lundi 23 mai 2011

BORGIA : DU SANG POUR LE PAPE


BORGIA : DU SANG POUR LE PAPE

Au XVe siècle, Rome est devenue le symbole du vice et de la luxure. Le haut clergé lui-même se complait dans une vie libertine et scandaleuse. C’est dans ce climat que le pape Innocent VIII se retrouve vieillard, un pied déjà dans la tombe. Paniqué à l’idée de mourir, il recourt à toutes sortes de folles méthodes pour retrouver la vigueur de son jeune âge : transfusion de sang de jeunes hommes, tétée de lait maternel… Mais rien n’y fait, la vieillesse poursuit son œuvre et sa Sainteté meurt, laissant derrière lui une place férocement convoitée. Le cardinal Rodrigo Borgia est peut-être le moins scrupuleux de tous les prétendants. D’origine espagnole, il a toutes les familles italiennes contre lui, et donc peu de chances de parvenir à ses fins par des moyens réguliers. Pourtant, ce père de 4 enfants va intriguer, comploter et assassiner les gens qu’il faut, pour parvenir à ses fins. Car s’il n’est pas le plus riche, il est sans aucun doute le plus machiavélique…

Cette année, j’ai eu l’occasion de vous parler des deux volumes qui constituent, pour le moment, la saga sur le Pape Jules II, c'est-à-dire, Le Pape terrible ; œuvre d’Alessandro Jodorowsky dont il est inutile de revenir sur la longue et fructueuse carrière et que l’on ne présente plus depuis le temps. J’avais particulièrement apprécié la vision, certes pas forcement conforme a la réalité historique de la vie de ce Pape – par ailleurs, assez méconnu de nos jours – que l’on qualifia de guerrier en son temps, que le scénariste chilien nous avait proposer. Ainsi, comme j’avais eu l’occasion de le dire lors de la critique du premier tome du Pape terrible, j’escomptais, a plus ou moins brève échéance, découvrir une autre série du même auteur consacrée elle aussi à un Pape de la même époque, postérieure à celle du Cardinale Della Rovere et qui avait pour protagoniste principal, Alexandre VI, plus connus sous le nom de… Borgia. Borgia, un nom mythique depuis – tout bonnement, la Renaissance – un homme que ses, très, nombreux détracteurs accusèrent de tous les maux, ceux-ci allant de la corruption, de la débauche, du meurtre voir même jusqu'à l’inceste. Ainsi, Borgia ou plutôt les Borgia, car la famille entière, de part la force des choses, entra dans la légende noire de la papauté, ne pouvait laisser indifférent, et ce, même si le personnage historique, et ses enfants – Cesare et Lucrécia – sont tellement connus, qu’il y a eu tellement d’adaptations que ce soit au cinéma, a la télévision, en littérature mais aussi en bande dessinée, de leur vie, que l’on avait tout entendue, y compris, bien souvent, n’importe quoi, que l’on pouvait se dire, en apprenant cette énième œuvre qui leur est consacré : « encore une ! A quoi bon ? ». Sauf que, quand l’auteur est un certain Alessandro Jodorowsky, on ne peut s’empêcher de se dire que son Borgia mérite peut être le détour.

Et c’est effectivement le cas, ne nous leurrons pas. Car si j’avais déjà apprécié Le Pape terrible, force est de constater que ce premier tome de la tétralogie – pour la petite histoire, paru postérieurement – consacrée aux Borgia est de très bonne facture et laisse présager une saga, a défaut d’être exceptionnelle en soit, au moins, bonne et qui mérite que l’on s’y attarde. Pourtant, comme je vous l’avais dit, ce n’est pas facile, de prime abord, d’intéresser le lecteur qui croit déjà avoir tout vu sur des figures historiques aussi célèbres ; prenez un Pape comme Jules II, quelqu’un comme moi, qui aime bien l’histoire, qui est curieux de découvrir une partie de celle-ci qu’il ne connaît pas ou un personnage un peu tombé dans l’oubli, peut vite se passionner pour une histoire (même si celle-ci n’a pas tendance a refléter la réalité telle qu’elle) qui va le mettre en valeur, qui donnera envie d’en savoir plus sur lui, de se documenter etc. Or, avec quelqu’un comme Rodrigo Borgia, ce n’est pas du tout la même chose : tout le monde, ou presque, sait parfaitement que ce Pape fut, en son temps, un superbe libertin, un débauché de la plus grande espèce qui pourrait faire passer un certain Dominique Strauss-Kahn pour un enfant de cœur. Et puis, comment faire abstraction de toutes ces fameuses adaptations, plus ou moins éloignées, de sa vie auxquels les médias populaires les plus diverses nous ont gavés depuis si longtemps ? Impossible, ou presque. Oui, tout le monde connaît les Borgia, leurs vies, leurs mœurs, les soupçons d’incestes et tout ce qui va avec. Oui, tout le monde, même les amateurs de films érotiques, dont un certain nombre sont consacrés à ce Pape immoral et à ses enfants.

Et pourtant, comme je vous l’ai dit, ca marche, et même plus tôt bien. On croyait avoir tout vu ? Et bien, Alessandro Jodorowsky nous démontre qu’on peut parfaitement faire du neuf avec du vieux, que l’on peut dépoussiérer une figure comme Rodrigo Borgia, et nous proposer une œuvre originale, pas par le fond de son histoire – finalement assez connue – mais plus par sa forme, et presque, une nouvelle vision. Et pour cela, le chilien c’est adjugé la collaboration d’un certain Manara, célèbre illustrateur de bande dessinée érotique d’origine italienne et connu depuis belle lurette par les amateurs du genre pour son coté réaliste et ses sublimes créatures sulfureuses et lubriques. D’ailleurs, que ceux qui comme moi auraient lu Le Pape terrible avant Borgia ne s’y trompent guerent ; en effet, le sexe, dans le premier cité est bien plus soft – et accessoirement, plus homosexuel – tandis que dans le second, tout cela est plus cru et certaines scènes vont plus loin, même si force est de constater que nous ne tombons jamais dans la pornographie pure et dure. Erotique, c’est le mot, forcement qui vient a l’esprit, par bon nombre de scènes, bien entendu, ainsi que pour toutes les femmes fraichement dévêtues, mais, comme son nom l’indique, Du sang pour le Pape, titre de ce premier volume de Borgia, est avant tout d’une violence extrême, ou le rouge, couleur du sang, prédomine en masse, où les morts, les scènes horribles (et marrantes a la fois, je pense a celle du sac de pénis… je dois être maso ?) sont légions, comme si les auteurs, Jodorowsky et Manara tenaient a nous rappeler, que les Borgia, ce n’est pas que du sexe, mais aussi et surtout de la violence, et encore plus, intrigues, complots politiques, perversion, chantage etc. Bien évidement, n’y chercher pas la d’exactitudes historiques, ce Borgia est tout – même si tous les protagonistes sont eux, réels – sauf un livre d’histoire, cependant, l’esprit de l’époque, des personnages, n’en était pas forcement très éloigner.

Indéniablement, et une fois de plus, Alessandro Jodorowsky, accompagné ici par le talentueux Manara, nous offre une œuvre superbe, parfois choquante de part certaines scènes et qui, de part sa violence et son érotisme pourra déplaire a certains. Cependant, il est indéniable que ce premier volume consacré a Borgia est de très bonne facture et qu’il annonce une excellente série, du moins, si le reste est du même acabit (après tout, je ne l’ai pas lu et je peux me tromper mais bon, cela m’étonnerais vu la qualité de ce premier volume). Sans scrupules, pervers, une morale plus que douteuse, voir carrément incestueux (mais cela reste à prouver quant a Lucrécia) les Borgia sont restés dans l’histoire pour tout un ensemble de mauvaises raisons mais au final, ils n’étaient que les plus formidables représentants d’une époque peu reluisante pour la chrétienté et ou Vatican rimait avec débauche et corruption. Du coup, de part leur célébrité qui aura traversé les siècles, les utiliser dans une œuvre n’est certes pas très original, cependant, réussir à le faire d’une telle qualité est bien plus rare, et, indéniablement, Jodorowsky et Manara y sont parvenus avec ce premier tome de Borgia.

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