dimanche 8 janvier 2012

LE VIOLENT




LE VIOLENT

Dixon Steele (Humphrey Bogart) est scénariste à Hollywood. Après une soirée en compagnie de son agent, il invite une jeune femme à son domicile pour lui faire la lecture d’un roman dont il doit signer l’adaptation. Après quelques heures de travail, elle quitte la demeure de Steele et prend un taxi pour se rendre chez elle. Le lendemain matin, elle est retrouvée assassinée au pied d’un ravin ! Le passé violent de Steele en fait un suspect idéal. Arrêté par la police il est interrogé jusqu’au moment où Laurel Gray (Gloria Grahame), sa voisine, lui apporte un alibi. Les deux personnages tombent éperdument amoureux mais l’un et l’autre doivent faire face aux pulsions violentes de Steele. Laurel se met alors à douter de son innocence.

Je ne pense pas exagérer en affirmant que ce bon vieux Humphrey Bogart fut probablement l’un des plus grands acteurs de tous les temps. Bien évidemment, une telle affirmation pourra être polémique, certains ralleront, protesteront a corps et a cris, mettront en avant d’autres noms, que ce soit des contemporains de Bogey ou des acteurs plus modernes, mais je persiste et signe, à mes yeux, Bogart – et quelques autres – représente la quintessence du cinéma hollywoodien de qualité, celui de l’âge d’or et des chefs d’œuvres intemporels et à tout jamais, sa dégaine, pas franchement rassurante, son regard, souvent noir, son coté brutal et surtout, son indéniable jeu d’acteur aura fait rentrer Humphrey Bogart au panthéon des plus grands, un peu comme s’il était un demi dieu des temps modernes – enfin, plus si moderne que ça quand on pense que celui-ci nous a quittés il y a un demi-siècle déjà. Mais curieusement, au cours de ma vie, je n’ai, finalement, pas trop eu l’occasion de voir énormément de films où Bogart tenait la vedette ; certes, il y a l’inoubliable Casablanca, mais celui-ci est hors-jeu tant il est connu ; il y eu également Le faucon maltais (mais cela fait si longtemps que je n’en ai plus grand souvenir) ainsi que L'Odyssée de l'African Queen (là aussi, un nouveau visionnage ne me ferait pas de mal) et à part ça, et ben, il me semble, sauf oubli de ma part (chose possible puisque je ne me souviens plus de tout ce que j’ai pu voir à la grande époque de La dernière séance), que c’est tout, ce qui, au vu de l’importance de l’acteur, en est presque tragique à mes yeux. Ainsi, telle ne fut pas ma surprise lorsque ARTE (décidément, de plus en plus ma chaine préférée) proposa, en début de semaine, cet inédit de Bogart (enfin, pour moi), Le violentIn a lonely place en VO.


Ce fut donc avec une joie certaine que je me suis donc installer devant ce film, Le violent (c’est fou ce que certains titres en français font un peu débiles) et que je l’ai donc découvert ; après tout, un Bogart, ça ne refuse jamais, encore plus quand on ne l’a jamais vu, ce qui était, comme je vous l’avais dit, mon cas. Et assez rapidement, j’ai compris que j’allais passer une excellente soirée. Certes, à la base, le synopsis de départ ne semblait pas franchement original puisque dans celui-ci, une jeune femme qui a passé la soirée chez le scénariste hollywoodien Dixon Steele (Humphrey Bogart), autant connu pour son talent que pour ses accès de violence fulgurants et d’une brutalité extrême, est retrouvée morte le lendemain, ce qui fait, forcément, du scénariste sanguin le coupable plus qu’idéal. Je m’attendais donc à un polar ou, du moins, à ma mise en avant d’une enquête où le sujet principal de l’intrigue serait de savoir si oui ou non, Dixon Steele (Bogart donc) était le meurtrier. Or, les choses ne sont pas aussi simples que l’on pouvait le penser et si, bien entendu, on ne perd pas de vu ce questionnement primordial, Le violent va bien au-delà d’une simple et banale enquête policière.

Tout d’abord, le réalisateur, Nicholas Ray – déjà auteur d’œuvres comme On a dangerous ground (La maison dans l’ombre, 1951) et Rebel without a cause (une certaine La Fureur de vivre, 1955) – plutôt que de baser l’intrigue sur la résolution de l’énigme de la mort de la jeune femme va surtout faire de celle-ci un détail, un élément accessoire (mais pourtant primordial), et se focaliser sur le personnage de Dixon Steele au point que, si l’on se pose jusqu’au bout la question de savoir si oui ou non, celui-ci est le meurtrier (ou est capable de l’être a nouveau), ce qui ressort avant tout de ce film, c’est, premièrement, le caractère quasi autodestructeur de par sa violence extrême de Dixon Steele, deuxièmement, les coutumes et les nombreux travers, largement pointés du doigt, d’un microcosme hollywoodien – réalisateurs payés grassement pour servir de la soupe commerciale (oui, déjà à l’époque), anciennes vedettes déchues que l’on méprise, difficulté extrême d’être un véritable créatif, de sortir des carcans étroits des studios – qui n’en sort pas grandit, bien au contraire. Et donc, c’est dans ce milieu, forcément pourri et peu engageant, que déambule Dixon Steele, à qui l’on demande d’adapter un roman en collant au maximum au plus près à celui-ci, malgré sa médiocrité, et que l’on suspecte très rapidement d’être un meurtrier. Il faut dire que sa réputation ne fait rien pour le disculper : ainsi, de la toute première scène où il s’en prend à un automobiliste qui prend la fuite à la toute dernière, forcement dramatique (mais je n’en dirais pas plus) Humphrey Bogart passe le film à disjoncter, sauter sur le premier venu et a le ruer de coups ; inconnus, ennemis et parfois, malheureusement, amis, tout le monde y passe. Ajouter à cela une paranoïa extrême qui vient pourrir davantage la personnalité du personnage et vous comprendrez que tout cela ne peut pas bien finir. Pourtant, à un moment donné, l’on pense qu’un happy end est envisageable, que cela pourrait bien finir pour nos deux tourtereaux : Bogart est calme, il travaille, a des discussions avec ses proches et est plus que prévenant avec sa chère et tendre (Gloria Grahame) ; hélas, hélas, vous vous en doutez, cela ne pourra pas durer. Et puis, n’est-il pas un meurtrier ?

Humphrey Bogart

Alors, vous l’avez compris, j’ai particulièrement apprécié Le violent : tant par son scénario, les implications de celui-ci et sa profondeur, bien plus complexe que l’on pourrait l’imaginer au départ, je pense que ce film mérite le détour. Mais il y a plus : l’extraordinaire et fascinante interprétation d’ Humphrey Bogart. Dans les moments calmes puis violents, dans ses instants où il bascule, où l’on sent qu’il ne peut plus se contenir et qu’il explose, dans cette scène, tout bonnement hallucinante, où il raconte comment le meurtrier (et si c’était lui ?) a procéder pour tuer sa victime, où son regard, éclairé, devient presque comme hanté par ses dires, qu’il semble complétement basculé dans la folie avant de, subitement, redevenir « normal », comme si de rien n’était et d’affirmer, pince sans rire, que des femmes, dans ses scénarios, il en a tuer des tas. Sincèrement, rien que pour la performance de Bogart, qui atteint là des sommets, Le violent est un film indispensable, et sans priver, serait presque comme faire injure au Cinéma, le grand, l’unique, le vrai !


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