dimanche 15 janvier 2012

LE CONCILE DE FER



LE CONCILE DE FER

La révolution gronde aux portes de Nouvelle-Crobuzon. Le gouvernement se fait de plus en plus répressif, l'économie est en plein chaos, et ses habitants luttent pour survivre. Bientôt, un complot est mené pour assassiner le maire, protégé par la Milice aux pouvoirs surnaturels. De son côté, un groupe de rebelles décide de trouver le maître des golems, Judas Bezalle, et le mystérieux Concile de Fer, un train mythique qui traverse les contrées désertiques loin de la ville. Seul le Concile de Fer pourra aider les révolutionnaires à prendre le contrôle de la cité. Mais la Milice veille. Judas et ses compagnons, humains et non humains, s'organisent autour du « train perpétuel » dont l'existence semble tant effrayer le maire et ses sbires...

Il y a un an, à quelques jours prêt, s’achevais la critique de cet excellant roman de China Miéville que fut Les scarifiés, avec les mots suivants : « Bref, un grand moment de lecture, comme j’aimerais en connaître plus souvent et un univers dont j’ai vraiment hâte d’y replonger. J’espère, sur ce point, que Le Concile de Fer, troisième titre du cycle, sortira bientôt en livre de poche. » Et vous imaginez quel put être ma joie lorsque j’ai appris, il y a de cela quelques semaines à peine, que le troisième volume de ce que l’on peut surnommer le Cycle du Bas Lag, ce fameux Concile de Fer, donc, sortait finalement en livre de poche, chez nos amis de Pocket. Grand amoureux de China Miéville depuis qu’il y a quatre ans, j’ai eu le bonheur incomparable de découvrir ce qui reste à ce jour comme sa plus belle réussite, je veux bien évidement parler de l’extraordinaire Perdido Street Station, c’est toujours avec une impatience non dissimulée que j’attends, car je suis ainsi, depuis, les sorties en poche de ses œuvres ; mais à force, je pense que je vais finir par me procurer certains de ses ouvrages en éditions grands formats, surtout s’il faut attendre je ne sais combien de temps à chaque fois pour les avoir à petit prix. Mais là, bien entendu, n’est pas le problème, vous vous doutez bien, mais justement, avant de nous intéresser à celui-ci, c’est-à-dire, ce que vaut vraiment ce Concile de Fer, un petit aparté qui, à mes yeux, a son importance et que je ne peux passer sous silence.

J’ai toujours – allez donc savoir pourquoi – éprouver une sympathie particulière pour les éditions Pocket. La raison, ou plutôt les raisons ne sont pas bien claires et pourraient, quelque part, se résumer aux titres proposés (dont un bon nombre parmi mes préférés), au design des bouquins (j’aime bien la petite image de la couverture sur la tranche) voir même au nom, Pocket. Certes, rien de bien transcendant en soit mais que voulez-vous, j’ai mes petites manies et mes préférences. Or, il y a de cela quelques mois, ou presque un an (je ne sais plus trop, excuser ma mémoire défaillante), nos amis de chez Pocket ont changé deux trois petites choses dans leur collection qui ne m’a pas trop plu – dont je ne m’attarderais pas aujourd’hui sinon, je n’en sors pas – mais dont la principal est que, désormais, la collection SF/Fantasy a perdu son ancien gris pour un simple, banal et tristounet… blanc. Oui, bon, je sais, rien de bien méchant en soit, mais pour quelqu’un comme moi qui possède une certaine conception du rangement qui relève presque de la psychiatrie, cela ne peut que me troubler car, mille fois non, je ne peux ranger un livre a la tranche blanche au beau milieu d’autres qui ont la tranche… grise – dit comme ça, je passe pour un fou, j’en conviens. Mais ce n’est pas tout et mon deuxième coup de gueule à avoir avec la couverture de cette édition du Concile de Fer. Bon, je n’ai rien contre le brave homme qui en est l’auteur – un certain Marco Tardito – mais quand je la compare aux précédentes, celle du grand Marc Simonetti, force est de constater que l’on perd au change. D’ailleurs, comme vous pouvez le voir sur la petite photo qui illustre ce paragraphe, c’est quoi ce train ? Enfin, train est gentillet quand je vois ce machin, ce truc, enfin ce machin quoi ! Non, franchement, sur ce coup-là, Pocket a raté son coup. Surtout qu’il existait une fort belle couverture à la base, celle des éditions Fleuve Noir qui, sans être original, collait parfaitement bien à ce roman et dont je rêvais pour l’édition poche plutôt que ce… ce, bah, ce machin en forme de saucisse grisâtre. Du coup, ulcéré par ce coup du sort, j’ai décidé d’illustrer cette critique du Concile de Fer avec la couverture de chez Fleuve Noire ! Un détail que tout ça pour une personne que l’on qualifiera de saine d’esprit. Oui, je ne le nie pas, mais pas pour quelqu’un dans mon genre, vous l’avez compris. Car avec China Miéville, tout doit être parfait à mes yeux.

Enfin bon, tout ceci est bien gentil mais l’on n’a toujours pas abordé le sujet principal de ce billet, c’est-à-dire, la critique du Concile de Fer ! Tout d’abord, comme ce fut le cas avec les deux œuvres précédentes de China Miéville, j’ai eu bien du mal à m’immerger dans ce roman ; c’est que le style de cet auteur, au demeurant superbe, est d’une complexité rarement atteinte et que, entre un univers d’une complexité peu commune (ah, que l’on est loin du copié/collé de base de Tolkien) où l’auteur nous présente moult races de son invention comme si celles-ci nous étaient familières depuis toujours, mais aussi des lieux, des habitudes culturelles à mille lieux des autres, il faut déjà s’accrocher. Mais ce n’est pas tout : quand on connait l’habitude narrative de Miéville, c’est-à-dire, ces multiples destins croisés (oui, qui a un moment donné se rejoindront, forcement), ces allers retours dans le passé, le temps que le pauvre lecteur mette tout cela en place, qu’il se familiarise avec les noms des nombreux protagonistes, des enjeux, etc. et ben, il s’est écoulé une bonne soixantaine de pages au minimum. Et si cela était valable pour Perdido Street Station (que j’avais abandonné quelques semaines avant de m’y replonger) et Les scarifiés, cette fois ci, c’est encore pire, car sans nul doute, après lecture, je n’ai aucun problème à affirmer que Le Concile de Fer est l’œuvre la plus compliquée du jeune auteur britannique. Et si j’avais pu en baver et sacrément m’accrocher auparavant, ici, ce fut une autre paire de manches, au point que, ce ne fut que le premier tiers du récit atteint, que je pus finalement me plonger convenablement dedans… avant que ce diable de Miéville ne vienne, avec sa longue partie consacrée à la genèse du Concile, remettre tout en question en coupant son roman en deux, un avant, un après, et une genèse, longue, mais longue… Cependant, et contrairement à certains avis que j’ai pu lire sur le net, celle-ci ne m’a pas trop gêné. Certes, au début, j’ai été légèrement surpris par la teneur que prenait le récit, mais une fois dedans, et malgré, effectivement, une longueur peu commune (je ne le nie pas) qui peut surprendre, je dois avouer que j’ai été plus qu’enchanter par celle-ci, retrouvant là le souffle épique qui, selon moi, manquait un peu au récit dans sa première partie et qui, par la suite, ne cessa jamais jusqu’au final. Mais cela n’a pas été, loin de là, l’avis de tout le monde, bien au contraire.


Il faut de toute façon remettre ce Concile de Fer dans son contexte de base : c’est avant toute chose le récit d’une révolution. Et quand on connait les opinions politiques du sieur Miéville – il fut candidat Trotskiste aux élections municipales de Londres – cela n’a rien d’étonnant. Certes, dans ses précédents ouvrages, seul le lecteur avisé aura pu remarquer que de telles idées trainaient dans l’air, mais ici, comme le souhaitais de longue date China Miéville, ce qui ressort avant toute autre considération de ce roman, c’est la lutte des classes, les misérables conditions de travail des travailleurs, l’oppression des classes aisées, des riches et puissants et, bien entendu, de ces fameux révolutionnaires qui nous renvoient tout droit à ceux de la Commune – il suffit de lire la description de quelques combats de rues pour les croire écrites par un Victor Hugo au sommet de son art. Et bien évidement, lorsque l’on sait cela, comment ne pas voir La Nouvelle Crobuzon comme une espèce de Londres en pire, et son gouvernement oppresseur digne du thatchérisme de la pire époque ? Du coup, ce parti pris politique, assumé et revendiqué, transparait à chaque page du roman, écrasant tout le reste de sa présence, parfois oppressante, et reléguant même, quelque part, les protagonistes à une portion congrue. Et là, je dois l’avouer, cela n’arrange pas les affaires de cette œuvre. En effet, lorsque l’on repense à ceux de Perdido Street Station et des Scarifiés, assez variés et souvent attachants, et ce, malgré des comportements que l’on ne pourrait pas qualifier de franchement héroïque – certains n’étaient-ils pas, quelque part, assez détestables ? – comment ne pas regretter que dans Le Concile de Fer, si l’on fait exception de Judas Bezalle – personnage Miévillien typique – les autres protagonistes brillent surtout par un manque, soit de charisme évidant pour la plus part, soit d’importance pour ceux qui possédaient pourtant un potentiel certain ? Ainsi, un exemple, un seul, le Susur, ce personnage énigmatique des grandes plaines, ce despérado solitaire qui avait de la gueule et qui ne joue qu’un rôle mineure dans le récit. Comment ne pas regretter que Miéville ne lui ai pas donné davantage de consistance ? Cela étant valable quasiment pour tout le monde, d’ailleurs. Car du coup, avec une flopée de personnages qui auraient pu, auraient dut être autrement plus charismatiques, il ne reste presque, dans ce roman, que cette révolution : celle du Concile, celle de la Nouvelle Crobuzon, et puis, c’est tout.

Du coup, il apparait qu’a trop privilégier ses idées politiques a ses personnages, China Miéville, tout en nous sortant tout de même un superbe ouvrage, rate nettement ce qui aurait pu être un grand, un très grand roman. Car oui, Le Concile de Fer avait tout pour être exceptionnel, après tout, entre ses idées révolutionnaires, ses emprunts a la Commune et à la Révolution Soviétique, son coté Conquête de l’ouest assumé – avec même, la destruction des espèces locales que l’on peut comparer à celle des indiens – et ses nombreux grands moments, force est de constater que la matière présente est de première ordre. Et puis, comment ne pas s’extasier devant ce final, finalement tellement prévisible et fort bien trouver ? Hélas, alors que tout cela aurait pu être sublimé par des protagonistes plus charismatiques et un récit, peut-être un peu moins propagandiste, Le Concile de Fer, plutôt que d’être le chef d’œuvre que l’on espérait, ne sera qu’un bon roman. C’est certes déjà bien, mais avec Miéville, on attend tellement la perfection que nos impressions finales, du coup, ne peuvent qu’être mitigées…

Aucun commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...