dimanche 8 mai 2011

L’ÉNIGME DU CADRAN SOLAIRE


L’ÉNIGME DU CADRAN SOLAIRE

Obéissant à un ordre de Marie de Médicis, sacrée la veille, le maître espion de Sully, Valentin Raoul Rochefort, organise l'assassinat d'Henri IV mais, ne tenant guère à ce que le projet aboutisse, il confie la tâche à un ancien instituteur de province un peu illuminé. Malheureusement, le 14 mai 1610, l'instituteur François Ravaillac profite d'un embouteillage dans les rues de Paris pour poignarder mortellement le roi. Condamné à l'exil, Rochefort se rend en Angleterre où, dès son arrivée, Robert Fludd, un disciple de Giordano Bruno, le charge d’assassiner un autre roi, Jacques Stuart.

Il y a deux ans environ, j’eu le plaisir de découvrir une écrivain de nationalité britannique, Mary Gentle, par le biais du très long, et très bon, Cycle de Cendres. Dans les quatre volumes qui composaient celui-ci, l’on suivait les pérégrinations d’une condottière et de sa troupe, la jeune Cendres, une femme dans un monde d’hommes – la guerre – et ce, dans un moyen âge pour le moins fort différent du notre puisque dans celui-ci, la Citée de Carthage, au mains des Wisigoths, était une puissance sur laquelle il fallait compter et menaçait même l’ensemble du continent européen où le Royaume de Bourgogne apparaît comme le dernier rempart contre les troupes venant de l’autre coté de la Méditerranée. Formidable cycle d’une Fantasy a mille lieux d’un Tolkien et de ses milliers de copieurs où se mêlait Uchronie, Fantastique voir carrément Science Fiction, Le cycle de Cendres m’était tout de suite apparu comme l’un des romans fantastiques majeurs de ce début de vingt et unième siècle. Deux ans plus tard, donc, ce fut donc avec un certain enthousiasme que je me suis plongé dans une autre œuvre de Mary Gentle, L’énigme du cadran solaire, et voir si celle-ci allait confirmer son indéniable talent.

Et bien, inutile de tourner autour du pot trop longtemps ou d’attendre la fin pour vous le dire, c’est oui, et plutôt deux fois qu’une ! Car si, en toute franchise, je garde une préférence pour Le cycle de Cendres, il apparaît que L’énigme du cadran solaire est tout bonnement un superbe roman qui ravira les amateurs du genre. Mais au fait, quel genre ? Peut-on parler, avec cette œuvre, de Fantasy ? En toute sincérité, non ; car en fait, Mary Gentle nous a offert là un formidable roman de cape et d’épée, mais moderne de part son écriture, ses personnages, les sentiments de ceux-ci, et qui renouvelle magistralement un genre que le simple quidam pourrait penser, a raison par ailleurs, uniquement représentatif d’une époque révolue. Car ici, que l’on ne se trompe pas, si le fantastique est présent, ce n’est que de façon subtile, par le biais des fameuses prédictions du futur, et encore – et c’est là où je pense que Mary Gentle démontre là tout son talent – celui-ci est, chose rare, parfaitement explicable, voir presque plausible. Car dans L’énigme du cadran solaire, ne vous attendez pas à voir surgir un dragon ou un vampire dans un moyen-âge de Fantasy de pacotilles ; non, ici, et bien plus encore que dans Le cycle de Cendres – où indéniablement, le fantastique était encore présent – a part ce fameux don de prédiction, par les mathématiques puisque les dits devins n’ont aucun pouvoir particulier si ce n’est de travailler dur en permanence afin d’essayer de deviner le futur de l’humanité, tout le reste du récit est un roman de cape et d’épée, certes moderne, mais qui ne dénote pas, finalement, des autres œuvres du genre. Et finalement, quelque part, c’est tant mieux ! J’aime le merveilleux, j’aime les monstres en tous genres, j’aime la SF, l’horreur etc. mais de temps en temps, découvrir une œuvre différente, qui sort du lot, cela fait un bien fou. Et en cela, je ne peux que remercier Mary Gentle.

Bien évidement, je ne tiens pas a dévoiler le scénario, afin de ne pas gâcher le plaisir du lecteur qui souhaiterais se plonger dans cette magnifique œuvre, cependant, il est clair, après coup, que ce qui fait la grande force de L’énigme du cadran solaire, c’est indéniablement ses protagonistes ; c’était déjà le cas dans Cendres, Gentle a pousser le bouchon encore plus loin cette fois ci avec des figures marquantes que l’on n’est pas prêt d’oublier, en premier lieu desquels, le sieur Rochefort, ex-gentilhomme et duelliste renommé dans le Paris du début du dix-septième siècle, espion et homme de main du puissant Duc de Sully – « le chien de Sully » - nous avons la un personnage principal plutôt original : en effet, ce n’est pas tous les jours que nous avons la chance, je dis bien la chance, d’avoir un individu héros malgré lui, au passé trouble, assez mesquin quant on n’y pense bien mais tout de même d’une fidélité a toutes épreuves envers son protecteur, bien souvent jaloux, râleur, et surtout, qui va passer l’intégralité du récit a désirer ardemment, mais jamais de façon satisfaisante – Rochefort étant sur ce point le parfait exemple de tout ce qui ne faut pas faire en amour – ce fameux désir « contre nature » envers son ennemi intime du temps où il vivait a Paris, mais très rapidement allié, le très jeune Dariole (ah, là, je ne peut vous en dire plus a son sujet sinon, cela serait vous gâcher indéniablement le plaisir de la découverte du, ou des secrets de ce personnage), autre duelliste aux talents exceptionnels. A ce duo s’ajoute un samouraï, qui pourrait dénoter a première vue mais qui, finalement, s’adapte parfaitement bien dans l’histoire, apportant sa propre vision du monde où il évolue, forcement décadent pour lui tandis que ses compagnons trouvent curieux et son apparence, et ses coutumes. Bien évidement, d’autres personnages apparaissent dans le récit, que cela soit le fameux devin Robert Fludd, adversaire de nos héros mais qui n’agit pas forcement pour une mauvaise cause, le Roi Jean I d’Angleterre, une troupe de comédiens, une « sorcière », Marie de Médicis et bien d’autres, mais aucun n’a autant d’importance que les trois cités plus hauts, figures marquantes et réussies, et qui, de part leurs relations, leurs disputes, leur doutes et leurs espoirs, font passer un superbe moment au lecteur.

Forcement, L’énigme du cadran solaire est ce que l’on appelle tout simplement une réussite ; Mary Gentle, par cette œuvre, confirme son indéniable talent, son récit, écrit un peu a la façon de Cendres, où l’on pourrait presque croire que tout cela est vrai, est captivant au possible, ses protagonistes méritent le détour, il y a pas mal de coups de théâtre, de rebondissements, toujours intelligemment trouvés et, les amateurs d’histoire, seront aux anges. Bien évidement, il subsiste quelques longueurs – l’œuvre est longue, très longue – et le final me semble un peu trop rapide a mon gout, cependant, L’énigme du cadran solaire est une œuvre qui cache bien son jeu et passe tour à tour du roman de cape et d’épée au roman d’aventure, du fantastique au pornographique, du tragique au comique avec une facilité et une légèreté qui en disent long sur le talent de Gentle.

Aucun commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...