mercredi 2 mars 2011

300


300

L'armée invincible des Perses menée par Xerxes menace le monde grec. Les Athéniens ne sont pas armés pour la repousser. Les Spartiates, menés par leur légendaire roi Léonidas seuls peuvent empêcher la fin d'une civilisation. Mais la tradition veut que les oracles donnent leur avis sur la guerre. Les oracles corrompus. Ceux-ci interdisent à Léonidas d'aller à la rencontre des Perses avec son armée malgré un plan infaillible. Alors Léonidas décide de partir seul, juste accompagné de sa garde sparte, 300 hommes à la discipline de fer, qui le suivent pour l'honneur, pour la gloire, pour Sparte. Ils vont droit vers la mort mais ils avancent. Par la suite, ils devront tenir le passage des Thermopyles jusqu'à l'arrivée de renforts. Jusqu'à la mort.

Ah, 300, tout un programme ! Cela faisait un bon bout de temps (hum, vu que je n’avais pas encore écris la critique de cette BD sur ce blog, c’est que ca fait plus de trois ans au minimum) que je n’avais pas lu cette œuvre du célèbre auteur de comics, le a la fois grand, a la fois controversé Frank Miller. Grand tout simplement pour des titres depuis longtemps entrés dans la légende des comics comme Batman - The Dark Knight, Sin City, Daredevil - Born Again et donc 300, controverser également en raison de la teneur parfois ambigu de ses scénarios remplis d’une violence extrême et parfois d’une idéologie limite. Mais quelque soit l’opinion que tout a chacun peut se faire de l’auteur américain, là où tout le monde, ou presque, est d’accord, c’est sur son talent : tant d’un point de vu scénaristique que par ses dessins, Miller détonne, Miller choque, Miller va là où peu osent s’aventurer et surtout, Miller ne laisse pas indifférent. Mais le propos de cet article n’est surement pas de vous écrire une biographie de l’auteur de 300, ce dont je me sens incapable, tout simplement (et accessoirement, cela ne me tente même pas), mais de l’œuvre en elle-même, ce qui, selon moi, est bien plus intéressant.

Il fut un temps, pas si lointain que cela au demeurant où si l’on n’était pas un amateur de comics, et encore, assez spécialiser dans le sujet et osant sortir de la sainte dualité DC/Marvel, il aurait été tout bonnement impossible de connaître 300 et encore moins de savoir de quoi cette BD parlait. Personnellement, ce fut mon cas pendant des années, avant de, fréquentant alors des forums sur les comics, je n’en entende parler pour la première fois. Mais depuis, le grand public sait parfaitement de quoi il en retourne dans 300, le film étant passé par la (maintenant, de la a savoir que celui-ci est tiré d’un comics, c’est une autre histoire), plutôt pas mal au demeurant selon moi (enfin, du moins, assez fidèle a la version papier), tout a chacun, ou presque, connaît la fameuse bataille des Thermopyles et le sacrifice de 300 spartiates, ces formidables guerriers grecs de l’antiquité face a des milliers de perses. Bien évidement, en tant qu’amateur d’histoire en général, je connaissais parfaitement ce fait d’armes peu commun et un tel sujet ne pouvait que m’intéresser au plus haut point et me pousser, forcement, à me procurer cette BD, ce que je fis il y a quelques années.

De prime abord, ce qui choque et étonnes le lecteur, c’est le format choisis, a l’italienne (bref, en format paysage), ce qui, encore aujourd’hui, me perturbe au plus haut point pour le rangement de cette bande dessinée (bon, ok, je suis un maniaque) parmi le reste de ma collection mais qui, au demeurant, s’avère être une formidable idée de Franck Miller : Ce format permettant à l'auteur d'illustrer les batailles sur toute la largeur de ses pages, et de mieux traduire la progression géographique des Spartiates vers la bataille, les pages alternant de superbe manière entre de grandes planches sublimes souvent entrecoupées de petites cases disposées de ci de la, celles-ci permettant de faire avancer le récit ou servant plus aux dialogues. Et une fois le format, tout simplement peu commun dans le monde des comics, accepter par le lecteur, ce qui survient assez rapidement, celui-ci est entrainer dans une véritable sarabande guerrière, où la violence n’est jamais occultée, où les corps de chaque protagoniste sont en permanence en mouvement, où les diverses perspectives cinématographiques alternent toujours judicieusement, Miller s’en donnant tout simplement a cœur joie tandis que sa femme, Lynn Varley colorise le tout a merveille, sublimant de part son travail une œuvre déjà exceptionnelle graphiquement parlant. Bien évidement, l’amateur de comics de base pourra être choqué par les dessins de Miller ; nerveux, parfois peu travaillés, celui-ci, de part son style particulier privilégie l’ambiance plutôt que l’exactitude des traits, cependant, si l’on accroche, c’est tout bonnement sublime. Après, tout est une affaire de gouts, mais bon, comme il m’arrive parfois de le dire : entre un Jim Lee qui nous sort des planches justes, belles mais sans surprise et sans âme, je préfère largement un Franck Miller ou un Igor Kordey, par exemple, aux styles plus discutables certes, mais bien plus chaleureux que le premier citer… hum, je sens que je vais encore me faire des amis…

Mais abordons maintenant l’ensemble des critiques que certains ont fait à Franck Miller au sujet de 300. Tout d’abord, la non véracité historique. Bon, et là, c’est l’amateur d’Histoire avec un H majuscule qui vous parle : évidement que 300 est bourré d’incohérences, qu’il manque des faits, que certains sont hautement exagérés pour ne pas dire mensongers, mais il faut tout de même se rendre compte que nous avons a faire, comme le dit Miller lui-même, a une BD librement inspiré d’un fait réel et en aucun cas a une reconstitution historique ; 300 n’est pas un livre historique, si vous voulez en savoir plus sur la bataille des Thermopyles, il existe des bouquins, des reportages et bien d’autres médias pour cela et donc, prendre 300 pour ce que c’est : une bande dessinée, un divertissement, tout simplement. Ensuite, parlons de la violence. Bon, mettons les choses au point tout de suite, nous ne sommes pas au pays des bisounours, c’est une évidence, ensuite, au vu de l’époque, l’antiquité, et du contexte, bah, c’est tout de même une guerre, il n’est pas anormal de voir des morts, du sang et des membres coupés… et encore, quand j’y pense, j’ai déjà vu des trucs bien plus violents que 300. Mais peut être que ce qui gènes le plus, c’est la philosophie de ces fameux spartiates, et là, c’est un tout autre problème : ah oui, ce sont quand même de sacrés individus qui se débarrassent des faibles, qui ne vivent que pour la guerre et qui ont un état plutôt totalitaire au vu de notre vision moderne (d’ailleurs, même les athéniens a l’époque le pensaient), et ensuite, ils se permettent de se prétendre être le seul rempart contre l’obscurantisme représenter par les perses, cela ressemble a l’hôpital qui se fout de la charité. Mais bon, une fois de plus, vous vouliez quoi ? Tout d’abord, pour ce qui est des perses, mais cela est valable pour n’importe quel peuple de l’époque, c’étaient loin d’être des enfants de cœur, cela, il me semblait important de le souligner. Ensuite, oui, c’est un peu gonflant, je le reconnais, de lire toutes les deux ou trois pages que la Grèce est le symbole de raison dans le monde, mais bon, c’était ainsi que les grecs se voyaient, l’on appelle cela de la propagande et celle-ci est vieille comme le monde. Alors, l’on me rétorquera que Sparte ressemble bigrement a une dictature, que leur mode de vie est fascisant au possible, ce a quoi je me contenterais de répondre qu’il faut en venir avec les comparaisons qui n’ont pas de sens : déjà, les dictatures sont modernes, point barre. C’était un mode de gouvernement qui n’existait pas a l’époque, n’importe quel personne qui s’intéresse un tant soit peu a l’histoire le sait parfaitement. Ensuite, arrêtons une bonne fois pour toutes de regarder et surtout de juger le passé avec nos yeux et nos idées modernes ; ce qui nous apparaît comme immoral, ignoble, anormal au vingt et unième siècle ne l’était pas pour des hommes du moyen âge, de l’antiquité ou même des cavernes. Les mentalités, la façon de voir les choses, les lois, que sais-je, la façon de traiter les autres, de faire la guerre etc. (les exemples sont innombrables) évoluent avec le temps et rien ne nous dit, d’ailleurs, c’est même sur, que dans l’avenir, nos descendants ne trouvent notre époque décadente, odieuse, immorale. Ceci étant dit, certains détracteurs de Franck Miller s’attaqueront à lui personnellement en soupçonnant celui-ci de complaisance envers un régime à la Spartiate (je dis cela pour éviter le terme dictature qui est inadaptée) ; personnellement, et au risque de choquer, je me moque pas mal de savoir ce qu’il pense, ce qui compte avant tout, c’est son œuvre, dans le cas présent, 300, et pour moi, je ne vois pas dans celle-ci une quelconque apologie du fascisme ou de la survie du plus fort au détriment du faible mais plutôt la vision, personnelle d’un auteur de comics, tout simplement excellente par ailleurs, d’une célèbre bataille de l’antiquité et d’un sacrifice, celui de Leonidas et de ses hommes (au demeurant bien plus nombreux, il n’y avait pas que des spartiates, détail que l’on oublie assez facilement), assez noble et courageux au demeurant car a terme, il permit aux états grecques de continuer le combat et de finir par l’emporter. Après, pour ce qui est de chercher des poux à Miller, ce n’est pas ma tasse de thé.

Bref, je prends 300, et je pense que chacun devrait faire de même (mais ce n’est qu’un conseil), pour ce que c’est avant tout : une très bonne BD, pas forcement un chef d’œuvre non plus car le qualificatif est trop fort, mais quoi qu’il en soit, une œuvre marquante dans le petite monde routinier des comics qui feraient bien, selon moi, de sortir de leur train train quotidien des parutions mensuelles de super héros. Que cela soit par son format, peu commun, ses graphismes, son ambiance et son scénario, 300 est tout simplement l’un des meilleurs comics qu’il m’ai été donné de lire. Alors, si vous avez vu le film et ne connaissez pas encore la BD d’où celui-ci fut tirer ou si l’envie vous prend, n’hésitez pas une seconde car cette œuvre étonnante, originale, mérite amplement le détour.

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