mardi 1 mars 2011

DES HOMMES ET DES DIEUX


DES HOMMES ET DES DIEUX

Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour… Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.

Forcement, ce film, Des hommes et des dieux, ne plaira pas a tout le monde ; ce n’est pas ce que l’on nomme communément une œuvre grand public, encore moins familiale, c’est un film assez spécial en soit, pas évidant d’accès et qui n’intéressera pas le plus grand nombre et qui déroutera pas mal de spectateurs qui, poussés par la curiosité de son succès critique et médiatique ainsi que par ses multiples récompenses, parfaitement méritées au demeurant, se seront décidés a franchir le pas, bien malgré eux. Car les choses doivent être dites comme elles le sont : Des hommes et des dieux est un film à part, une espèce d’ovni comme le cinéma en propose de plus en plus rarement, pour ne pas dire jamais, un film tout bonnement impossible selon les standards hollywoodiens, mais c’est aussi, et je pèse mes mots, un grand film, un très grand film. Pourtant, comme bien des chefs d’œuvres, que cela soit du cinéma, de la littérature ou de la musique par exemple, la plupart des gens qui l’auront vu, et apprécier a sa juste valeur ne reviendront pas dessus de si tôt, voir jamais ; oui, et j’en fais partie, je le dis sans honte aucune : je voulais le voir depuis longtemps, je l’ai vu, j’ai aimer, mais non, je ne le regarderais probablement plus jamais. Paradoxal ? Pas forcement.

Il aurait pourtant été facile de traiter le sujet de ces Hommes et des dieux d’une toute autre manière, bien plus conventionnelle comme le cinéma nous a habituer : prenez l’histoire de base, l’assassinat en 1996 de sept moines du Monastère de Tibhirine en Algérie par le GIA (enfin, selon la version officielle, après, rien n’est moins sur mais je vous donne rendez vous dans l’article suivant pour l’affaire a proprement parlée) ; moult réalisateurs nous auraient sortit un film sur le drame en lui-même, l’enlèvement, l’assassinat des moines, voir, auraient proposer leurs propres hypothèses sur les responsables… cela aurait été habituel disons, comme dans pas mal de reconstitutions de tel ou tel événement historique. De même, Des hommes et des Dieux aurait put avoir un rythme différent, plus, comment dire, cinématographique et d’ailleurs, il est amusant que j’écrive aujourd’hui deux critiques de films, celui sur l’assassinat des moines de Tibhirine donc, et Va, vis et deviens, précédemment, sur l’opération Moïse, tous deux avec un fond historique, mais traiter de manières fortement différentes ; car si, comme je vous le disait dans ma critique précédente, la forme de Va, vis et deviens est tout ce qui a de plus banal, c’est très loin d’être le cas dans Des hommes et des dieux. D’où, justement, cette difficulté a abordé cette œuvre pour bon nombre d’entre nous.

Car ici, le réalisateur a pris le parti, justifié et ma fois, fort bien trouver, de se contenter de suivre la vie de ces moines, des hommes simples, sans parti pris envers des forces qui les dépassent, les terroristes et l’armée algérienne, et qui n’ont pour seul créneau que leur foi, leur monastère et surtout les villageois qui dépendent d’eux et qu’ils ne souhaitent pas abandonner en ces temps difficiles. Et donc, du coup, le spectateur se surprend des le départ a devoir suivre la vie monacale de ces hommes, faite de travaux, de chants, de prières, de repas pris en commun, de discussions avec les villageois, musulmans eux et l’on passe, allègrement, sans but apparent, d’une scène ou le vieux médecin donne des conseils sur l’amour et le désir a une jeune algérienne ce qui peut paraître paradoxal pour le néophyte qui ne connaît le catholicisme que par le Pape, le Vatican et surtout, tous leurs interdits, choses a des années lumières de ce que peut être un curée de la campagne profonde, bien plus proche des préoccupations de ses ouailles, a une autre scène, où les moines sont invités a une fête chez leurs voisins tandis qu’en filigrane commence a planer l’ombre menaçante des extrémistes. Car le rapport saint et fraternel entre les deux religions, tel qu’il nous est présenter et sans aucune démonstration de grands sentiments comme on en voit dans d’autres productions est rapidement rattraper par l’histoire et le conflit algérien des années 90, et là, le film prend tout son intérêt et sa force car désormais, se pose la question : rester et mourir, ou partir ? Et, toujours sur le même rythme, le spectateur suit désormais les doutes et les espérances de ces hommes, leurs interrogations quant à ce qu’il faut faire, leurs craintes, leurs volontés, leur désir de rester neutre au beau milieu d’un horrible conflit qui finira par les emporter, comme chacun sait, en commençant par eux, bien évidement. Car assez rapidement, d’où les doutes de certains, ils ne se font guère d’illusions sur leur sort a plus ou moins brève échéance, ce qui donne des scènes très fortes, intenses car tous moines qu’ils sont, ce ne sont que des hommes. Le summum étant ce qui restera pour moi comme le point culminant du film, la séquence évoquant la Cène où la caméra, dans une émouvante série de travellings, dépeint le visage des moines dont l'émotion trahit le pressentiment d'une fin proche, lors d'un repas précédant leur enlèvement, qui sonne comme un repas d'adieu, le tout accompagnée par la musique du Lac des Cygnes, de Tchaïkovski ; tout simplement une scène inoubliable et d’une intensité rarement atteinte au cinéma. Alors, bien évidement, l’enlèvement surviendra, comme de convenu, mais de ce qui arriva véritablement a ces hommes, on n’en saura rien, a part, bien évidement, qu’ils sont morts, le propos du film étant tout autre.

Des hommes et des dieux fait parti de ces films inclassables qui nous rappellent que le cinéma, ce n’est pas que du grand spectacle, des lieux communs et un manque d’originalité habituel. Par un choix de réalisation fort et assumé, par des acteurs que je qualifierais sans peine de touchés par la grâce (bigre, je ne me serais jamais douter que Lambert Wilson puisse être aussi bon, impressionnant !), ainsi que pour toutes les raisons que j’ai put évoquer précédemment, il est indéniable que le cinéma français a la un très grand film. Alors oui il n’est pas facile d’accès, et oui, il ne fait pas parti de ces œuvres que l’on revoit en boucle sans se lasser, pas par manque d’intérêt, bien évidement, mais peut être par peur d’y replonger, tout simplement. Mais quoi qu’il en soit, un film a voir, au moins une fois dans sa vie…

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