dimanche 22 mai 2011

LE VOYAGE DE CHIHIRO


LE VOYAGE DE CHIHIRO

Suite à leur déménagement, un couple et leur jeune fille, Chihiro, roulent vers leur nouvelle maison. Ils s'égarent en chemin et arrivent devant un mystérieux tunnel qui effraie Chihiro mais intrigue ses parents. En le traversant à pied ils se retrouvent, tous les trois, sur des collines en bordure de mer et découvrent ce qu'ils pensent être un ancien parc à thème abandonné. Envoutés par les odeurs de nourriture appétissante du parc, les parents de Chihiro s'installent sur la devanture d'un restaurant désert rempli de plats délicieux pendant que leur fille explore la ville. Lorsque soudainement la nuit tombe, des ombres étranges apparaissent un peu partout et se mettent à animer les rues. Effrayée, Chihiro retourne auprès de ses parents et découvre avec horreur qu'ils se sont transformés en cochons. Coincé dans cet univers étrange dans lequel les humains ne sont pas acceptés, le corps de Chihiro commence à disparaitre, c'est alors que le jeune et mystérieux Haku vient à son secours en lui faisant avaler un remède. Afin de s'intégrer à ce monde, qui s'avère être un lieu de repos et de détente pour les esprits, Chihiro va devoir travailler durement dans le bâtiment des bains, dirigé par la vieille sorcière Yubaba, pour tenter de venir en aide à ses parents. Ce bâtiment étrange est habité par une multitude d'êtres fantastiques qui vont tour à tour aider ou empêcher Chihiro de redonner un aspect humain à ses parents.

J’ai déjà eu l’occasion, sur ce blog, de vous parler de deux autres œuvres d’Hayao Miyazaki : Nausicaä de la vallée du vent et Princesse Mononoké ; et, a deux reprises, pour ceux qui auront eu l’occasion de lire les critiques de ces deux dessins animés, j’ai put porter aux nues les créations d’un homme que je qualifierai, sans exagération aucune selon moi, de tout bonnement génial. Car oui, et n’en déplaise aux indécrottables qui ne supportent pas tout ce qui vient du Japon, ou même, tous ceux qui n’aiment pas les dessins animés (ou alors, tout juste les idioties crasses d’outre-Atlantique, ces espèces de compiles de gags pour adolescents qui n’apportent pas franchement grand-chose a l’animation en règle général), Miyazaki est un génie, nous le prouvant quasiment a chaque fois, par le biais de multiples œuvres, certaines certes plus réussies que les autres, depuis environ trois bonnes décennies. Et si, au cours de ma vie, j’ai déjà eu l’occasion de voir certains de ces longs métrages d’animation, que ce soit bien évidement, Nausicaä et Mononoké, ainsi que Kiki la petite sorcière ou Le château ambulant, je dois reconnaître que je n’avais jamais eu l’occasion de voir ce fameux Voyage de Chihiro, une œuvre dont j’avais entendu le plus grand bien depuis sa sortie il y a près de dix ans et qui m’attirait fortement depuis lors. Ainsi, ayant l’occasion de la découvrir enfin, ce fut avec un plaisir non dissimulé que je me suis installé, accompagner de mes enfants (bah oui, je souhaite leur montrer un peu plus d’œuvres intéressantes et un peu moins de bêtises grasses), devant mon petit écran, le sourire aux lèvres, des les premières images de ce Voyage de Chihiro dont je vais vous livrer mes impressions ci-dessous :

Mon premier constat et que l’on se trouve là devant ce que je qualifierais comme étant une sorte de Best-of Miyazaki ; Le Voyage De Chihiro étant donc un bestiaire de l'imaginaire du maître de l'anime. Si on retrouve des figures plus ou moins déjà vu sous des formes quasi-similaire dans ses précédents films, l'énergie créative du réalisateur ne s'est pas essoufflée tant la panoplie de créatures, d'esprits surtout est diversifiée. D’ailleurs, sur ce point, nous avons droit a tout un florilège varié, parfois étonnant pour un nous autres occidentaux peux au fait de la culture nippone et de son imaginaire merveilleux, et ce, même si le connaisseur des œuvres précédentes du maitre ne sera pas trop dépayser (cela étant également valable pour ceux qui, éventuellement, sont familiers du fantastique nippon, décidément aux antipodes du notre, ce qui donne toujours une petite touche que l’on pourrait qualifier d’exotique, mais tout de même intéressante). Le trait plus précis que jamais Miyazaki nous embarque dans un monde parallèle, le monde des esprits, car si le monde contemporain est évoqué dans le début, tout début du film, c'est pour mieux l'abandonner et laisser la place à ce monde-ci, épuré, ou presque, de vies humaines. Au travers du voyage sont évoqués tout les travers de la société de consommation moderne, abondance, services publics, individualisme, domination, précarité, comme toujours sous des formes plurielles, métaphores poétiques et ravissantes : humains s'empiffrant devenant aussitôt porcs, irrespectueux, qui leur vaut se bannissement du palais des bains. Puisqu’en effet, le monde où se trouve Chihiro est bien vidé de ces êtres humains écœurants et malfamés. Pourtant l'entreprise – car c’en est une, avec tous les travers que cela comporte – qu’est vraiment ce palais, sorte de station balnéo-thérapeutique, répond aux exigences d'individualité importante aux dépends de travailleurs débordés soumis à une hiérarchie très humaine, avec à sa tête la sorcière Youbaba, rappelant par son nom et son comportement une Baba-Yaga nordique que l’amateur de merveilleux connaît bien. Donc pas si utopique que ça ce monde, en effet Chihiro, seule humaine ou presque – au sein d’une faune d’hommes grenouilles surtout et de servantes dont une bonne partie n’est pas totalement humaine – est la seule qui semble avoir une trace de bonté, d'altruisme, le palais est donc un reflet caricatural de la société mondiale, Miyazaki à la lumière d'un La Fontaine, animalise les hommes pour mieux les décrire. Pas vraiment question de message écologique ici, mais plutôt un retour aux sources japonaises, aux croyances nippones, leurs esprit, leurs démons, que Miyazaki voit de plus en plus abandonné par le japon moderne. Flash-back nostalgique ? Pas question, Miyazaki sait évoluer avec son temps, comme le montre les techniques graphiques, bien entendu, utilisées dans le film, mais aussi ce que l’on peut voir dans le vrai monde, l’Audi des parents, la signalétique... ainsi que, dans ce monde des esprits qui ne vit réellement que la nuit, ce fameux train, qui pourrait paraître incongru de prime abord, mais qui, finalement, s’adapte plutôt bien a l’ensemble, avec ses passagers fantomatiques et son aller simple pour une destination inconnue, qu’il répète inlassablement. Hayao n'est donc pas un rétrograde, il essaye dans ses films de mêlées la féerie éternelle japonaise au monde contemporain aussi hostile soit-il, preuve encore de la maturité et de la sagesse du maître. Le Voyage de Chihiro est un voyage pour les sens, coloré, plus affiné que jamais, le dessin arrive à captivé, à surprendre, à émerveillé tout le temps par sa fantaisie et son imaginaire débordant, toujours créatif et vif, avec toujours ce goût paradoxal pour ce qui dégouline des corps, métaphore ultra-classique vu et revu a de multiples reprises dans le passé et dans bien des œuvres, mais néanmoins, efficace d'un mal qui s'en va, par les orifices symboliques, bouche ou plaie. Miyazaki s'il est un grand enfant, éternel rêveur, poétique, n'en perd pas pour autant sa perception simple des choses, du monde et des êtres, qu'il voit pour chacun, aussi laid, putride soit-il, une fin en soi, à la manière Kantienne, tolérant et moraliste, humain finalement. Ainsi, avec un scénario d'une complexité et d'une originalité rare, avec un personnage principal finalement intéressant et atypique, des protagonistes secondaires assez attachants, quelque soit leur rôles, un humour présent et subtil qui n’enlève rien au message du film, un univers tout bonnement envoutant , une qualité de dessin bien évidement remarquable (comme d'habitude : un vrai travail de titan qui ne passe pas inaperçu et qui régales les yeux) ainsi que, pour conclure, une bande originale du même acabit, très soignée et en accord parfait avec l'ensemble des scènes, il me semble évidant que Le voyage de Chihiro ne peut, tout au long de ses deux heures, qu’enchanter le spectateur, émerveiller et conquis.

Indéniablement, Le voyage de Chihiro constitue donc un incroyable concentré des différentes œuvres de Miyazaki, récit simple mais aboutit, c'est surtout au niveau création que Miyazaki en fait son œuvre la plus complète, la plus foisonnante, riche dans sa forme et intelligente, dans sa forme comme toujours, Chihiro est pour la philosophie ce qu'était Mononoké pour la nature, une ode parfaite, charmante, impeccable de pureté graphique et de créativité magique. Une œuvre qui plaira autant aux petits comme aux grands – je l’ai regardé avec mes enfants dont l’âge va de cinq a huit ans et ca leur a plut – même si, bien évidement, ceux-ci auront un autre regard, plus posé, sur ce qui est plus qu’un simple et banal dessin animé. Alors maintenant se pose la grande question : peut-on qualifier Le voyage de Chihiro d’authentique chef d’œuvre – alors que, toujours selon mon avis, Princesse Mononoké ou Nausicaä méritaient, eux, largement ce qualificatif – force est de constater que, même si après tout, cela reste une affaire de gouts personnels, selon moi, et tout en gardant une préférence pour les deux œuvres là, je pense que la réponse, et ce, dans un genre différent, est oui, indéniablement. Bref, une fois de plus avec Miyazaki, un indispensable que tout amateur d’animation nippone – mais pas uniquement car cela serait bien trop réducteur – se doit de voir de toute urgence si ce n’est pas déjà fait.

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