettre le prix), surtout que, entre-temps, d’autres titres continuent à sortir… enfin bon, ce n’est pas comme si c’était la première fois que cela m’arrivais… Mais au fait, pourquoi un tel intérêt subit pour une série que je connaissais mais qui ne m’avait jamais intéressé jusque-là ? Il y a, bien évidemment, une certaine évolution de mes gouts, je ne le nie pas, qui, au fil des années et surtout de tout un tas d’œuvres lues, m’ont ouvert de nouveaux horizons. De plus, le fait que j’ai lu bon nombre de critiques positives vis-à-vis de cette œuvre aura su, petit à petit, éveiller mon intérêt, ne serais ce que par son synopsis ; et là, il me semble qu’il est grand temps de rentrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire, ce que vaut vraiment ce premier tome de Les Druides ?

Indéniablement, Le mystère des Oghams, premier volume de la saga, ne peut que marquer le lecteur, et pour cela, nul besoin d’être un fan absolu de l’univers celtique en général, ou des druides en particulier. Pourtant, l’on sent le travail ardu et précis de Jean Luc Istin (que l’on peut retrouver sur ce blog avec Le cinquième évangile dans un tout autre genre), scénariste et dessinateur (mais pas sur cette œuvre) spécialisé dans l’univers celtique : ainsi, que ce soit pour l’univers décris, les costumes, le langage, les légendes abordés ainsi que les personnages, dont une partie ont réellement exister, le lecteur ne peut qu’apprécier le fait que, pour une fois, il ne soit pas pris pour une truffe et que les auteurs aient vraiment réaliser un gros travail en amont qui, non seulement, donne un sérieux à l’ensemble, mais aussi, un gage de qualité non négligeable. De plus, le choix d’Istin de placer son intrigue a une époque, le cinquième siècle – pour rappel, fin de l’Empire Romain, début du Moyen-Age, disparition petit à petit des religions dites païennes devant l’avancée inexorable de l’Eglise Chrétienne – qui n’est que trop rarement abordé me semble assez judicieux : en effet, plutôt que de nous proposer une série sur les Druides à leur âge d’or, Istin a préféré, ce qui est excellent de mon point de vu, nous les présenter dans leurs dernières années, avant que la vague chrétienne ne les absorbe totalement, les reléguant dans les oubliettes de l’histoire, ou presque. Et comme, personnellement, j’aime l’Histoire, et que je suis toujours avide de découvrir des périodes de celle-ci que je connais mal, je ne peux qu’adhérer à un tel choix scénaristique – bien évidemment, je précise que, quoi que l’on dise, quoi que l’on pense de cette série, tout cela ne vaut pas, bien entendu, un bon livre sur le sujet. Mais ce n’est pas tout puisque, en dehors du cadre, qui me convient parfaitement, le synopsis en lui-même est assez accrocheur et fait beaucoup pour la qualité intrinsèque de cette œuvre : en effet, Istin, probablement fortement inspiré par Le nom de la rose, nous retranscrit un peu le scénario du roman d’Umberto Eco quelques siècles plus tôt, et, à la place de Guillaume de Baskerville, nous propose son équivalent druidesque, un certain Gwenc'hlan qui, curieusement, ou pas, a des airs de famille avec un certain… Sean Connery ! Et que l’on ne vienne pas me dire que le dessinateur, Jacques Lamontagne, n’a pas fait exprès. Et justement, puisque j’aborde le sujet, comment ne pas parler de la qualité des dessins ? Sincèrement, ceux-ci sont de très bonne facture et le coté réaliste de ceux-ci collent assez bien à l’ambiance générale, renforçant celle-ci de la meilleur des façons. Certes, tout n’est pas forcement parfait et j’ai un peu titillé sur quelques expressions de visages ainsi que sur des cases plus grandes et qui ne se justifiaient pas forcement, mais dans l’ensemble, le travail de Jacques Lamontagne est suffisamment bon et renforce l’ambiance de l’ensemble. D’ailleurs, tant d’un point de vue scénaristique que graphique, il n’y a pas grand-chose à redire, surtout que, comme je vous l’ai dit, le travail de recherche effectuer en amont transparait dans le résultat final.


Bref, vous l’avez compris, Le mystère des Oghams, premier tome de Les Druides, à confirmer tout le bien que j’ai pu lire, depuis longtemps, au sujet de cette série ; tant Jean Luc Istin que Jacques Lamontagne, part un travail sérieux et précis, lancent là une série finalement assez originale et captivante au possible et qui ne donne qu’une seule envie, en savoir davantage sur cette période historique. De plus, le fait de nous avoir fait une espèce de Nom de la rose a la sauce druidique, ce côté enquête policière et ce mélange des genres, entre deux religions, deux modes de pensées – celle dite païenne, des celtes, et la nouvelle, qui s’imposera, la chrétienne – que tout, ou presque, oppose, renforce l’intensité dramatique du scénario. Surtout que, à la fin de l’album, et malgré la révélation finale, le mystère reste entier, ou presque : est-ce vraiment des Druides qui sont à l’origine de ces meurtres de moines ? Il semblerait bien que oui… à moins que ? Mais bon, je suis sûr que ce charismatique Gwenc'hlan – joué ici par Sean Connery – démêlera le vrai du faux ; en tous cas, vivement le tome 2 !

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