vendredi 11 mars 2011

DES MILLIARDS DE TAPIS DE CHEVEUX


DES MILLIARDS DE TAPIS DE CHEVEUX

Quelque part aux confins de l'Empire, sur un monde oublié de tous... une petite planète apparemment anodine. Sauf que, depuis des temps immémoriaux, les hommes s'y livrent à une étrange occupation : tisseurs de père en fils, ils fabriquent des tapis de cheveux destinés à orner le Palais des Etoiles de l'Empereur. Pourtant, une étrange rumeur circule. On raconte ça et là que l'Empereur n'est plus. Qu'il serait mort, abattu par des rebelles. Mais dans ce cas, à quoi peuvent donc servir ces tapis ? Et qui est cet homme si étrange qui prétend venir d'une lointaine planète ? Lui aussi affirme que l'Empereur est mort...

Cela faisait un certain temps que Des milliards de tapis de cheveux (rien que le titre mérite déjà le détour) était sur ma fameuse liste de « trucs vachement important à lire le plus rapidement possible », j’en avais entendu le plus grand bien, pour ne pas dire, que des louanges, et j’étais assez curieux de voir ce que ce roman de SF pouvait avoir dans le ventre. Ainsi, après une petite période consacrée au Steampunk, avec des satisfactions et pas mal de déceptions, il était temps, finalement, de me lancer dans ce fameux Des milliards de tapis de cheveux (ouf, un petit long de devoir réécrire le titre a chaque fois). Tout d’abord survint une surprise, l’auteur de l’ouvrage était allemand, Andreas Eschbach, puisque tel est son nom. Surprise car bon, comment dire ; de mémoire, je ne me souviens pas le moins du monde avoir déjà lu une œuvre, quelle soit de SF, de Fantasy ou de Fantastique, venant d’outre Rhin, ensuite, je ne m’étais même jamais posé la question de savoir s’il existait une quelconque SF germanique. Ainsi, ma curiosité de départ s’en trouva d’autant plus renforcée ; après tout, quand on doit se contenter de la littérature britannique, nord américaine et française, cela fait plaisir de temps en temps de pouvoir découvrir des auteurs, comment dire, plus exotiques. Mais l’origine d’un écrivain, la longueur d’un titre ou les louanges glanées a droite et a gauche sur le net ne suffisaient pas à faire de ces Milliards de tapis de cheveux, à mes yeux, une réussite incontestable, non, il fallait que je me fasse ma propre opinion.

Et là, en toute sincérité, je dois reconnaître que je comprends parfaitement toutes les louanges des lecteurs que j’avais put lire depuis quelques mois, d’ailleurs, pour être tout a fait franc, je n’ai même pas attendu la fin du roman pour les comprendre, ni même la moitié, non, cette certitude de me trouver devant ce qu’il faut bel et bien appeler un grand roman de SF m’apparue assez rapidement, au cours des touts premiers chapitres. C’est une chose rare, surtout avec moi a qui il m’arrive parfois d’avoir du mal a rentrer dans un nouveau bouquin, hors la, des les premières pages, des les premières lignes, je fut tout bonnement captiver par l’univers et l’intrigue mis en place par ce fort talentueux Andreas Eschbach qui, cela peut paraître difficile a croire, nous offrait là son tout premier roman. Car pour un coup d’essai, force est de constater que Des milliards de tapis de cheveux sont une réussite indéniable, de celles qui marquent suffisamment les esprits et que l’on n’oublie pas de si tôt, voir jamais, de ces romans qui rentrent de plein pied dans nos propres listes personnels, notre fameux « Top Ten des meilleurs livres de … », et tout cela, quelque part, pourrait tenir en un mot : originalité. Auquel l’on ajoutera, bien évidement, la qualité.

Original, Des milliards de tapis de cheveux l’est par son synopsis, tout bonnement imparable : dans une quelconque planète perdue au fin fond de l’espace, aux limites d’un Empire Galactique comme il en existe tant dans le Space Opera, une catégorie d’hommes, pour ne pas dire une caste, consacrent leurs vies entières à réaliser un tapis, et un seul tapis, en utilisant pour cela les cheveux de leurs femmes (oui, ils en ont plusieurs) et de leurs filles. Et s’ils ne font qu’un seul et unique tapis, c’est que le travail consacré à la conception de celui-ci est si ardue, que toute une vie est nécessaire, et une fois celui-ci achever, et destiné, car il ne faut jamais l’oublier, a tapisser le Palais de l’Empereur, il sera vendu (le tapis, pas l’Empereur galactique), et cette somme d’argent, fruit de toute une vie, sera donnée au fils du tisseur afin que celui-ci puisse s’installer, prendre femme (s) et pouvoir a son tour se mettre a l’ouvrage, créant a son tour son propre tapis. Et malheur si un second fils nait, car cet argent ne peut servir que pour un seul et unique héritier, alors, si cela arrive, on le tue, tout simplement. Ainsi, depuis des dizaines de milliers d’années, des générations entières de tisseurs se succèdent, consacrant leur vie à créer et offrir des milliards de tapis de cheveux a l’Empereur. Et déjà, arriver a ce moment précis du récit, on ne peut s’empêcher de pousser un ouf de soulagement en se disant que pour une fois, on n’aura pas droit a tout ce qui fait le train train habituel du Space Opéra – Empire contre rebelles, combats intersidéraux, gentils et méchants – (en fait si mais d’une façon fort différente) et que, cette curieuse coutume des tisseurs de tapis, en plus d’être originale, donne vraiment envie d’en savoir plus sur elle. Car bien évidement, la grande question qui va se poser assez rapidement et bel et bien de savoir pourquoi, justement, des hommes, depuis la nuit des temps, passent leur vie a tisser des tapis, et le récit, d’abord de façon détournée, par le biais de rumeurs comme celle qui sous entendrait que ce fameux Empereur, espèce de Dieu vivant, serait mort, tuer par un rebelle depuis vingt ans, va amener le lecteur vers la recherche des mystères entourant cette coutume. Ainsi, par le biais de plusieurs courts chapitres, Des milliards de tapis de cheveux va nous faire suivre des protagonistes différents, de nouvelles têtes apparaissant a chaque fois tandis que d’anciennes passent au second plan pour ne réapparaitre que beaucoup plus tard voir plus du tout, que cela soit le vieux tisseur au prises avec son fils qui ne désire pas lui succéder, le marchand chargé d’acheter les tapis et de les transporter, ce professeur qui se pose bien trop de questions et qui pourrait bien être taxer d’hérétique ou ce curieux personnage venu d’ailleurs et qui ne cesse d’affirmer que l’Empereur est mort. C’est donc par le biais de morceaux de vie, de scènes plus ou moins importantes que l’intrigue avance, petit a petit, et même quand on n’a l’impression de passer du coq a l’âne, même quand on s’éloigne complètement du fil conducteur, un autre chapitre viendra relier le tout, pour faire, finalement, de cet ensemble a priori disparate, un récit bien plus cohérant que l’on pourrait le croire a première vue. Un puzzle ? Oui, Des milliards de tapis de cheveux est un véritable puzzle, chaque chapitre pris indépendamment n’apportant aucune réponse a l’énigme, aux énigmes, mais une fois que l’on a relié toutes les pièces de ce fameux puzzle…

Mais parler de Des milliards de tapis de cheveux sans aborder un autre point fort non négligeable de ce roman m’apparaît presque comme, la aussi, une hérésie. Rarement dans un récit de Space Opéra, on n’a eu cette impression d’infini, d’énormité que peut être véritablement un Empire Galactique. Ah oui, on le connaît bien ce terme, depuis Fondation ou Star Wars, pour ne citer que les deux exemples les plus connus, qui n’a jamais entendu parler d’Empire Galactique ? Mais qui, avant coup, a put s’imaginer ce que cela peut vraiment représenter ? Personnellement, j’avais cru le faire, je me disais que c’était forcement grand, mais en lisant Des milliards de tapis de cheveux, en fait, je me suis rendu compte que j’étais a mille lieues du compte ; en effet, imaginez un Empire tellement ancien dont l’origine se perd dans la nuit des temps, imaginer un Empereur qui règne depuis près de 80 000 ou 100 000ans, et il y en eu d’autres avant lui, dix pour être exact. Vous commencez à avoir la tête qui tourne au vu des chiffres ? Rassurez-vous, c’est normal. Mais que cet Empire existe depuis un ou deux millions d’années, qu’il englobe je ne sais combien de galaxies, qu’il soit composer de milliards de milliards d’habitants, ce qui vous achèvera, à coup sur, c’est la révélation finale, la fameuse réponse a la question que l’on se pose depuis le début : mais pourquoi fabriquent-ils des tapis de cheveux ? Car, bien évidement, ce n’est surement pas pour tapisser le Palais de l’Empereur, mais cela, vous l’avez deviné. Et quand vous apprendrez cette vérité, a la fois si futile et pourtant tellement logique, alors la, peut être vous rendrez vous compte alors de ce que peut être un Empire Galactique, de ce qu’il peut être capable de faire, de ce que permet le pouvoir et de la façon d’on peut en user un être quasi divin et une fois que vous serez effrayer par la chose, vous vous rappellerez ce qu’avait dit l’Archiviste au sujet de l’énigme des tapis de cheveux : cela n’est qu’une histoire parmi d’autres. Et là, tout en vous disant a quel point Des milliards de tapis de cheveux est un superbe roman, d’une profondeur et d’un intérêt assez rares pour que cela soit souligner, vous tremblerez devant ce que l’homme est capable de faire quant il en a le pouvoir.

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