vendredi 30 mars 2012

BRÖGUNN : APRÈS LA FIN



BRÖGUNN : APRÈS LA FIN

Brögunn est un mystérieux guerrier qui a trouvé refuge au sein d'un peuple de créatures sylvestres, les faunes. Avec l'aide de Seth, un jeune faune qu'il a pris sous son aile, Brögunn parcourt les terres enneigées afin de trouver de quoi nourrir les faunes. Hélas, la terre se meurt et la nourriture se fait de plus en plus rare. Un soir, au coin du feu, le guerrier reçoit la visite d'un monstre géant, le Guzzil. Ce dernier a la ferme intention de se nourrir du jeune faune, mais Brögunn réussit à le convaincre d'aller plutôt au sud. Un groupe de rescapés de la bataille contre le seigneur des ténèbres a posé son bivouac là-bas. Ils sont dans un sale état et représentent du coup une proie de choix pour le Guzzil. La créature remercie l'humain et part dans la direction indiquée. Le lendemain, Brögunn raconte au chef des faunes la rencontre qu'il a fait durant la nuit. Cependant, il n'a pas le temps de terminer son récit, qu'un faune vient les prévenir qu'un petit groupe composé d'humains et de nains arrive en direction du village. Le général, qui dirige les rescapés, explique à Garma, le chef de la tribu faune, qu'ils ont dû fuir leur bivouac suite à l'attaque d'un géant et qu'ils viennent en paix solliciter leur hospitalité. Garma accepte de les recevoir pour la nuit, mais pas plus, car son peuple est trop pauvre pour pouvoir les garder parmi eux au-delà d'une journée. Durant la veillée, le général relate les derniers événements de la guerre entre les peuples libres et Yclomedias, le seigneur des ténèbres. Les nouvelles sont des plus mauvaises : la dernière forteresse de la rébellion est tombée...


Lorsque j’ai débuté Le Journal de Feanor il y a de cela quatre ans, je dois reconnaitre que lors de la première année d’existence de ce blog, j’avais pu, à quelques reprises, émettre quelques griefs à l’encontre des éditions Soleil ; choix de bande dessinées hasardeux, mauvais titres ou, plus simplement, déceptions dut au fait que j’attendais bien mieux de mes acquisitions d’alors, il me semble évidant, avec le recul, que si j’ai pu être assez dur à l’époque, cela se justifiait amplement. De même, si au fil du temps, et plus particulièrement depuis une bonne année, mon opinion au sujet de cette maison d’édition a considérablement évoluée, c’est que les titres parus depuis, du moins, ceux que je me suis procuré, étaient d’un tout autre calibre et même, pour certains, tout bonnement excellents. Comme quoi, il ne faut jamais juger une maison d’édition pour quelques déceptions, comme, a contrario, il ne faut pas non plus s’emballer outre mesure. Mais quoi qu’il en soit, il me semble évidant de reconnaitre que mine de rien, les petits gars de chez Soleil proposent tout de même dans leur catalogue, quelques petites pépites, et qu’il se pourrait bien que Brögunn, l’un des tout derniers de leurs titres parus, en soit une nouvelle.


J’attendais avec impatience la sortie de ce tout premier tome de Brögunn depuis le début de l’année et puis, comme souvent, lorsqu’il fut finalement disponible, je ne me le suis pas procurer tout de suite – entre les vacances et moult dépenses, c’était un petit peu compliquer, et puis, comme cette nouvelle BD n’en était qu’une parmi tant d’autres parmi toutes celles que je souhaitais ardemment acquérir – et que les sorties sont nombreuses ces semaines ci – ce n’est que très récemment que je me le suis procurer. Mais hier soir, satisfait par le fait d’être déjà en week-end, je me suis confortablement installer pour découvrir finalement ce que ce Brögunn avait dans le ventre, voir si, finalement, toutes ces petites choses qui m’avaient attirer lorsque je l’avais découvert pour la toute première fois (le contexte, le personnage principal, l’univers enneigé mais aussi désespéré car, ici, visiblement, les forces du mal l’ont emporter) suffisaient pour en faire au moins une bonne petite bande dessinée comme je les aime, mais aussi, ne le nions pas, avec une petite pointe d’appréhension parfaitement compréhensible : après tout, dans un marché – celui de la BD – où il y a tellement de sorties chaque mois, et où même certains cycles finissent par ne pas s’achever, toute nouveauté est regardée d’un œil méfiant ; après tout, rien ne dit que cela ne sera pas une déception puisque la qualité ne peut pas être tout le temps au rendez-vous. Et cela, je ne vous le cache pas, arrive assez souvent avec certains genres, comme la Fantasy par exemple, tellement de fois utilisés par les auteurs qu’à force, on a l’impression de lire tout le temps la même histoire. Pourtant, quelque part, j’avais confiance en Brögunn

Est-ce le fait que, quelque part, dans cette œuvre, les choses sont bien plus originales qu’il n’y parait mais force est de constater que, assez rapidement, mes craintes vis-à-vis de ce premier tome de Brögunn se sont envolées. Pourtant, ce n’était pas gagner puisque, avec un univers typique de la Fantasy à la Tolkien (avec son lot de nains, d’Elfes etc.) et son personnage principal tellement bourru, limite immoral, asocial et quasi invincible qu’il me fit penser immédiatement a un certain Wolverine, le lecteur avait de quoi se poser quelques questions. Pourtant, là où l’on pouvait craindre un manque flagrant d’originalité, on s’aperçoit assez rapidement que quelques petits détails viennent rendre tout cela bien moins banal qu’il n’y parait : déjà, les faunes. On ne dirait pas mais dans le genre Fantasy, finalement, on ne peut pas dire que ceux-ci soient souvent présents – à la rigueur, dans les œuvres traitant de la mythologie et encore. Du coup, j’ai fortement apprécié leur présence dans cet univers. Et puisque l’on parle d’univers, justement, là aussi, le fait que l’action de ce premier tome se déroule dans les montagnes, là où règne neige et gel, change un peu la donne – ouf, on a échappé aux forets avec leurs elfes ! Personnellement, je suis un grand fan des territoires désolés, des landes perdues, des montagnes inaccessibles, des conditions de vie difficiles et ici, dans ce premier tome de Brögunn, force est de constater que j’y trouve mon bonheur de ce côté-là. Mais le meilleur, selon moi, et encore à venir : dans cette œuvre, les forces du mal l’on emporter et les quelques humains, nains, elfes et faunes survivants fuient sans grand espoir de changer la donne – c’est un peu comme si, dans Le Seigneur des Anneaux, Sauron l’avait emporté et régnait sur les Terres du Milieu, ce qui, selon moi, aurait été pas mal d’un point de vu scénaristique – et là aussi, personnellement, ce côté limite post apocalyptique, ce côté désespéré, sans espoir, j’y adhère totalement. Bref, vous l’avez compris, ne serais que par son synopsis de base, son univers et ses protagonistes, ce premier tome de Brögunn ne pouvait que me plaire.

Bien évidemment, ici, c’est ce que l’on peut appeler un premier album typique, calibré pour lancer une série et où le scénariste, Tristan Roulot, met tout cela gentiment en place. Quoi que, à bien y regarder, il s’en passe des choses dans ce premier tome et déjà quelques révélations et événements importants ont lieu – ce n’est pas plus mal et cela nous change de certaines séries où, dans le premier tome, il ne se passe pas grand-chose… quoi que, dans d’autres, au bout de vingt tomes, il ne se passe toujours rien. Brögunn – le personnage, pas la BD – même s’il semble trop bourru pour être franchement original, possède un petit je ne sais quoi qui donne envie d’en savoir un peu plus sur lui et comme en plus, cet univers est vraiment prometteur, cela donne envie de découvrir la suite. Mais je m’aperçois que je n’ai encore rien dit sur les dessins : réalisés par Patrick Boutin-Gagné, que l’on avait vu sur La bête du lac (autre titre que je devais acheter et qui est toujours en attente), ceux-ci sont, je dois le reconnaitre, dans un style un peu particulier, de bonne facture ; certes, parfois, certains visages sont un peu bizarres dans leurs expressions (je me souviens d’une ou deux cases où les visages des soldats humains sont, comment dire, pour le moins curieux) mais, outre ce petit détail mineur, le reste est assez bon, voir même, dans certaines planches, excellent – plus particulièrement dans celles où l’on voit des créatures comme le Guzzil, que j’ai bien aimé, ainsi que l’espèce de démon à la fin. Bref, un dessinateur qui sort un peu des sentiers battus, ce qui n’est pas plus mal, et qui donne incontestablement un plus certain à cette œuvre. Une œuvre, donc, qui démarre assez bien, finalement bien plus originale qu’il n’y parait et qui promet énormément. Et si la suite est aussi bonne que ce premier tome, nul doute que ce bourru de Brögunn sera un nom à ne pas oublier.

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