mercredi 10 novembre 2010

MALHORNE : LES EAUX D’ARATTA


MALHORNE : LES EAUX D’ARATTA

Il s’appelait Malhorne. Il avait vécu plusieurs vies à travers l’histoire et s’était décidé à les révéler au monde pour essayer de déchiffrer sa propre énigme… avant de mettre fin à ses jours. Pourtant, il n’a pas disparu. Il s’est réincarné dans une petite fille, que l’ethnologue Franklin, Tara et les compagnons de Malhorne ont soustraite aux griffes de Denis Craig et de sa Fondation Prométhée. Ils sont réfugiés en Amazonie, où l’enfant retrouve peu à peu la mémoire d’avant sa naissance et répète un premier mot mystérieux : «Aratta». C’est alors que leur village est sauvagement massacré, et qu’un groupe d’archéologues met au jour une nécropole sumérienne où le même nom apparaît.

Comment ne pas commencer la critique du deuxième tome de la tétralogie de Malhorne sans vous avouer, en toute sincérité, que celle-ci est d’hors et déjà, l’une des grandes surprises de cette année, du moins, du point de vu de mes lectures. Alors certes, au vu du sujet traiter (pour cela, vous pouvez si le cœur vous en dit vous référer a la critique du premier volume), il y avait de grandes chances que l’œuvre de Jérôme Camut me plaise, mais comme chacun sait, ou plutôt, comme chacun devrait savoir, les meilleures idées ne donnent pas forcement les meilleurs livres, de même, ensuite, tout est une affaire de gout : ainsi, un roman, un film, quelques soient leurs qualités peuvent a la fois plaire et déplaire, cela dépend de tout un tas de facteurs propres a chacun. Quoi qu’il en soit, pour ce qui est de mon cas personnel, il est évidant désormais, et alors que je n’en suis qu’a la centième page environ du tome 3, a l’heure où j’écris ces quelques lignes, que Malhorne restera, a mes yeux, comme une œuvre majeure que je ne suis pas prêt d’oublier. Je m’en doutais déjà a l’issu du Trait d’union des mondes, et Les eaux d’Aratta sont venus le confirmer de la plus belle des façons.

Pourtant, difficile pour le lecteur de passer de l’un a l’autre sans se sentir sensiblement perdu par tant de bouleversements auxquels il ne s’attendait pas forcement. Tenez, cette fois ci, oublier Malhorne/Julian Stark et ses récits de ses multiples vies au cour des siècles qui nous avaient accompagner pendant deux bons tiers du récit dans le tome un ; Malhorne est mort et bien mort, place désormais a sa nouvelle incarnation, une fille (a notre grande surprise) du nom de Ilis. Et les mystères déjà nombreux, toutes les questions que l’on pouvait se poser au sujet de Malhorne de se trouver amplifier puisque l’on comprend bien vite que Malhorne/Ilis semble se réincarner depuis la nuit des temps : Ethen tout d’abord, dont le nom remonte aux premières citées états de Mésopotamie, et plus loin, Zagul, dont l’identité se perd dans la préhistoire. Qui sont-ils, qui est-il (ou elle ?), grande question, primordiale, mais pas unique puisque le lecteur s’aperçoit rapidement que d’autres mystères se font jour, en particulier, l’Aratta. Ce nom, premier mot de la jeune Ilis, renvoi tout autant a une civilisation, un objet, une force primordiale voir un état d’esprit ; bref, on n’est pas prêt de connaître le fin mot de l’histoire, ce qui tombe bien puisque l’on a affaire à une tétralogie. Ainsi, le récit de Malhorne, déjà complexe a la base, part, dans ce deuxième tome, dans de nouvelles directions, dont certaines tout a fait inattendues et l’on retrouve pèle mêle (et de mémoire) : légendes sumériennes, mythe du déluge, anciennes civilisations évoluées et oubliées, société secrète agissant depuis la nuit des temps tandis que le fameux trait d’union des mondes serait plus a regarder du coté des autres mondes, ce qui laisse présager des traces de paléocontact (pas nécessairement avec des extraterrestres d’ailleurs) alors que dans le premier volume, l’on pensait plus a un lien entre le monde des vivants et celui des morts. Bref, pas de réponses mais de nouveaux mystères, de nouvelles pistes, de nouvelles interrogations, en gros, tout pour me plaire, et pas qu’un peu !

Alors le lecteur devra tout de même s’accrocher devant tant de bouleversements dans le récit, car si la première partie, en gros, une bonne centaine de pages, est la suite directe du tome un, de la fuite de Franklin et ses compagnons jusqu’au terrible drame qui le clôt avec le massacre du village indigène, ensuite, après un bond dans le temps d’une quinzaine d’années, le lecteur doit tout remettre en cause : nouveaux protagonistes qui prennent une place importante, nouveaux mystères, nouveaux lieux, on oscille alors entre le pur polar par moments, la recherche archéologique habituelle (et qui prend des proportions encore plus importante que dans le premier volume tout en étant passionnante au possible) mais aussi, presque la science fiction dans ces années 2030, avec leurs implants traceurs, sorte de réminiscence du 1984 d’Orwell, matinées d’écologisme (le monde va mal, les espèces disparaissent, la pollution etc.). Un monde où il ne fait pas bon vivre mais qui pourrait, qui sait, être celui de demain ? Et si certains pourront regretter que certains personnages auxquels l’on s’était habitué passent un peu au second plan, cela est plus dut au déroulement du récit en lui-même mais aussi a l’arrivée des « nouveaux », et ce, que ce soit des figures majeures, comme Milos par exemple, ou des seconds rôles comme les archéologues, les membres du gang de Harlem et bien d’autres. Mais que les amoureux de la première heure se rassurent, quel que soit le nombre des protagonistes, chacun aura son rôle à jouer, même si certains peuvent « disparaître » pendant un bon bout de temps.

Alors bien évidement, l’on pourra parfois regretter certains raccourcis un peu facile, quelques situations qui sentent le réchauffer où le déjà vu, des protagonistes un peu stéréotypés, mais quoi qu’il en soit, et malgré quelques petites imperfections mineures, il est indéniable que l’on se trouve là devant une œuvre qui mérite largement le détour ; Jérôme Camut en mixant moult références, nombres de légendes ainsi que pas mal de genres mais aussi en sachant utiliser judicieusement les théories modernes les plus audacieuses (voir le lien entre la Mer Noire et le déluge biblique) réussi l’exploit de nous offrir un récit cohérant, captivant de bout en bout et qui tient le lecteur en haleine de la première a la dernière page. Personnellement, il m’est rarement arrivé de tomber sur un bouquin aussi prenant et j’avoue que j’ai tout simplement dévoré la moitié de ce deuxième tome en quelques heures seulement ce qui m’a laisser certes fourbu mais satisfait.

Indéniablement, Les eaux d’Aratta entrainera le lecteur encore plus loin que dans le premier tome, dans un formidable mélange des genres où planent civilisations oubliées, vieilles légendes remontant a la nuit des temps, temples oubliés, vengeances terribles et autres génocides vieux de milliers d’années. Le tout saupoudré d’un léger soupçon de science fiction mais dans le genre anticipation où, dans un monde en décrépitude écologique, lutent des multinationales, des sociétés secrètes et le Vatican. Au milieu de tout cela, des personnages connus changent ou évoluent, d’autres apparaissent et prennent de l’importance, certains restent égaux a eux-mêmes tandis que les derniers sont capables de tout pour parvenir a leurs fins. Reste Ilis, la mystérieuse Ilis dont on perd la trace pendant des années et qui s’avère bien plus redoutable et complexe que Malhorne. Le trait d’union des mondes nous laissait sans réponses, rassurez vous, Les eaux d’Aratta vous laisseront dans le même état, sauf qu’entre temps, il y aura encore plus de mystères à résoudre. Un must, indéniablement !

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