vendredi 10 février 2012

ÉON



ÉON

Le Caillou semble être un astéroïde entré par accident au début du XXIe siècle dans notre système solaire. Mais lorsqu'il vient se placer en orbite autour de la Terre, les Russes et les Américains doivent se rendre à l'évidence. Il s'agit d'un vaisseau spatial interstellaire de trois cents kilomètres de long. Les sept chambres immenses qu'il recèle abritent des villes entières, désertes. Mais pleines de merveilles technologiques et de bibliothèques contenant des livres d'histoire, rédigés dans toutes les langues de la Terre, qui décrivent un avenir terrifiant. Où sont passés les habitants du Caillou ? Où conduit la dernière chambre qui semble avoir une profondeur infinie ? La grande tradition de la science-fiction échevelée, émerveillée, sidérante.

Depuis que j’ai débuté ce blog, il y a de cela quatre ans, j’ai pu vous proposer bien des critiques de romans de science-fiction et de Fantasy (une bonne centaine pour être exact) et si, je n’ai jamais fait le compte exact entre SF et Fantasy, surtout parce que pour certains ouvrages, la distinction n’est pas si évidente, il y a bel et bien une chose dont je suis sûr, c’est que je ne vous avais jamais parler d’un roman de Hard Science. Mais arrivé là, peut être que certains d’entre vous se demandent ce qui se cache derrière cette désignation et pour cela, rien de tel qu’une petite définition : « Le terme Hard Science pour science dure ou véritable science désigne une science-fiction crédible à forte plausibilité scientifique s'appuyant sur des technologies ou des inventions décrite avec une certaine rigueur. Les théories présentées dans ces récits sont basées sur les connaissances scientifiques de l'époque. » (Voir Poches SF) En gros, les romans de Hard Science, si l’on veut résumer grossièrement la chose, sont des ouvrages a l’écriture et lecture assez complexes mais aussi et surtout, bien plus crédibles d’un point de vue scientifique – même si, avec le temps qui passe et les découvertes, ce n’est plus vraiment le cas pour certains titres. Personnellement, je dois avouer que c’est un genre qui ne m’a jamais franchement attiré et, si parfois, j’ai pu lire certaines œuvres qui s’en approchaient, Éon est indéniablement le tout premier titre de cette catégorie auquel je m’attaque. Mais avant d’aller plus loin, une autre précision s’impose puisque cet ouvrage de Greg Bear se classe également dans un autre genre, assez connu lui aussi, celui des B.D.O. (pour Big Dumb Object) ou, en français, GTS (pour Grand Truc Stupide) qui a inspirer bien des auteurs au fil des décennies, parfois pour le meilleur, le plus souvent pour le pire, et qui, comme on peut le voir ci-dessous (voir dossier sur feu Le Cafard Cosmique) est assez répétitif en soit :

- un Très Gros Truc s’approche de la Terre. Astéroïde, vaisseau géant ? Mon Dieu, mais qu’est-ce que ça peut bien être ? En plus c’est tellement gros !
- Vite, envoyons une expédition de scientifiques américains [variation : on peut y joindre aussi quelques soviétiques] et allons-y voir de plus près.
- De près, nom de Zeus, c’est encore plus gros. Et surtout, quel mystère : il n’y a pas de sonnette à l’entrée, et dedans c’est tout vide... Mais que s’est-il donc passé ?
- Y a quelqu’un ? Ouh Ouuu ?? Non, y a personne. [Attention, c’est un critère important : dans un BDO, il n’y a JAMAIS personne. C’est ça qui créé le Mystère.]
- S’en suit une exploration méticuleuse de l’objet, qui défie évidemment toutes les lois de la physique et contient des trucs diiiiingues : au choix des machins qui clignotent dans le noir, des bestioles mécaniques qui remplissent des fonctions [oui mais lesquelles ?] ou des livres qui prédisent les pires catastrophes, mais comment ça se fait ?
- Ensuite deux possibilités. Soit l’auteur bluffe : il ne connaît pas plus que vous et moi l’origine du BDO, et il nous plante là en fin de roman, en laissant planer le Mystère. Soit il a bien une petite idée derrière la tête, mais il va lui falloir entre 3 et 16 tomes pour la développer : à vous de voir si vous avez la patience de vous accrocher...

Bref, au vu de ce que je viens de dire, la critique de ce premier tome du cycle d’Éon (car en plus, c’est un cycle, rassurez-vous, juste de trois tomes) ne démarre pas sous les chapeaux de roues et ne semble pas annoncer de grands moments de lecture en perspective, et si l’on ajoute à cela mon ton, un peu moqueur (oh, juste un peu), je pense que vous avez compris que la suite ne s’annonce pas rose pour l’œuvre du sympathique Greg Bear. Bien entendu, vous avez parfaitement deviné où je veux en venir…


Bon, avant toute chose, deux petites mises au point s’imposent avant de rentrer dans le vif du sujet : tout d’abord, je n’ai strictement rien à l’encontre de la Hard Science et même si ce premier essai ne s’est pas avéré concluant – bien au contraire – il faudra bien qu’un jour, je me relance dans une autre tentative du genre – après tout, j’ai dans ma bibliothèque L’échelle de Darwin, du même auteur, depuis cinq bonnes années et je ne l’ai toujours pas lu. Ensuite, pour ce qui est de cette histoire de « Grand Truc Stupide » dont je vous ai parlé précédemment, force est de constater qu’à la base, Éon rentre, du moins pour ceux qui ont apprécié cet ouvrage, dans les réussites du genre. D’ailleurs, avant que je ne descende en règle celui-ci, donnons à César ce qui est à César et reconnaissons que cela n’est que mon avis personnel et que bien d’autres lecteurs, eux, ont aimé et trouver tout un tas de qualités a Éon. Ce ne fut pas mon cas, dommage pour moi, dommage pour ce livre, mais, comme dirait l’autre, c’est la vie.

Si je suis dur, pour ne pas dire impitoyable avec cette œuvre, c’est que, quelque part, j’en attendais énormément. D’ailleurs, ne nous voilons pas la face, Éon avait tout pour être un grand roman de science-fiction ! Déjà, son synopsis : on peut se moquer du genre (grand truc stupide) mais avouer qu’un objet gigantesque qui semble avoir été créée par l’homme, et qui surgit comme ça, apparemment vide, dans notre Système solaire, créant forcement bien des interrogations quant à sa provenance, ça a quand même de la gueule. Ensuite, le début du roman est franchement enthousiasmant : les implications du contenu des fameuses et mystérieuses bibliothèques du Caillou quant à l’avenir de l’humanité – ce fameux conflit nucléaire entre USA et URSS qui ravagera le monde – le désarroi de ceux qui savent et qui, malgré leurs efforts, ne peuvent rien faire pour l’éviter, voir même, l’énigme que représente ce fameux astéroïde a de quoi enthousiasmer le lecteur. Certes, celui-ci aura pu être refroidi par le préambule du roman, qui essaie de nous présenter Éon comme une Uchronie vu que, entretemps, l’URSS est tombé et que, forcément, de conflit mondial, il n’y en eu point (encore heureux au demeurant) ; c’est, selon moi, pousser un peu trop loin le bouchon surtout que cela ne se justifie nullement : écrit avant la chute de l’empire soviétique, le contenu d’Éon n’est pas improbable. Après tout, étant suffisamment âgé pour avoir connu la guerre froide, l’éventualité d’une guerre nucléaire était alors envisageable. Depuis, l’URSS n’existe plus et je pense que le lecteur, plus jeune, n’est pas idiot et comprend parfaitement que si cela n’était pas arrivé, la guerre nucléaire décrite dans Éon était une chose qui aurait put – ou pas – arriver. Mais de la a nous le refourguer comme une Uchronie, franchement, faut pas se moquer du monde…

Mais bon, cela n’est pas le plus grave et n’est, finalement, qu’un point de détail qui n’a pas grande importance. Non, là où l’œuvre en elle-même est fortement critiquable, de mon point de vue, c’est pour, après un début plus que prometteur, tomber dans le grand n’importe quoi littéral. Bon, je passerais rapidement sur le style à l’américaine qui me saoule souvent ; ce côté militaire à outrance, ces poncifs du genre lassants au possible comme le fait que l’on sait, immédiatement, que l’héroïne, a un moment donné, couchera forcement avec le personnage masculin principal, et ce, même si cela est amener de façon absurde et que cela n’apporte strictement rien à l’histoire. Ensuite, et c’est bien plus grave, une fois passer le coté intéressant de la lecture, c’est-à-dire, le mystère entourant le Caillou, les recherches dans celui-ci, les bibliothèques, la connaissance du futur, la destruction de la Terre, bref, un tiers du récit, tout part en eau de boudin : Greg Bear nous sort toute une civilisation humaine issue du futur et nous perd complétement entre une multitudes de noms biscornues (au point que, jusqu’au bout, je n’ai jamais su, pour certains, qui était qui ?), de tendances religieuses ou politiques incompréhensibles et chiantes au possible, de faux coups de théâtre plus lassants qu’autre chose et d’explications scientifiques, de théories et moult hypothèses qui, sincèrement, m’on donner des sueurs froides. Surtout qu’il n’y a rien pour accrocher la lecture, pour donner envie de lutter pour aller au bout : les personnages sont insipides au possible, tous sans exception sauf le pauvre russe, Myrsky, qui part ses multiples interrogations, ses doutes et ses envies, est finalement assez sympathique. Hélas, Greg Bear ne lui donne qu’un rôle secondaire, s’attardant sur (Uncle Sam oblige) les personnages américains d’une fadeur affligeante : Lanier ne sert à rien et se lamente tout le temps et l’héroïne, Patricia, la mathématicienne, est tellement détestable et inintéressante qu’elle est tout de suite entré dans mon top ten de mes personnages les plus inutiles ; c’est dire ! Ajoutez à cela cette fameuse civilisation issue du futur, ou d’une autre dimension, ou des deux finalement assez ridicule – les mecs qui ressemblent à des serpents, la franche rigolade – et une fin tout bonnement pourrie, sauf le passage avec Myrsky (comme par hasard) et vous comprendrez tout le bien, ou plutôt le mal, que je pense d’Éon.

Sincèrement, cela m’arrive rarement de tomber sur un livre aussi décevant, mais bon, que voulez-vous, personne n’est à l’abris de lectures, comment dire, pénibles. Je l’ai certes fini, mais plus parce que je mets un point d’honneur à finir toutes mes lectures que par réel plaisir, bien au contraire. D’ailleurs, le dernier tiers de l’ouvrage fut une vraie souffrance, un long moment de solitude qui se prolongea bien trop longtemps à mon gout. En tout cas, avec Éon au moins, les choses sont claires : je n’irais pas plus loin que ce premier tome. Dommage en tout cas, avec un tel potentiel de départ, d’en être arrivé à un tel résultat décevant… 

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