vendredi 5 novembre 2010

LE GRAND JEU : INDOCHINE


LE GRAND JEU : INDOCHINE

Février 1946 : Paris se couvre de barricades. Le Palais Bourbon est en flammes et dans les rues, les communistes affrontent les miliciens fascistes de Doriot et Déat. Nestor Serge est atterré : envoyé au Tonkin, il pense qu'il manque le scoop de sa vie... Mais dans l'avion qui l'emmène en Indochine, il fait la connaissance d'un jésuite qui lui fait remettre un artefact fort précieux : le sceau des rois khmers, accompagné d'une injonction à contacter Malraux en cas de malheur. Chose qui ne manque pas d'arriver... La situation continue à déraper une fois le voyage terminé : les papillons de Hanoï semblent plutôt agressifs. Tout indique, une nouvelle fois, que quelque chose de pas net se trame quelque part, en amont du fleuve, puisque des villages entiers se sont vidés de leurs habitants, sans que l'on sache où ils sont passés... Quel est le lien entre tous ces graves événements ? Et ce temple que l'armée française fait sauter à l'arme atomique en plein Sahara, pourquoi partage-t-il une étrange parenté avec celui qui avait été découvert au fond de l'Océan Arctique ?

Jean Pierre Pécau, Série B et Delcourt, voici la sainte trilogie de ma rubrique BD depuis les débuts de ce blog ; enfin, sainte, pas vraiment mais bon… Jean Pierre Pécau est indéniablement l’auteur qui revient le plus sur ce blog, Série B étant la collection où celui-ci sévit avec ses innombrables séries, quant à Delcourt, l’éditeur, il est du coup logique qu’il arrive en tête de liste. Tenez, juste un échantillon que je suis depuis plus de trois ans et qui résument bien ceci : L’Histoire secrète, Empire, Le grand jeu, Keltos, Jour J, ces cinq séries, parmi toutes celles du sieur Pécau, sont parfaitement représentatives de la philosophie du scénariste français : Uchronie plus où moins assumées, plaisir non dissimulé de jouer avec l’Histoire et les personnages qui on marquer celle-ci, des plus connus aux plus obscurs, beau mélange où se mêlent un peu tout et n’importe quoi comme bon nombre de légendes, anciennes et modernes, mythe de Cthulhu, hommage a Bergier etc. etc. la liste serait trop longue pour tous les nommés. Bref, au jour d’aujourd’hui, si Jean Pierre Pécau n’est peut être pas le plus grand auteur de bande dessinée existant, et accessoirement, ne le saure probablement jamais, il est indéniable que celui-ci a néanmoins marquer son époque, et ce, que l’on apprécie ou non son travail ; car l’homme a ses détracteurs, ce qui est également le cas de l’un de ses plus fidèles complices, Igor Kordey, mais que la bande dessinée française, en ce début de siècle, doive un peu a Pécau, c’est un fait qu’il ne faut pas oublier.

Et une fois de plus, l’on retrouve donc le fantasque Jean Pierre Pécau égal à lui-même, s’amusant comme un gamin a jouer avec l’Histoire, a la modeler et la remodeler dans tous les sens possibles et inimaginables et offrant au passage un quatrième tome a une saga, Le grand jeu, qui avait plus marquer les esprits de part son hommage assumé a ce magicien que fut Jacques Bergier que part ses qualités époustouflantes. En fait, c’est un peu comme ca avec le label Série B : le lecteur sait pertinemment qu’il ne va pas lire un chef d’œuvre, il a conscience qu’il existe bien mieux par ailleurs, mais cependant, il ne peut s’empêcher de revenir régulièrement a ces différentes séries et a ses personnages qu’il a appris a apprécier au fil du temps. D’ailleurs, sur ce point, il me semble évidant que ce label de Delcourt porte bien son nom : oui, se sont des séries B, mais dans le sens noble du terme.

Ainsi, si certains pouvaient penser que ce Grand Jeu pouvait se suffire a ses trois premiers volumes initiaux qui concluaient le cycle, et accessoirement, j’en faisais parti, ce diable de Pécau a réussi un petit coup de maitre avec ce nouveau tome, sobrement intitulé Indochine, et qui, en plus de nous indiquer que la suite des péripéties du journaliste Nestor Serge vont se dérouler dans un cadre plus exotique mais aussi plus tropical que dans le premier cycle, lance immédiatement le lecteur qui n’a put s’empêcher de se procurer cette suite pour voir ce que cela allait donner dans un récit captivant dans la ligné de ces prédécesseurs, mais aussi des autres productions du « maitre » : car finalement, on ne change pas une tactique qui fonctionne et une fois de plus, les surprises ne seront pas a rechercher pour le fond en lui-même qui est assez convenu mais plus par le plaisir de retrouver tout d’abord, une Uchronie peu commune (la France a battu le Reich, vous pensiez que c’était impossible, Pécau l’a fait), des protagonistes auxquels on commence a être habituer, Nestor Serge, bien évidement assez amusant dans ce tome et dont la personnalité tant de plus en plus vers le beau gosse français sur de lui des années 50 et 60 comme on a pus le voir dans tant de films de cette époque, mais aussi, l’inimitable Bergier que les plus jeunes d’entre nous se devraient de mieux connaître, un personnage réel au demeurant comme on n’en fait plus, mais aussi des lieux, des situations certes milles fois vues et revues mais qui marchent toujours, le tout, saupoudré de mystère a la sauce orientale, où naviguent de somptueuses créatures forcement fatales dans la plus grande tradition des films d’espionnage a la James Bond ; mais une aventure de 007 matinée de X Files Bergien où, entre sociétés secrètes, mystique nazie et autres grands anciens, le lecteur avertie sera aux anges. Et, bien évidement, Pécau oblige, la liste des guest stars est une fois de plus abondamment fournie avec, qu’ils apparaissent ou soient juste cités : Jean Paul Sartre, André Malraux, Robert Capa, Marcel Bigeard, Mitterrand, De Gaulle et Ho Chi Minh. Sacrée liste pour une sacrée histoire comme seul le label Série B sait nous en concocter.

Alors oui, les néophytes qui ne connaissent pas Jacques Bergier passeront totalement a coté de la substance même de ce que peut être Le grand jeu, car il est indéniable que les hommages sont tellement nombreux que seul les connaisseurs les repéreront tous, et ce, a leur juste valeur. De même, une certaine culture générale des personnages historiques, mais aussi de l’Histoire en tant que telle, seront nécessaire selon moi pour véritablement prendre le plus grand plaisir avec cette saga. Mais si c’est le cas, ou avec un petit effort, il est indéniable que le lecteur, déjà conquis par la première saga, ne pourra que se délecter de cet Indochine, pétrit de qualités, qui promet énormément pour la suite.

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