samedi 3 septembre 2011

LA FORÊT DES MYTHAGOS : LA PORTE D’IVOIRE


LA FORÊT DES MYTHAGOS : LA PORTE D’IVOIRE

George Huxley avait passé presque toute son existence à étudier l'antique et mystérieuse forêt de Ryhope, avant de s'y perdre à jamais, envoûté par le chant des mythagos. Puis son fils Steven, aidé de l'aviateur Harry Keeton, avait tenté à son tour de percer les secrets de ce bois fabuleux, qui lui avait volé son père puis Christian, son frère aîné. Telle est la légende de La forêt des mythagos. Mais qu'en fut-il du destin de Christian, lui qui avait pénétré Ryhope pour retrouver sa Guiwenneth, le mythago d'une antique chasseresse celtique ? Que découvrit-il au cœur de ces lieux fantastiques et dangereux, où chacun doit faire face à ses propres rêves - et ses propres démons ? Ultimes plongées au cœur du bois de Ryhope, La porte d'ivoire et La femme des neiges bouclent la boucle, forgent un nouveau mythe et referment - provisoirement ? - l'immense cycle de La forêt des mythagos.

Tout d’abord, une petite précision s’impose vis-à-vis du résumé de couverture que l’on peut lire ci-dessous : comme chacun sait, pour ce qui est d’une suite au cycle de La forêt des mythagos, l’on peut enlever définitivement le mot « provisoirement », Robert Holdstock nous ayant quitté il y a quelques années suite a une infection par la tristement célèbre bactérie E. coli. Pourtant, en lisant il y a quelques semaines une ancienne interview (datant tout de même d’il y a, si ma mémoire ne me fais pas défaut, d’environ cinq ou six ans) de l’auteur, celui-ci escomptait revenir tôt ou tard sur ce cycle qui fit sa célébrité. Bien évidement, cet énième tome avec sa nouvelle intrigue, ses idées et ses protagonistes restera a jamais lettre morte, on peut bien sur le regretter, mais est ce que cela aurait apporté quelque chose de plus a cet excellant cycle de Fantasy moderne, personnellement, je ne le sais pas, le contraire pouvant être également une possibilité. Surtout que, je le reconnais, si les deux premiers tomes de La forêt des mythagos m’avaient tout bonnement enchanter, le troisième m’avait un peu laisser sur ma faim, et ce, même si je lui reconnaissais quelques qualités qui en faisaient tout de même un bon roman ; quand en est-il de ce quatrième et dernier tome qui conclut le cycle ? Est-il dans la même lignée des deux premiers ou bien, hélas, se rapprocherait-il plus de son prédécesseur immédiat. C’est la question que je vais essayer de vous répondre au mieux ci-dessous.

Il y a tout juste un an, les mois estivaux avaient été consacrés –d’un point de vue lecture – a la lecture du célébrissime chef d’œuvre d’Isaac Asimov, Fondation ; cette fois ci, je me suis lancer dans un autre grand cycle de la littérature fantastique, La forêt des mythagos. Bien que bien moins connu du grand public voir même des amateurs du genre en règle général, l’œuvre de Robert Holdstock, une fois que l’on l’aborde (et que, bien évidement, nous plaise) fait indéniablement partie de celles qui marquent forcement une vie, rien que ca. Enfin, c’est mon avis. Quoi qu’il en soit, après un premier volume tout bonnement époustouflant, tant de part son synopsis de base qui révolutionnait le genre mais aussi de part son intrigue, puis, ensuite, avec un pur joyau d’écriture, le complexe et redoutable Lavondyss qui magnifiait le genre, je dois reconnaître que la suite, Le passe broussaille, malgré un récit toujours intéressant, m’avait un peu laissé sur ma faim : certes, l’auteur prolongeait l’exploration du bois de Ryhope avec de nouveaux protagonistes et on en apprenait un peu plus sur les énigmes de cette ancienne forêt primaire. Cependant, certaines choses m’avaient déplu, comme le fait, pas forcement toujours expliqué par ailleurs, que les chercheurs du troisième tome en savent autant sur, a la fois les Huxley (encore, a la rigueur) mais surtout, sur la jeune Tallis qui, pour ceux qui ont lu Lavondyss, n’avait laissée aucune trace de ses pérégrinations a Ryhope. Dans ce dernier tome, intitulé La porte d’ivoire (mais qui possède un deuxième récit, La femme des neiges), Holdstock nous offre une préquelle des événements en se réintéressant a la famille Huxley.

A la base, je le reconnais, je n’étais pas forcement contre le fait que dans cet ultime tome de la série, l’intrigue principale soit consacrée a l’autre frère Huxley, le terrible (pour ceux qui connaissent) Christian. Même si j’étais un peu dubitatif quand a cela – en temps normal, je ne suis pas très « préquelles » - j’ai débuté la lecture des dernières aventures se déroulant dans le bois de Ryhope de façon optimiste. Pourtant, des le début, je m’étais tromper : imaginant que l’on suivrait les péripéties de Christian après le retour de son frère dans la demeure familiale (et donc, après la mort de la belle Guiwenneth, enfin, de sa propre version de celle-ci) et que, du coup, on découvrirait comment celui-ci était devenu le meurtrier implacable qui avait donner bien du fil a retorde a Steven dans le tome un, telle ne fut pas ma stupéfaction en découvrant qu’en fait, le récit de La porte d’ivoire nous narrerait une aventure totalement inédite et, accessoirement, inconnue, de Christian, avant même que son frère ne rentre de son exil en France a l’issu du conflit mondial de 39/45. Et le problème qui c’est alors posé a moi, c’est qu’a la base, toutes ces péripéties (et elles sont nombreuses) n’existaient absolument pas lors de la parution, bien des années auparavant, de La forêt des mythagos (le premier tome, pas le cycle) et que, du coup, tout cela me semble un peu trop tiré par les cheveux, ce qui a nuit a mon intérêt lors de la lecture du récit. Bien sur, l’on me rétorquera que Christian aurait put cacher tous ces événements a son frère (d’ailleurs, après coup, c’est le cas) et que tout cela peut se tenir ; je suis plus ou moins d’accord avec cela mais bon, tout en reconnaissant que, dans le fond, ce récit de La porte d’ivoire est tout de même très bon en soit et que je n’en ai pas perdu une miette, mon plaisir en a tout de même été gâcher par ce coté « ajouter » assumé par l’auteur. Et puis, devoir se taper encore une énième version de Guiwenneth, ca commence à faire beaucoup ; j’ai compté : une sur pour le père, deux apparemment pour Christian plus celle de Steven, décidément, les Huxley ne peuvent pas se passer de la rousse celtique incendiaire.

Enfin bon, quoi qu’il en soit, La porte d’ivoire est tout de même un bon récit, l’intrigue est pas mal, les protagonistes également de même que les nouvelles idées proposées et quelques révélations sur la mort de l’épouse de George Huxley mais aussi et surtout, sur les responsabilités de celui-ci, mais aussi, qui sait, ses erreurs, dans pas mal d’événements a venir. A cela, ajouté de nouveaux mythes plutôt bien trouvés et une certaine mélancolie tout au long du texte et au final, il me semble que, malgré mes réticences sur certains points, La porte d’ivoire mérite que l’on s’y attarde. Mais ce n’est pas tout puisque dans l’édition Folio (celle que je possède), un second texte vient conclure définitivement le cycle : La femme des neiges. Ici, Robert Holdstock nous entraine encore plus loin dans le passé du clan Huxley puisque cette fois ci, le protagoniste principal est le père, du temps où ses fils étaient tout jeunes. Le récit est intéressant, se lit plutôt bien mais il est tout de même curieux, surtout après c’être taper le papa Huxley limite sadique sur les bords juste avant, d’avoir ici une version presque édulcorée vis-à-vis de ce que l’on sait de lui. Bien évidement, il changea par la suite, et en mal, mais bon, cette différence (par ailleurs compréhensible) était bizarre a la lecture. Mais là où cela pouvait s’expliquer d’un point de vu narratif, je n’en dirais pas autant de son épouse, qui en sait beaucoup sur les travaux de son mari dans ce texte, chose qui, il me semble, n’était pas vraiment le cas jusque la. Bon, bien entendu, le tout dernier paragraphe pourrait nous éclaircir sur ce point mais bon, j’ai trouvé cela curieux.

Quoi qu’il en soit, ce dernier tome de La forêt des mythagos conclu assez bien le cycle et ses deux textes qui le composent, La porte d’ivoire et La femme des neiges, bien que de qualité et d’intérêt inégal selon moi (j’avoue avoir une nette préférence pour le premier), sont en tout cas suffisamment captivants et possèdent suffisamment de qualités pour ravir l’amoureux du cycle. Forcement, on est bien loin du souffle épique du tout premier tome, de même, nous sommes à milles lieux de l’excellence d’un Lavondyss, cependant, dans un tout autre genre, j’ai parfois retrouver, par moments, certaines situations, personnages etc. qui sentaient bon les senteurs des premiers volumes du cycle. Je suis donc venu à bout de La forêt des mythagos, vieux cheval de bataille personnel sur mes tablettes depuis des années et sincèrement, j’ai vraiment apprécié ce cycle ; je connaissais Robert Holdstock grâce au Codex Merlin, mais ici, tout est sublimer, tant de part les idées proposées, les personnages, les thèmes abordés. Bien entendu, tout n’est pas parfait et la lecture est parfois un petit peu ardue, mais dans l’ensemble, entre deux tomes tout bonnement exceptionnels (les deux premiers), un tout juste bon (le troisième) et un dernier un peu mieux, nous avons la, incontestablement, l’un des plus grands cycles de la fin du vingtième siècle. Bien sur, La forêt des mythagos sortant complètement des sentiers battus, et surtout, étant tout sauf conventionnel (donc peu vendeur), ce cycle est bien moins connu que beaucoup d’autres, bien plus accessibles pour le grand public, mais si vous êtes un fou de vieilles légendes, de personnages mythiques, si des termes comme « archétypes » ou « conscience collective » ne vous effraie pas, mais aussi d’une certaine poésie, de récits plus contemplatifs, d’un style d’écriture rechercher et si, vous promener dans les bois fais partie de vos hobbys, alors, il se pourrait que vous aussi, vous succombiez a La forêt des mythagos ; le problème, c’est qu’ensuite, il pourrait vous arriver la même chose qu’a moi : regardant une quelconque forêt, hésiterez vous a la pénétrer de peur de ne plus en ressortir ou d’y passer des années ?

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