samedi 2 juillet 2011

LA FORÊT DES MYTHAGOS


LA FORÊT DES MYTHAGOS

Dans un coin perdu du Hertfordshire s'étend le bois de Ryhope, vestige d'une ancienne forêt remontant à la dernière glaciation ; un bois tellement dense qu'il paraît impossible d'y pénétrer au-delà d'une certaine limite. George Huxley, qui s'est établi avec sa famille à l'orée de Ryhope, est pour d'obscures raisons obsédé par ce bois, par l'idée d'explorer ses profondeurs; une obsession qui le conduit à négliger sa femme et ses enfants. Après sa mort, en 1946, ses deux fils se retrouvent à Ryhope où, grâce aux carnets qu'il a laissés, l'étrange vérité sur la forêt leur est peu à peu révélée : dans ce coin de l'ancienne Angleterre, il semble que l'inconscient collectif humain soit capable de donner vie aux peuplades des mythes et des légendes. Et qu'au détour d'un sentier, ou bien derrière un arbre, se dissimulent Guiwenneth, la belle princesse celte, Jason et ses argonautes, le roi Arthur Pendragon et bien d'autres héros encore...

Après mettre replonger, au bout de quelques années, dans la relecture du Codex Merlin de Robert Holdstock et d’en avoir profiter pour lire le dernier tome, Les royaumes brisés qui concluait celui-ci, j’ai donc profiter de l’occasion pour m’attaquer cette fois ci a l’une de mes plus vieilles arlésiennes de la littérature fantastique, l’un des cycles les plus importants de ces dernières décennies – et ce, même s’il n’est pas si connu que cela – je veux bien évidement parler de La foret des Mythagos du même auteur, le regretté Robert Holdstock. Composé de quatre romans, liés entre eux par la fameuse foret primordiale, l’étrange bois de Ryhope ainsi que par les liens entre les protagonistes (qui ne sont pas les mêmes entre les divers volumes), La forêt des Mythagos m’attirait depuis pas mal d’années : que cela soit par le simple fait que cette œuvre soit écrite de la même main que celle du Codex Merlin qui m’avait tant attiré, de part son synopsis de base – ce bois, étrange et merveilleux où l’on retrouvait les figures légendaires de notre inconscient collectif – ainsi que, en raison des nombreux louanges que j’avais put lire ici et la, dans divers forums spécialisés, dans des sites, des blogs, force est de constater que d’un coté, je me hâtais vraiment de lire cette œuvre, mais aussi, d’un autre, je ne pouvais m’empêcher de repousser a chaque fois l’échéance. Pour quelle raison ? Tout simplement pour la complexité apparente de ce cycle, du style de l’auteur – comme j’avais put le constater dans Celtika et ses suites – qui faisait que La forêt des Mythagos n’était pas un cycle à mettre entre toutes les mains, une œuvre qui, de part son contenu, n’était pas faite pour le grand public plus habitué a une littérature fantastique que je qualifierai de plus conventionnelle mais aussi et surtout, bien plus simpliste. Alors, La forêt des Mythagos est il réservé à une élite ? Je n’irais pas jusque la mais par contre, ce qui est sur, c’est que ce cycle mériterait amplement d’être davantage reconnu tant ses qualités sont nombreuses.

Car je viens tout bonnement de recevoir une claque magistrale en lisant ce premier tome de La forêt des Mythagos. Bien évidement, je m’attendais a un excellent roman, mais a ce point, sincèrement, non. Alors, immédiatement, et alors que nous n’en sommes qu’au tout début du mois de juillet, et alors que j’ai put, cette année, lire des œuvres d’importance comme Les scarifiés de China Miéville ou Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach, je considère déjà l’œuvre de Robert Holdstock comme étant le Livre de l’année 2011, rien que ca ! Et alors que je viens à peine de finir la lecture du premier tome et que je n’en suis qu’aux prémices du second, Lavondyss, je suis encore, en quelques sortes, sous le choc de ma lecture ; sincèrement, cela fait plaisir de découvrir, a presque trente sept ans, des œuvres aussi bien écrites, intéressantes et de telle valeur. Oui, mille fois oui, je pense qu’il y aura – comme ce fut le cas avec les titres de Moorcock en son temps ou l’univers de China Miéville, voir Fondation d’Asimov – un avant et un après La forêt des Mythagos. Et quand je pense que nombreux sont ceux qui n’ont pas aimés cet ouvrage ; a la fois, je peux comprendre cela – toujours cette éternelle complexité propre a l’auteur mais ici, amplifiée si je compare avec le Codex Merlin – mais ce n’est pas pour autant que je ne peux pas m’empêcher de me dire que décidément, le monde est bien mal fait quant on compare avec des cycles qui eux marchent bien plus d’un point de vue commercial. Enfin bon, n’étant pas un Don Quichotte des temps modernes prêt a me battre inutilement contre des moulins a vent, je vais me contenter d’essayer de vous dire ce qui m’a plut dans ce premier tome de La forêt des Mythagos.

Comme ce fut le cas avec son autre cycle majeur, le Codex Merlin, la première chose qui me vient a l’esprit quant je pense à La foret des Mythagos de Robert Holdstock, c’est son coté enchanteur, merveilleux et surtout, captivant au possible ; il est en effet tout bonnement impossible, pour peu que l’on ait accroché au synopsis de base ainsi qu’au style d’écriture, a la fois fluide, sublimement bien écrit et surtout, fin, terriblement fin, de décrocher avant d’en venir a bout. Et puisque nous parlons la d’un cycle, il m’est du coup impossible de passer a autre chose tant que je ne finirai pas les dernières pages du quatrième et dernier tome de La foret des Mythagos ; et alors, je pense, viendra le grand regret de quitter un tel univers, que tout me paraitra fade ensuite… Et ce sentiment, tellement fort et prenant, je l’ai ressenti des les premières pages car, immédiatement, je suis rentrer dans le vif du sujet, par le biais d’extraits du journal intime du patriarche familial, l’inquiétant George Huxley qui toute sa vie, délaissa ses fils et sa femme afin de percé a jour l’énigme du bois de Ryhope, mais aussi par la légende qui sert de prologue au récit, celle avec ce géant, ses deux sœurs qui se disputent un nouveau né et ses guerriers capables de se transformer en oiseaux qui viendront au secours de celui-ci, première des nombreuses versions d’une même histoire racontée, au fil des siècles voir des millénaires, de moult manières différentes même si le fond reste le même. Puis, vint l’arrivée des protagonistes que l’on suivra tout au long de ce premier tome : les deux frères Huxley, l’inquiétant ainé, Christian, le plus jeune, Steve, la belle mythago, pour qui ils vont lutter, Guiwenneth, légendaire figure celte du temps de l’occupation romaine (a moins que la légende ne remonte encore plus loin ?) et Harry Keeton, l’aviateur qui en sait plus qu’il n’y parait de prime abord. Tous ces personnages vont, petit a petit, au gré de rencontres, de découvertes, percer les mystères du bois de Ryhope, et surtout, bien évidement, de ses habitants, véritables archétypes vivants de différentes figures mythiques dont certaines remontent tout bonnement a la nuit des temps. Et la où un autre auteur nous aurait pondu un roman assez classique ou l’exploration de la dite foret, des ses habitants, aurait primé sur le reste, ici, Robert Holdstock, nous propose une visite différente, plus intimiste en quelque sorte, comme une espèce de plongée au sein de notre propre inconscient collectif qui a, au fil des millénaires, donner vie a nos légendes. Celles-ci étant qui plus est changeantes, n’étant pas fixer dans du marbre, évoluant, au fil du temps qui s’écoule, au point que pour la plus part, il est devenu impossible – a moins de se perdre en conjonctures – d’en connaître les origines exactes. Et comme en plus, au fil des pages, le lecteur s’aperçoit que les actes actuels peuvent eux-mêmes modifier les histoires, que celles-ci peuvent changer – ne doit on pas se taire devant la fameuse diseuse de vie sous peine de modifier ses récits ? – voir, carrément, prendre forme et créer de nouveaux mythes, vous comprendrez peut être toute la force qui sort du récit de Robert Holdstock.

Indéniablement, celui-ci fait très fort avec ce premier volume de La forêt des Mythagos. Bien évidement, celui-ci, tellement éloigner des canons habituels de la Fantasy de masse, ne plaira guère au grand public, mais, si quelque part, cela est dommageable en soit, cela n’enlève en rien tout l’intérêt de ce qui est tout bonnement un cycle majeur du merveilleux. Tant par son écriture, ses implications, son synopsis audacieux et captivant au possible, ses protagonistes qui ne tombent jamais dans la mièvrerie ou l’originalité, ce premier tome de La forêt des Mythagos mérite amplement le détour. Et puis, quel plaisir, pour un féru de mythes dans mon genre, que de pénétrez dans ces bois, de croiser les archétypes vivants de figures légendaires – quelque soit leur ancienneté – et surtout, de progresser de plus en plus loin dans le temps, tandis que l’on s’avance vers le cœur de la forêt, vers notre passé le plus lointain. Et puis ce final, a la fois superbe et tellement féerique, une véritable petite merveille que cette conclusion en guise de légende qui fait la boucle avec les toutes premières pages de la meilleure des façons. Personnellement, j’ai tout bonnement adoré et j’ai passé un superbe moment que je ne suis pas prêt d’oublier de si tôt. J’espère maintenant que sa suite, Lavondyss, soit dans la même veine.

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