mercredi 1 décembre 2010

À L’ORIGINE


À L’ORIGINE

« Philippe Miller » (Paul) est un escroc, peut-être un ex-taulard, qui vit d'abus de confiance et de petites combines. Suite à une méprise, il est pris pour un chef de chantier d'une grande multinationale de travaux publics et est accueilli comme le « messie » qui relancerait un chantier local arrêté depuis deux ans dans une petite ville du nord de la France frappée durement par le chômage. Ce chantier d'autoroute avait été abandonné sur décision administrative à cause de la présence, sur le tracé de la voie, d'une variété de scarabée extrêmement rare et en voie d'extinction, le pique-prune. Miller se voit proposer divers pots-de-vin de la part des entrepreneurs locaux pour l'attribution des marchés et décide de continuer la supercherie à son bénéfice. Avec l'aide active de la municipalité et de la population locale, il réussit à relancer les travaux en prenant la tête d'une filiale fictive du grand groupe et ainsi fait renaître l'espoir parmi la population désœuvrée.

Pour la petite histoire, mais aussi pour ceux qui ne le sauraient pas, le film de Xavier Giannoli est adapté d’une histoire vraie s'étant déroulée à Saint-Marceau dans la Sarthe, à proximité du Mans, en 1997, où le chantier de l'A28 était arrêté suite à la découverte d'une espèce de scarabées protégée. L'escroc Philippe Berre se fit alors passer pour un entrepreneur chargé de reprendre les travaux, parvint à engager des ouvriers et remettre en œuvre pendant quelques semaines le chantier de l'autoroute pour construire un tronçon parfaitement fonctionnel. Il finit par être arrêté et condamné à 5 ans de prison avant de récidiver à plusieurs reprises dans les années 2006-2010, y compris après le passage de la tempête Xynthia où, accessoirement, sa mythomanie notoire et son désir de bien faire afin de se rapprocher de l’image que le film lui donnait, le rendit véritablement utile.

Cette mise au point étant dise, reconnaissons maintenant que le véritable Philippe Berre (le Philipe Miller du film) était très loin d’être l’escroc au grand cœur de l’adaptation cinématographique de son « coup » le plus célèbre, celui de la construction d’une parcelle d’autoroute, et d’ailleurs, le fait d’avoir eu la chance de regarder un reportage sur le personnage juste après avoir vu le film me permis de faire la distinction nette entre réalité et fonction hautement romancée ; car incontestablement, À l’origine est assez romancé, le réalisateur Xavier Giannoli ayant préféré donner une « fausse » image de son faussaire : non, le tronçon d’autoroute ne fut jamais finis par Berre, non, il n’y eut pas de liaison entre celui-ci est Madame le Maire, non, ce n’était pas un escroc au grand cœur en 1997, pas encore, car suite au film, il chercha a le devenir. Mais cela importe peu au final, sauf pour ceux qui croient aveuglement que ce qu’ils voient a l’écran est la réalité brute, car ce qui compte, c’est la valeur du film en elle-même, et sincèrement, je dois avouer que je me suis régaler hier soir.

À l’origine va loin, très loin, dans la mythomanie, la crédulité des gens prêt a être escroquer parce que, comme on dit : « un escroc ne vous dit que ce que vous voulez entendre ». Les villageois voulaient absolument que les travaux du tronçon d’autoroute reprenne, Philipe Miller, tombé là par hasard au gré de ses multiples errances va accéder a leurs demandes, au début de façon un peu bancale, sans grande idées, mais petit a petit, et tout en étant dépassé par les événements, celui-ci va se prendre au jeu avant de tout faire, de tout donner pour parvenir a achever le chantier. Bien évidement, tout cela finira mal puisque tout sera découvert et que notre escroc sera incarcéré, devant tous ceux qui avaient cru en lui, incrédules et parfois mêmes reconnaissants pour certains (véridique) mais entre temps, quel plaisir pour le spectateur de suivre les pérégrinations d’un homme, Philipe Miller, interprété par un excellant François Cluzet au sommet de son art qui réussie a s’investir totalement dans son personnage, alternant entre diverses sentiments, a la fois perdu, dépassé par des enjeux qui le dépassent de plus en plus, essayant de fuir a de multiples reprises mais n’y parvenant pas, soit par des couts du sort au début, soit parce qu’il ne le désire plus vraiment par la suite, pris au piège par ses sentiments naissants pour Emmanuelle Devos dont il ne souhaite pas briser le cœur alors qu’il sait pertinemment que cela arrivera, il parviendra a son but, finir cette autoroute dont il ne sait même pas où elle doit aboutir (ce qui donne un dialogue savoureux : « Mais elle va où cette route ? », « J’en sais rien » qui m’a bien fait rire) alors que son escroquerie s’écroule, que la vérité éclate et que l’on vient l’arrêter.

À l’origine est donc une œuvre savoureuse, servie par un scénario bien plus subtil que l’on pourrait le penser et qui nous montre que l’on est escroquer parce que l’on le veut bien et que parfois, les mythomanes, à force d’aller toujours plus loin dans leurs mensonges sont vite dépassés et ne trouveront jamais le bonheur véritable qu’est celui de vivre une vie normale, chose que le personnage principal du film ne trouvera jamais. Bien évidement, la réalité est bien moins romantique, le vrai « escroc de l’autoroute », Philippe Berre, n’a pas le charme et le charisme de François Cluzet et encore moins ses scrupules vus dans le film, mais au final, cela ne gâche en rien le véritable message d’À l’origine : celui d’un homme vivant dans un univers de mensonges et qui ne s’en sortira jamais.

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