samedi 2 avril 2011

LES SENTINELLES : AVRIL 1915 YPRES


LES SENTINELLES : AVRIL 1915 YPRES

18 avril 1915. Dans le secteur d'Ypres. Le lieutenant Taillefer continue de combattre, de tenter de sauver ses hommes. Mais la guerre est de plus en plus impitoyable. Les Sentinelles vont d'ailleurs recevoir une nouvelle recrue : le baron Hubert Marie de Clermont, un capitaine, qui portera le surnom de Pégase. Mais les Allemands n'ont pas dit leur dernier mot : ils prévoient d'utiliser pour la première fois les gaz. D'ailleurs, Taillefer et Djibouti vont tomber sur quelques soldats allemands morts du fait de leur propre gaz. Le lieutenant tente de prévenir l'état-major de cette attaque. Ces derniers ne les croient pas. Mais ce que ne sait pas non plus Taillefer, c'est que l'armée ennemie a crée le premier Übermensch ! Et cela risque de changer la donne concernant les batailles...

Pour les amateurs de super héros européens, il n’y a pas que La Brigade chimérique dans la vie, car il ne faut pas oublier Les Sentinelles. Bien évidement, les deux œuvres, si l’on excepte le fait que les protagonistes soient ce que l’on pourrait appeler des surhommes, sont assez différentes en soient : d’un coté, avec la Brigade, nous avons là une œuvre originale avec de véritables super héros dignes des comics et l’on s’intéresse a ce qu’ils sont devenus et surtout, pourquoi ils ont disparus du continent européen avant le second conflit mondial ; de l’autre coté, avec les Sentinelles, a y regarder de plus prêt, c’est moins original de prime abord, nous n’avons la que des hommes que l’on pourrait qualifier d’améliorés par la science de l’époque, celle du début du vingtième siècle et l’intrigue, moins complexe (et moins prise de tête pour ceux qui n’aiment pas réfléchir) s’intéresse plus a ce qu’aurait put être la vie de surhommes lors de la grande guerre. Selon les préférences de chacun, certains préféreront la Brigade tandis que d’autres pencheront pour les Sentinelles ; personnellement, si intrinsèquement, la première œuvre citée possède plus de potentiel, la seconde n’en reste pas moins, de mon point de vu, digne d’intérêt.

En fin d’année dernière, je vous avais déjà parlé sur ce blog des deux premiers volumes des Sentinelles. A l’époque, c’était avant de découvrir la fameuse Brigade chimérique, je félicitais les auteurs de la série pour avoir eu l’idée de nous proposer une histoire avec des super héros a la française, suffisamment éloignés des archétypes nord américains qui, en toute franchise, deviennent lassant a force. Cependant, malgré la qualité de la série et de ses deux volumes, je m’inquiétais légèrement, et à juste titre, de l’absence du troisième tome, annoncée depuis pas mal de temps mais dont on ne trouvait aucune nouvelle sur une éventuelle sortie, en novembre. La série allait-elle être supprimée, achevée en plein vol ? Après coup, ce ne fut qu’une crainte sans fondement quoi que, quelque part, en lisant les remercîments du scénariste Xavier Dorison en préambule de ce troisième tome – « Merci a Marya et Guy pour avoir sauvé les Sentinelles » - je ne peux pas m’empêcher de me dire que si ce fameux Guy est bel et bien Guy Delcourt, peut être que la série revient effectivement de loin ? Enfin bon, n’étant pas dans le secret des dieux, tout cela n’est que supposition et j’espère néanmoins que les Sentinelles iront jusqu'à leur terme.

Quoi qu’il en soit, ce fut donc avec un enthousiasme certain que j’ai appris il y a quelques semaines la sortie de ce troisième tome, sobrement intitulé Avril 1915 Ypres. Et donc, après me l’être procurer dans la semaine, et, enfin, après quelques mois d’attente, l’avoir lu hier soir, que faut-il retenir de la suite des aventures en plein premier conflit mondial de Taillefer, Djibouti et les autres ? Tout d’abord, la qualité des précédents volumes est toujours au rendez vous ; dans la lignée de ceux-ci, nous retrouvons donc un univers, une intrigue auquel nous sommes désormais habitués et tout ce que j’ai put écrire lors de mes deux premières critiques de la série est toujours valable. Lecteurs, si vous avez aimé les premiers volumes des Sentinelles, celui-ci vous ravira de la même manière, voir, quelque part, encore plus de part ses nouveautés. Car si, sans surprise, nous retrouvons un Taillefer toujours dubitatif quand a l’intérêt de ce conflit et de tous ces morts, un Djibouti toujours aussi violent par moments et, surtout, un état major de l’armée toujours aussi va-t-en-guerre et incompétent (le problème, c’est que là, ce n’était pas de la fiction), l’introduction de nouveaux protagonistes comme la fameuse nouvelle Sentinelle française, Pégase, personnage hautement antipathique au départ mais qui, au fil des pages, évolue dans le bon sens, mais aussi et surtout du premier surhomme allemand, l’Übermensch apporte un sang neuf et un renouvellement intéressant a l’intrigue. Surtout que, et les auteurs l’on bien retranscrit dans le récit, avec l’apparition de protagonistes allemands, l’on s’aperçoit que ceux-ci ne sont pas forcement mauvais dans le sens où l’on pourrait l’entendre et que, avec les Sentinelles, tout n’est ni blanc, ni noir : ces hommes, eux aussi doutent, peuvent avoir leurs peines, leurs désillusions et leurs espoirs et, quelque part, ne sont guère différents de ceux du camp d’en face. Mais Xavier Dorison, contexte historique oblige, nous montre aussi les premières utilisations des fameux gaz de combats qui causèrent tant de massacres au sein des tranchées, et qui, comme les attaques quotidiennes baïonnettes au canon sous les obus, ne servit strictement a rien, enfin, sauf a massacrer des millions d’hommes. Sur ce point, le sieur Dorison ouvre ce troisième tome par le constat désabusé d’un Taillefer qui, dans son journal, écrit que toutes ces attaques ne causent ni avancées ni reculades, sauf la mort des hommes, et le l’achève de la même manière, cette fois ci avec le bilan humain des gaz qui, eux aussi, n’ont pas permis de faire basculer le conflit… tout juste d’apporter davantage d’horreur a celui-ci.

Et cette horreur de la grande guerre, comme dans les deux précédents volumes, celle-ci est omniprésente dans ce nouveau tome des Sentinelles. Des hommes meurent en masse, de nouvelles armes sont inventées apportant encore plus de destruction et, pendant ce temps là, en haut lieu, une petite poignée d’individus décide du sort, et de la destruction du continent européen dans de luxueux appartements bien loin du champ de bataille ou périt la jeunesse d’une civilisation. Et les Sentinelles, ces fameux super héros ne pèsent pas bien lourd dans tout cela ; désabusés, perdant leurs illusions, ils ne sont finalement que des hommes comme les autres, soumis aux ordres d’une hiérarchie cynique et aveugle. Et, pendant que nos trois héros, après avoir subit les horreurs des premiers gazages des tranchées et avoir eu mal a partir avec l’Übermensch, s’en vont pour les Dardanelles, vers d’autres horreurs a venir, le lecteur, lui, ravis de tout ce qu’il vient de lire, ne peut s’empêcher d’attendre avec une grande impatiente ce quatrième tome. Décidément une superbe bande dessinée, sans aucun doute.

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