mercredi 6 avril 2011

INDIGNEZ-VOUS !


INDIGNEZ-VOUS !

« 93 ans. La fin n’est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! » Quelle chance de pouvoir nous nourrir de l’expérience de ce grand résistant, réchappé des camps de Buchenwald et de Dora, corédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948, élevé à la dignité d’Ambassadeur de France et de Commandeur de la Légion d’honneur ! Pour Stéphane Hessel, le « motif de base de la Résistance, c’était l’indignation. » Certes, les raisons de s’indigner dans le monde complexe d’aujourd’hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme. Mais « cherchez et vous trouverez » : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au toujours plus, à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu’aux acquis bradés de la Résistance retraites, Sécurité sociale... Pour être efficace, il faut, comme hier, agir en réseau : Attac, Amnesty, la Fédération internationale des Droits de l’homme... en sont la démonstration. Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu’il appelle à une « insurrection pacifique ».

Indéniablement, Indignez-vous ! de Stéphane Hessel aura été le livre de ces derniers mois, en tout cas, celui qui aura le plus fait parler de lui, et, accessoirement, l’un de ceux qui aura le mieux marché. Pour cela, le bouche à oreille, le sujet du propos abordé, la personnalité même de son auteur mais également, son très faible cout – associé, il est vrai, au nombre ridiculement bas des pages de cette œuvre – auront été des éléments non négligeables pour un tel succès littéraire. Et puis, comment voulez vous qu’avec un titre pareil, celui-ci, le succès, ne soit pas au rendez vous ? En ce début de vingt et unième siècle où nous avons connu pèle mêle les ravages d’une crise économique de grande ampleur mais qui n’a pas suffit a ce que les nations changent leurs façons de fonctionner, les traders continuant a jouer allègrement avec des sommes ahurissantes jusqu’au prochain crack boursier, où nous avons constater que l’écart entre les plus riches et tous les autres – nous n’en sommes plus seulement aux plus pauvres – ne cesse de croitre de façon indécente, où nous regardons, dépités, une classe politique pathétique, sans génie, uniquement préoccupée par leurs propres intérêts, le plus souvent pécuniers, que par celui de la nation, où nous constatons, désabusés alors que, finalement, cela est tout a fait normal, que même noir, Obama n’en reste pas moins un politicien comme un autre, où nous avons subit de plein fouet, le terrorisme, les guerres pas forcement justifiées comme en Irak, où, alors que les années 70 nous avaient croire qu’on allait en être définitivement débarrasser, que la religion est revenue en force dans nos contrées occidentales, et que, désormais, oser critiquer cet opium du peuple peut être passible de mort, où nous n’osons même plus regarder la télévision, qui au lieu d’apporter la connaissance au peuple, l’a abruti de la plus triste des façons n’étant plus qu’un vecteur de divertissement stupide qui prépare nos cerveaux a consommer du Coca Cola, bref, a cette époque où, pour réussir, il vaut mieux se ridiculiser a la télé, montrer ses richesses, sa stupidité et où se montrer un tant soit peu amoureux de la culture, de la lecture ou des arts et sujet a moqueries, a cette époque où bien souvent, merci a la pornographie ambiante, les femmes ne sont plus considérées que comme des défouloirs sexuels pour des hommes au comportement pire que celui des animaux, où la violence règne partout, au mépris des lois et du bon sens, où le citoyen lambda n’est plus a l’abri et que la crapule s’en sort toujours – après tout, c’est de la faute a la société – mais aussi, quant le système scolaire est aux abonnés absent, la faute a trop de réformes ridicules et a un laxisme coupable, quant les parents ne donnent plus l’exemple, bref, quand l’éducation fait désormais partie du passé, comment voulez vous que l’on n’ait pas des raisons, plus que valables, de s’indignez, de crier notre colère contre une époque où tout fout le camp, où l’avenir apparaît bien sombre pour nos enfants !? Alors oui, forcement, un ouvrage comme cet Indignez vous ! était nécessaire, et, forcement, ne pouvait que marcher. Sauf que tout n’est pas aussi simple que l’on pourrait le croire.

Chez les vieux messieurs comme Stéphane Hessel, il y a généralement deux façons de faire et donc, deux catégories : Ceux, qui, n'ayant ni rien à espérer ni rien à perdre, adoptent une posture de résistance et disent leurs quatre vérités à qui ne veux pas l'entendre et ceux qui, blasés, las de la vie, se couchent pour de bon avec un « à quoi bon » à la commissure des lèvres. A priori, et au vu du titre de l’ouvrage et du propos, apparemment (le terme a son importance), de celui-ci, l’on pouvait classer l’ancien résistant dans la première catégorie. Or, il n’en est rien, ou, disons plutôt, pour être tout à fait exact, que ce n’est pas vraiment le cas. Personnellement, au vu de toutes les louanges que j’ai put entendre par ci par la au sujet de cet Indignez vous !, je dois reconnaître que je m’attendais a un brulot hautement corrosif, où ce vieux messieurs qu’est Hessel nous guiderait et nous montrerait, tel le vieux sage qu’il est, a nous les jeunes générations, la marche a suivre, peut être vaine, pour un monde meilleur, pointant du doigt, au passage, toutes les raisons pour lesquelles nous devrions, et elles sont nombreuses, nous indigner. Or, a ma grande surprise, et je dois le dire, a ma déception, il n’en fut rien au point que, en toute franchise, j’en ai plus dit précédemment sur tout ce qui ne va pas en ce bas monde que le sieur Hessel lui-même. Bien évidement, je ne me compare pas a celui-ci, bien au contraire, cependant, je trouve ce fait anormal pour un ouvrage que certains ont qualifié de « coup de poing salvateur ». Bien évidement, le faible nombre de pages d’Indignez vous ! y est pour quelque chose, il ne fallait pas s’attendre, sur une vingtaines de pages proprement dites, que Stéphane Hessel nous refasse le monde, mais bon, quelque part, cela aurait put, aurait du être suffisant pour un résultat, comment dire, plus satisfaisant. Du coup, je me suis trouvé dubitatif devant les propos mêmes de Stéphane Hessel : après nous avoir rappelé son engagement, sa part de travail dans la déclaration universelle des droits de l’homme, celui-ci assène quelques tristes vérités sur notre société moderne, sur sa perte de repères et de ses acquis, puis, sans transition, aborde le conflit israélo-palestinien avant de conclure, peut être un peu naïvement, sur la révolution non violente. Et puis c’est tout. Et arrivée là, franchement, je n’ai pas put m’empêcher d’être déçu.

Alors oui, ce que dit Stéphane Hessel est juste et, qui plus est, fort intéressant en soit ; pourtant, je trouve que celui-ci ne va pas assez loin, du moins, pas autant que je l’espérais. J’éprouve un respect certain pour ce monsieur, mais sincèrement, je ne pense pas que cet Indignez vous ! mérite toutes les louanges qui lui ont été adressé. Pourtant, la lecture de cette ouvrage ne m’a pas ennuyer, et l’idée d’aborder la non violence, n’est pas dénuée d’intérêt en soit, même si celle-ci ne résout pas tout, et que, même si cela fait des années que je me dit que si les palestiniens pouvaient, au lieu de commettre des attentats meurtriers et contre productifs, agir comme les indiens ont put le faire avec la Grande Bretagne, peut être que ce conflit vieux de prêt de soixante dix ans aurait été réglé depuis longtemps, l’Etat hébreux, du coup, ne pouvant riposter violement, d’autres hommes que les va-t-en-guerre de service seraient a leur tête et, qui sait ? Enfin, n’est pas Gandhi qui veut non plus. Mais pour en revenir a l’ouvrage, et en guise de conclusion, comme vous l’avez compris, celui-ci m’aura laissé un gout d’inachevé pour ne pas dire, de déception. Selon moi, Stéphane Hessel n’a pas été assez loin dans ses propos alors que, en toute franchise, je m’attendais vraiment à quelque chose de plus « violent ». Et finalement, quelque part, ce qui m’aura le plus plu et intéresser dans cet Indignez vous ! cela aura été le postface de l’éditeur qui revient, dans un bel hommage, sur la vie de ce grand homme qu’est Stéphane Hessel. Mais bon, ce n’était pas vraiment pour celui-ci que j’ai lu cet ouvrage.

2 commentaires:

Emeralda a dit…

Il ne va pas au fond des choses certes, mais je l'ai pris comme tel. Je pense que ce combat n'est plus tout à fait le siens, il en a mené déjà tellement. il passe le flambeau.

Feanor a dit…

Evidement, au vu de son age, ce combat n'est plus le sien, sauf que, venant d'un tel homme, je m'attendais a plus. Cela reste intéressant, je ne le nie pas mais bon, si cet Inidignez vous ! avait été un peu plus long, je pense que ca ne lui aurait pas fait de mal.

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