dimanche 13 février 2011

L’AUTOMATE DE NUREMBERG


L’AUTOMATE DE NUREMBERG

« Ai-je une âme, Père ? » Telle est la question que Melchior Hauser, le célèbre automate joueur d'échecs, veut poser à son créateur, Viktor Hauser. De la cour de Russie au quartier juif de Nuremberg, des brumes londoniennes aux chaleurs de l'Afrique, il part à la recherche de ses origines, mais sa quête pourrait bien lui réserver des surprises... Sur fond de campagnes napoléoniennes, un voyage initiatique à la croisée des genres pour entrer dans l'univers de Thomas Day.

Alors celui là, on pourra dire qu’il aura été expédié « vite fait bien fait » : commander jeudi soir, du travail, expédié par Amazon le vendredi, reçu très rapidement des le samedi matin et lu, encore plus rapidement et d’une seule traite hier soir vers vingt trois heures. Et aujourd’hui, ma critique de ce très court roman, pour ne pas dire une longue nouvelle de Thomas Day. Tient, puisque l’on parle du loup, ce n’est pas la première fois que j’ai à faire a cet auteur iconoclaste : c’était il y a environ trois ans et je le découvrais par un amusant roman Steampunk intitulé L’instinct de l’équarisseur, vie et mort de Sherlock Holmes, qui, sans être le summum de la littérature moderne, m’avait néanmoins suffisamment plu de part ses idées, son humour et son univers. Du coup, l’idée de découvrir une autre œuvre du sieur Day me trottait dans la tête depuis pas mal de temps. N’étant pas forcement attiré par ses romans ayant lieu dans l’archipel, nippon, ce fut avec curiosité d’une part, puis avec intérêt que je me lançai dans cet Automate de Nuremberg. Quoi que, au vu de son faible nombre de pages (120), il est difficile de dire « lancer ».

Quoi qu’il en soit, des le départ, saluons Thomas Day pour nous avoir, de part son synopsis de départ, rejoint une thématique récurrente dans l’histoire de la science fiction : celle de l’intelligence artificielle. Maintes et maintes fois, depuis un certain Frankenstein en passant par le Cycle des robots d’Asimov et tant d’autres, l’amateur moderne aura rencontrer maintes incarnations de ces créatures artificielles que certains nommeront robots, d’autres golems, voir même, comme dans le cas présent, automates. Mais si certains pourront, parfois à juste titre, trouvé le sujet rébarbatif vu le nombre de fois qu’il fut utiliser, Thomas Day le renouvelle en plaçant sa création, son fameux automate joueur d’échecs, au début du XIXème siècle et en dotant celui-ci de toutes les limitations que l’époque pouvait lui donner ; en effet, et contrairement a tous les robots ultra puissants que la SF nous a habituer depuis des lustres, notre sympathique automate en bois possède bien des faiblesses : petit de taille, mains a quatre doigts incapables de porter de lourdes charges, champ de vision limitée, mémoire réduite, mécanisme a ressort qui l’oblige a être « remonter » régulièrement par une tierce personne, notre joueur d’échecs est tout, sauf un surhomme robotique. Mais si Melchior est faible, il n’en possède pas moins un esprit brillant, un esprit qui doute, observe et s’interroge sur le monde, le sens de la vie et qui, comme de coutume, va se poser la fameuse question : « suis-je vivant ? »

D’ailleurs, qu’est ce que le vivant ? Peut-on qualifier Melchior d’être vivant comme en son temps, on a put se le demander pour Stephen Byerley, grand coordinateur terrestre mais néanmoins robot dans le cycle du même nom ou comme HAL 900 dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Et le Golem du Rabbi Loew, l’était-il véritablement ? Ces interrogations, vieilles finalement comme le monde et qui dépassent le simple cadre de la littérature fantastique, chacun y trouvera sa propre réponse, suivant ses opinions et sa propre définition de ce qu’est le vivant. Et en lisant cet Automate de Nuremberg, ce court mais si réussit récit avec ce petit automate si intelligent et si attachant, peut être que bon nombre d’entre vous viendront a la même conclusion que moi : oui, Melchior est vivant.

Mais L’automate de Nuremberg, malgré son peu de pages, ne se cantonne pas à cela : Melchior n’est pas fils unique, et les expérimentations de son « père », de son fameux créateur, formidable figure de savant fou, elle aussi indéniable et indissociable du genre, ont abouti à d’autres résultats assez différents, deux frères qui ont tous deux moins bien réussi : Et là, le lecteur retrouvera avec surprise un certain Kaspar Hauser, le fameux enfant perdu de Nuremberg, dont la vie et la mort mystérieuse, et accessoirement véridique, défraya la chronique a l’époque et dont Thomas Day donne ici une explication, ma fois, assez intéressante, tandis que le second, le cadet, patauge tout au long du récit dans une folie métaphysique et meurtrière confinant au délire. Alors, entre les péripéties de Melchior qui de la Russie tsariste et vaincue par les troupes de Napoléon retourne en Prusse avant de rejoindre l’Angleterre puis le continent africain où l’on suivra son devenir, et le sort de ses frères, Thomas Day, entraine le lecteur dans une passionnante Uchronie qui, a l’heure où tant d’auteurs se sentent obliger de sortir des pavés monumentaux en X tomes qui débordent a rebord d’ennuie et de remplissage creux et inutile, on se plait a regretter que cet Automate de Nuremberg, lui, n’ait pas été légèrement plus long. Incontestablement une belle petite réussite qui brille tant par son scénario, son questionnement sur le sens de la vie et ce qu’est le vivant et ses personnages, assez attachants, que l’on n’est pas prêt d’oublier.

2 commentaires:

Lord Orkan Von Deck a dit…

C'est pour bientôt ! vu ton article, je ne vais pas hésiter à moi même lire ce petit bouquin. C'est vrai que les gros pavés ont tendance à me rebuter

Feanor a dit…

Ce n'est pas non plus le truc de l'année mais je l'ai trouver assez bon dans l'ensemble, et plus intéressant, justement, que bien des pavés ;)

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