vendredi 24 juin 2011

LE CODEX DE MERLIN : LES ROYAUMES BRISÉS


LE CODEX DE MERLIN : LES ROYAUMES BRISÉS

Dans ce troisième et dernier volet du Codex Merlin, la colline sur la quelle est bâtie Taurovinda, la forteresse d'Urtha (Haut roi des Cornovides), prend vie : le royaume de l'Autre Monde, celui de l'Ombre des Héros, veut annexer les terres du roi. Mais cette fois, les Morts sont mus par une force plus sombre et plus ancienne que le plus vieux de ces fantômes. Qui les réveille ainsi ? Merlin, qui séjourne dans la forteresse, doit répondre à cette question s'il veut sauver ce monde de l'anéantissement. Le vaisseau de Jason, Argo, est de retour, attiré là par la culpabilité attachée à son passé et un terrible secret dont seul Merlin aura la révélation. Argo et Jason détiennent la clé du mystère.

Depuis environ une bonne dizaine d’années, si ce n’est plus, la littérature fantastique en générale (Fantasy, SF etc.) est phagocyter par deux œuvres majeures, de part leur importance, que même les néophytes et les réfractaires au genre connaissent, Le Seigneur des Anneaux et Harry Potter, ou plutôt même, depuis les adaptations de celles-ci sur grand écran, on pourrait presque dire que le genre fantastique, et plus particulièrement la Fantasy (la SF marchant bien moins de nos jours) fourmille d’œuvres écrites « a la manière de » ; combien de clones du monument de Tolkien ou du magicien a lunettes devront nous encore nous taper pour que ce genre retrouve enfin des couleurs, et surtout, une originalité qui lui a fuit depuis longtemps ? Ainsi, en ce début de vingt et unième siècle, combien d’éditeurs nous assènent, le plus sérieusement du monde, qu’un nouveau cycle majeur de fantasy voit le jour tous les mois, que cette fois ci, tel nouveau cycle qui au passage, s’étalera sur une bonne vingtaine de tomes va bouleverser l’univers du fantastique, que le lecteur sera enfin conquis par une œuvre culte avant même sa sortie ? Or, au final, que des clones, c'est-à-dire soit un gamin ou un adolescent qui s’avère être l’héritier ou/et futur sauveur du monde et qui, accompagner par une troupe de personnages que même Donjons & Dragons renierait, c'est-à-dire, un vieux magicien sage qui sert de mentor, un ou deux guerriers bourrus mais sympathiques finalement, et toute une faune vu et revu des milliers de fois composer d’Elfes, de Nains et d’Orcs ; soit, un ou une magicienne/sorcière/enchanteur qui se retrouve – soupirs – d’en une école de magie etc., vous connaissez la suite. Bien évidement, il y a pire, mille fois pire, comme les vampires qui sont a la mode ces derniers temps avec ces histoires oh combien passionnantes de lycéens boutonneux aux prises avec ces indécrottables suceurs de sang, qui fréquentent les salles de classes également et toutes ces merveilles histoires d’amour impossible et d’une niaiserie confondante qui, accessoirement, doit faire se retourner ce pauvre vieux Comte Dracula dans sa tombe. Bref, vous l’avez compris, c’est ce que l’on appelle une époque tout bonnement formidable et où ces œuvres sont à l’originalité ce que Staline fut, en son temps, à la démocratie.

Et puis, parfois, sans crier gare, il existe autre chose, d’autres œuvres, d’autres écrivains, qui essayent de sortir des sentiers battus, de nous proposer un matériel original, de qualité. Bien souvent, car il faut le reconnaître, ces fameuses œuvres ne se vendent pas aussi bien que le dix septième tome du cycle de machin truc, mais cela importe peu, même si c’est tout de même dommage pour le compte en banque de ces dits auteurs. Bien évidement, sans être totalement obscures, ces fameuses œuvres sont beaucoup moins connues que les autres, on a un peu plus de mal a les trouver, cachées qu’elles sont au fin fond du rayon SF/Fantasy de la FNAC, mais tout cela importe peu car quand on a la joie, que dis-je, le bonheur de les connaître, la satisfaction est telle que l’on se moque bien du marasme actuel de la littérature fantastique car quelque part, l’on sait pertinemment que ces œuvres, elles, seront toujours lues dans cent ans ; ce ne sera pas forcement le cas de toute la production actuelle.

Mon plus grand regret, finalement, avec Robert Holdstock, puisque tel est le sujet du jour avec Le royaume brisée, troisième et dernier tome du Codex de Merlin, est que celui-ci nous ait quitté bien trop tôt – foudroyer fin 2009 par la bactérie E. coli dont on nous parle énormément depuis quelques semaines – et que celui-ci nous aura laisser une œuvre certes d’excellente qualité, mais qui aurait put être plus importante encore si le destin lui en avait laisser l’opportunité. Bien évidement, je ne vais pas revenir sur la façon dont je l’ai découvert, il y a quelques années – il suffit pour cela de relire mes critiques précédentes du Codex de Merlin – mais ce qui est sur, c’est que, contrairement a bon nombre de romans et d’autres cycles de la production actuelle de Fantasy, oui, mille fois oui, nous avons la une œuvre majeure du genre. Et bien évidement, comme il fallait s’en douter, une œuvre finalement assez méconnue, même parmi les amateurs du genre. Ce cycle, ce Codex Merlin, il m’aura fallut plus de cinq ans pour en venir a bout : entre les deux premiers volumes, lus il y a maintenant longtemps puis la longue attente de la sortie en poche des Royaumes brisées qui ne vint jamais, ce n’est donc que ces jours ci que j’aurais donc lu ce fameux troisième tome. Une longue attente donc, sans nul doute, pour la conclusion de l’un des cycles de Fantasy qui m’aura le plus marquer cette dernière décennie.

Inutile de revenir sur le synopsis de base, sur Merlin, Jason et Urtha, le cadre antique, les mélanges des genres, accessoirement parfaitement réussis, inutile également de revenir sur la qualité d’écriture et de narration de Robert Holdstock, sur le coté prenant qu’a put avoir les divers tomes de ce cycle ; tout cela, vous le retrouverez dans mes critiques de Celtika et du Graal de fer. Non, aujourd’hui, pour ces Royaumes brisés, ce que je voulais vous raconter, ce qui m’a le plus marquer, c’est que ce troisième tome, tant attendu, m’aura plus fait penser a une conclusion qu’a un véritable roman. Des toutes premières lignes a la dernière, tout au long des quatre cent pages et quelques que j’ai parcouru avec plaisir, c’est surtout cela que j’ai ressenti, comme si, Holdstock avait avant tout souhaité prolonger son récit, lui donnant ainsi une fin en nous narrant le sort de ses divers protagonistes. Et pour cela, plutôt que de nous offrir Merlin & Jason III, l’auteur, tout en finesse, nous entrainait sur leur suite, amenant de nouvelles énigmes, en expliquant d’autres, statuant sur le sort des protagonistes qui nous suivaient depuis le début du cycle, nous offre un magnifique voyage, qui mènera l’Argo d’Alba jusqu’en Crète, avant de revenir a son point de départ où le destin de chacun aura lieu. Et le personnage principal de ce dernier volume, si le terme convient exactement, aura finalement été le temps. Oui, le temps omniprésent dans ce volume, où passé, présent et futur en cessent de se mélanger, au point de parfois en dérouter le lecteur, ce temps qui vient reprendre son dut, que ce soit a Jason, pour lui rappeler sa mortalité prochaine, a Médée, qui en aura trop abuser, a Niiv bien évidement, qui aura raccourci le sien en jouant avec des forces qui la dépasse, a cet étrange Façonneur qui fait son apparition dans ce volume, mais aussi et surtout a Merlin qui, a force de ne pas user ses dons, vivait, en quelque sorte, hors du temps. Ainsi, et même si Les royaumes brisés ne viennent pas expliquer tous les mystères, les questions que l’on pouvait se poser depuis le tout début de Celtika, il en est une formidable conclusion, qui laissera, tandis que Merlin s’apprête à reprendre son chemin, sans nul doute le lecteur orphelin d’un univers et de personnages tout bonnement époustouflants.

Je pourrais chipoter sur quelques petits détails, comme quelques petits raccourcis un peu faciles, quelques oublis en court de route et des contradictions tout de mêmes assez embêtantes avec les volumes précédant (et ce, même si Robert Holdstock en a conscience puisqu’il nous met en garde contre celles-ci en préambule de son ouvrage), cependant, tout cela est accessoire et ne gâche pas trop le plaisir, indéniable lui, de la lecture. J’avais peut être espérer, après tant d’années d’attente, que ce dernier tome du Codex Merlin soit différent, peut être un peu plus conventionnel finalement ; plus héroïque ? Mais finalement, et même si je lui ai préféré les deux volumes précédant (mais qui sait ce que donnerait une nouvelle lecture, n’est ce pas Le Graal de fer ?), Les royaumes brisés, de part son tempo, finalement assez lent et sobre, comme le court d’une rivière, son coté long, très long épilogue où le temps rattrape, les uns après les autres, tous les protagonistes, est une excellente conclusion a ce superbe cycle qu’est le Codex de Merlin. Et son final, tout bonnement somptueux et triste a la fois, ou des centaines de cygnes occupent l’horizon, tellement féerique en soit, me marquera, je le pense, pendant encore très longtemps…

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