KINGDOM COME
Un
futur incertain. Un futur prévu mais dans un laps de temps imprévisible. Les
héros classiques de ce monde ont pris leur retraite, ou sont entrés dans la
clandestinité. Un événement a changé la donne. Un petit quelque chose qui a
blessé le premier d'entre eux. Superman a été désavoué par ceux qu'il tenait
tant à protéger. Pas assez de résultat. Ils lui ont préféré Magog. Lui qui n'a
pas hésité à tuer le Joker après une tuerie de plus. Un âge est passé. Le temps
s'écoule. Wonder Woman est désavouée par ses sœurs amazones et cherche à
comprendre ce qu'est devenu le monde d'aujourd'hui. Qui sont ces nouveaux héros
qui suivent la méthode de Magog? Parallèle inacceptable: les vilains suivent le
même chemin. Ils tuent, ou ils sont tués. L'Amazone veut rétablir un certain
ordre. Et elle va voir celui qui peut changer les choses. Encore faut-il qu'il
veuille? Et ce n'est pas gagné! Superman ne veut plus rien avoir affaire avec
tout cela. Mais l'invasion totale du Kansas par un nuage de radiations mortelles
est le signe de la chute prochaine. Tout se déroule jusqu'à l'arrivée
d'Armageddon. Les demi-dieux se battent sous les yeux du Spectre qui attend le
bon moment pour agir. Et au milieu de tout cela, il y a les humains avec leurs
faiblesses, et leur doute. Qui les sauvera?
Il
y a de cela deux semaines, lors de la critique du premier volume de L’étoffe
des légendes, j’avais été particulièrement dur avec les comics de super
héros, et plus particulièrement avec les plus célèbres, ceux de Marvel et de DC. Ancien amateur pour ne pas dire amoureux de ceux-ci, surtout
des X Men, avec le temps et bien des déceptions,
j’en suis arrivé au point où tous ces types en costumes moulants m’insupportent
au plus haut point. Il faut dire que pour que mon opinion à leur sujet soit
tellement négative, les têtes pensantes des deux plus importantes compagnies de
comics au monde y sont pour beaucoup : ainsi, comme je le signalais lors
de cette fameuse critique « coup de gueule »,
le manque de risque des éditeurs, ces incessants retours en arrière sensés
plaire aux fans, ces morts qui n’en sont pas et cet immobilisme flagrant, qui
dure depuis les débuts et qui empêche toute évolution notable, au point de
jeter aux oubliettes la moindre petite avancée scénaristique, a fait que, au
bout de quelques années, j’ai laissé tomber les super héros pour passer à autre
chose, et plus particulièrement la bande dessinée européenne. Pourtant, je les
ai tellement aimés fut un temps, ils ont tellement fait partie de ma vie que
même ainsi, je ne peux les oublier entièrement. Et ce rapport d’amour et de
haine envers eux fait que j’ai souhaité m’y replonger un peu. Pas avec n’importe
quoi non plus : pour cela, il me fallait une œuvre de qualité, une œuvre que
l’on ne peut critiquer, une œuvre qui met tout le monde d’accord et qui dépasse
de loin la simple production de base. Ce genre d’œuvres, rares j’en conviens,
existent, et parmi celles-ci, nul doute que Kingdom
Come est l’une des belles réussites de DC.
Mais
avant toute chose, un peu d’histoire s’impose au sujet de la genèse de ce
légendaire Kingdom Come : A la
fin des années 90 le monde des comics est encore très marqué par le sceau des
projets Image (lorsque bon nombre de
créateurs parmi les plus célèbres quittèrent Marvel et DC afin de fonder leur
propre compagnie où ils auraient toute liberté créative envers leurs œuvres) par
exemple, ainsi que de toutes ces séries qui progressivement ont fait entrer les
comics dans une ère plus violente et plus expéditive, le meilleur exemple parmi
les plus célèbres étant, du côté de chez les X Men, la création d’X Force de
Rob Liedfield et du personnage de Cable. Et face à ce qu’il faut bien appeler
une flambée de violence dans le monde des comics, les anciennes icones du passé
paraissaient, forcément, bien plus ternes en comparaison avec ces nouveaux
héros. Et si, chez Marvel, les X Men, alors au fait de leur gloire, n’étaient
pas touchés par ce raz de marée (au contraire, ils s’en accommodaient fort
bien), moult séries furent toucher de pleins fouet et ne purent éviter la
comparaison, et ce, plus particulièrement les icones de DC : Superman, Batman, Wonder Woman, symboles de valeurs
superhéroiques et d’une morale d’un passé que ces années 90, avec leur ultra
violence, semblait reléguer aux oubliettes de l’histoire. Comment s’adapter,
comment faire face dans un monde où, n’ayons pas peur des mots, ils
apparaissaient ringard, excellent questionnement auquel Kingdom Come apporte les réponses.
Car
c’est au travers de Kingdom Come, que
les deux auteurs, Marc Waid et Alex Ross ont voulu mettre en abime ce constat
et la nécessité de revenir vers un comics peut-être plus sain. Grand
connaisseur de l’univers DC, Waid
crée une formidable histoire, qui se déroule dans un futur bien peu engageant :
les anciennes gloires s’étant retirées, le monde est livré à une nouvelle
génération de super héros qui n’ont, en commun avec leurs glorieux ainés, que
leurs pouvoirs qu’ils ne mettent pas au service de la justice mais dont ils
usent et abusent selon leurs caprices du moment. Et devant ce déferlement de
violence, l’homme du commun est bien peu de chose, n’ayant plus la foi en la
justice et martyrisé par ces « héros ».
Le symbole principal de cette nouvelle génération : un certain Magog,
responsable du départ de Superman. Or la, l’amateur de comics aura tout de
suite fait le lien avec Cable de chez Marvel
puisque Magog en est tout bonnement la copie conforme. Et ce lien, tellement
évidant qu’on ne peut pas le nier, nous démontre bien le constat de base de Kingdom Come : l’opposition entre cette
nouvelle génération, celle des années 90, avec leurs valeurs ou plutôt leur manque
de valeur, et celle du passé, de l’âge d’or des comics, que l’on prétend dépasser.
Et
pour sublimer un synopsis que l’on devine forcement accrocheur et grandiose, Kingdom Come est servi par un très grand
artiste, Alex Ross, peintre réaliste au talent indéniable qui s’en donne à cœur
joie pour nous offrir des planches de toute beauté – même si, reconnaissons que
celles où une trentaine de gus costumés se tapent dessus sont légèrement moins
réussies. Car sans Ross, Kingdom Come
n’aurait été qu’une grande bande dessinée, avec lui, c’est tout bonnement un
chef d’œuvre qui aura marqué toute une génération d’amateurs de comics. Car
entre un scénario d’une noirceur peu commune – voir un Superman désabusé à ce
point n’est pas chose commune – mais aussi, finalement, assez violent – la façon
dont la nouvelle génération de super héros est traitée par la Justice League
tient parfois du fascisme, ce qui est intéressant – et des planches, peintes et
d’un réalisme rarement atteint en comics (seul Ross, par la suite et sur d’autres
œuvres, fera aussi bien), nul doute que Kingdom
Come est l’une des plus belles réussites comics de tous les temps.
Je
ne dévoilerais pas davantage l’intrigue afin de laisser le plaisir de la
découverte aux lecteurs qui ne connaitraient ce superbe bijou qu’est Kingdom Come, mais sachez aussi que
cette mini-série (quatre épisodes) s’attardera aussi sur les liens plus que
tendus et difficiles entre les trois grandes icones de DC, Superman, Batman et Wonder Woman, et que franchement, cela
mérite le détour. Ajoutez à cela un très grand travail de la part de Mark Waid
qui nous abreuve – nous noie presque – avec moult références a tel personnage
oublier de chez DC, divers camps différents – celui de Superman, celui de
Batman, celui de Magog et celui de Luthor auquel l’on peut presque ajouter
celui des simples humains représenté par l’ONU – et un Armageddon apocalyptique
qui en marquera plus d’un et vous obtiendrez, comme je vous l’ai déjà dit, un
formidable chef d’œuvre que tout véritable amateur de bande dessinée, qu’il
apprécie ou non les comics, se doit de lire au moins une fois dans sa vie. Et accessoirement,
Kingdom Come nous démontre que même
certaines histoires de « pantins
costumées » méritent que l’on s’y attarde. 



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