samedi 21 janvier 2012

KINGDOM COME



KINGDOM COME

Un futur incertain. Un futur prévu mais dans un laps de temps imprévisible. Les héros classiques de ce monde ont pris leur retraite, ou sont entrés dans la clandestinité. Un événement a changé la donne. Un petit quelque chose qui a blessé le premier d'entre eux. Superman a été désavoué par ceux qu'il tenait tant à protéger. Pas assez de résultat. Ils lui ont préféré Magog. Lui qui n'a pas hésité à tuer le Joker après une tuerie de plus. Un âge est passé. Le temps s'écoule. Wonder Woman est désavouée par ses sœurs amazones et cherche à comprendre ce qu'est devenu le monde d'aujourd'hui. Qui sont ces nouveaux héros qui suivent la méthode de Magog? Parallèle inacceptable: les vilains suivent le même chemin. Ils tuent, ou ils sont tués. L'Amazone veut rétablir un certain ordre. Et elle va voir celui qui peut changer les choses. Encore faut-il qu'il veuille? Et ce n'est pas gagné! Superman ne veut plus rien avoir affaire avec tout cela. Mais l'invasion totale du Kansas par un nuage de radiations mortelles est le signe de la chute prochaine. Tout se déroule jusqu'à l'arrivée d'Armageddon. Les demi-dieux se battent sous les yeux du Spectre qui attend le bon moment pour agir. Et au milieu de tout cela, il y a les humains avec leurs faiblesses, et leur doute. Qui les sauvera?


Il y a de cela deux semaines, lors de la critique du premier volume de L’étoffe des légendes, j’avais été particulièrement dur avec les comics de super héros, et plus particulièrement avec les plus célèbres, ceux de Marvel et de DC. Ancien amateur pour ne pas dire amoureux de ceux-ci, surtout des X Men, avec le temps et bien des déceptions, j’en suis arrivé au point où tous ces types en costumes moulants m’insupportent au plus haut point. Il faut dire que pour que mon opinion à leur sujet soit tellement négative, les têtes pensantes des deux plus importantes compagnies de comics au monde y sont pour beaucoup : ainsi, comme je le signalais lors de cette fameuse critique « coup de gueule », le manque de risque des éditeurs, ces incessants retours en arrière sensés plaire aux fans, ces morts qui n’en sont pas et cet immobilisme flagrant, qui dure depuis les débuts et qui empêche toute évolution notable, au point de jeter aux oubliettes la moindre petite avancée scénaristique, a fait que, au bout de quelques années, j’ai laissé tomber les super héros pour passer à autre chose, et plus particulièrement la bande dessinée européenne. Pourtant, je les ai tellement aimés fut un temps, ils ont tellement fait partie de ma vie que même ainsi, je ne peux les oublier entièrement. Et ce rapport d’amour et de haine envers eux fait que j’ai souhaité m’y replonger un peu. Pas avec n’importe quoi non plus : pour cela, il me fallait une œuvre de qualité, une œuvre que l’on ne peut critiquer, une œuvre qui met tout le monde d’accord et qui dépasse de loin la simple production de base. Ce genre d’œuvres, rares j’en conviens, existent, et parmi celles-ci, nul doute que Kingdom Come est l’une des belles réussites de DC.


Mais avant toute chose, un peu d’histoire s’impose au sujet de la genèse de ce légendaire Kingdom Come : A la fin des années 90 le monde des comics est encore très marqué par le sceau des projets Image (lorsque bon nombre de créateurs parmi les plus célèbres quittèrent Marvel et DC afin de fonder leur propre compagnie où ils auraient toute liberté créative envers leurs œuvres) par exemple, ainsi que de toutes ces séries qui progressivement ont fait entrer les comics dans une ère plus violente et plus expéditive, le meilleur exemple parmi les plus célèbres étant, du côté de chez les X Men, la création d’X Force de Rob Liedfield et du personnage de Cable. Et face à ce qu’il faut bien appeler une flambée de violence dans le monde des comics, les anciennes icones du passé paraissaient, forcément, bien plus ternes en comparaison avec ces nouveaux héros. Et si, chez Marvel, les X Men, alors au fait de leur gloire, n’étaient pas touchés par ce raz de marée (au contraire, ils s’en accommodaient fort bien), moult séries furent toucher de pleins fouet et ne purent éviter la comparaison, et ce, plus particulièrement les icones de DC : Superman, Batman, Wonder Woman, symboles de valeurs superhéroiques et d’une morale d’un passé que ces années 90, avec leur ultra violence, semblait reléguer aux oubliettes de l’histoire. Comment s’adapter, comment faire face dans un monde où, n’ayons pas peur des mots, ils apparaissaient ringard, excellent questionnement auquel Kingdom Come apporte les réponses.

Car c’est au travers de Kingdom Come, que les deux auteurs, Marc Waid et Alex Ross ont voulu mettre en abime ce constat et la nécessité de revenir vers un comics peut-être plus sain. Grand connaisseur de l’univers DC, Waid crée une formidable histoire, qui se déroule dans un futur bien peu engageant : les anciennes gloires s’étant retirées, le monde est livré à une nouvelle génération de super héros qui n’ont, en commun avec leurs glorieux ainés, que leurs pouvoirs qu’ils ne mettent pas au service de la justice mais dont ils usent et abusent selon leurs caprices du moment. Et devant ce déferlement de violence, l’homme du commun est bien peu de chose, n’ayant plus la foi en la justice et martyrisé par ces « héros ». Le symbole principal de cette nouvelle génération : un certain Magog, responsable du départ de Superman. Or la, l’amateur de comics aura tout de suite fait le lien avec Cable de chez Marvel puisque Magog en est tout bonnement la copie conforme. Et ce lien, tellement évidant qu’on ne peut pas le nier, nous démontre bien le constat de base de Kingdom Come : l’opposition entre cette nouvelle génération, celle des années 90, avec leurs valeurs ou plutôt leur manque de valeur, et celle du passé, de l’âge d’or des comics, que l’on prétend dépasser.


Et pour sublimer un synopsis que l’on devine forcement accrocheur et grandiose, Kingdom Come est servi par un très grand artiste, Alex Ross, peintre réaliste au talent indéniable qui s’en donne à cœur joie pour nous offrir des planches de toute beauté – même si, reconnaissons que celles où une trentaine de gus costumés se tapent dessus sont légèrement moins réussies. Car sans Ross, Kingdom Come n’aurait été qu’une grande bande dessinée, avec lui, c’est tout bonnement un chef d’œuvre qui aura marqué toute une génération d’amateurs de comics. Car entre un scénario d’une noirceur peu commune – voir un Superman désabusé à ce point n’est pas chose commune – mais aussi, finalement, assez violent – la façon dont la nouvelle génération de super héros est traitée par la Justice League tient parfois du fascisme, ce qui est intéressant – et des planches, peintes et d’un réalisme rarement atteint en comics (seul Ross, par la suite et sur d’autres œuvres, fera aussi bien), nul doute que Kingdom Come est l’une des plus belles réussites comics de tous les temps.

Je ne dévoilerais pas davantage l’intrigue afin de laisser le plaisir de la découverte aux lecteurs qui ne connaitraient ce superbe bijou qu’est Kingdom Come, mais sachez aussi que cette mini-série (quatre épisodes) s’attardera aussi sur les liens plus que tendus et difficiles entre les trois grandes icones de DC, Superman, Batman et Wonder Woman, et que franchement, cela mérite le détour. Ajoutez à cela un très grand travail de la part de Mark Waid qui nous abreuve – nous noie presque – avec moult références a tel personnage oublier de chez DC, divers camps différents – celui de Superman, celui de Batman, celui de Magog et celui de Luthor auquel l’on peut presque ajouter celui des simples humains représenté par l’ONU – et un Armageddon apocalyptique qui en marquera plus d’un et vous obtiendrez, comme je vous l’ai déjà dit, un formidable chef d’œuvre que tout véritable amateur de bande dessinée, qu’il apprécie ou non les comics, se doit de lire au moins une fois dans sa vie. Et accessoirement, Kingdom Come nous démontre que même certaines histoires de « pantins costumées » méritent que l’on s’y attarde. 

0 commentaires:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...