jeudi 29 juillet 2010

QUAI D’ORSAY : CHRONIQUES DIPLOMATIQUES


QUAI D’ORSAY : CHRONIQUES DIPLOMATIQUES

Le jeune Arthur Vlaminck est embauché en tant que chargé du « langage » par le ministre des Affaires étrangères Alexandre Taillard de Worms. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il se faire une place entre le directeur du cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d'Orsay où le stress, l'ambition et les coups fourrés ne sont pas rares... Inspiré de l'expérience d'Abel Lanzac qui fut conseillé dans un ministère, cet album restitue une vision de la politique à la fois pleine d'acuité et d'humour. Un pur régal !

Toute ressemblance avec des personnages existants n'est pas fortuite: une BD décapante dissèque l'univers feutré et impitoyable du Quai d'Orsay à travers les yeux du jeune « porte-plume » d'un ministre des Affaires étrangères qui rappelle furieusement un certain Dominique de Villepin. Epaules larges, allure altière, chevelure ondoyante, verbe épique et parole qui claque, le ministre Alexandre Taillard de Worms, héros de Quai d'Orsay, chroniques diplomatiques, est sur la brèche jour et nuit et rend fou son cabinet. Ainsi découvris-je, il y a quelques semaines dans un hebdomadaire gratuit (lequel, ne me demandez pas, je ne sais plus), puis dans Marianne, ce fameux Quai d’Orsay dont je vous parle aujourd’hui, une BD un peu a part, dont on vantait les mérites et qui éveilla mon attention immédiatement de part le sujet abordé et le personnage principal qui a beau se nommer Alexandre Taillard de Worms n’en est pas moins Dominique de Villepin. Du coup, forcement, cette BD était sur mes tablettes, comme tant d’autres, et en vacances, en passant au rayon bande dessinée à Carrefour (comme quoi, parfois, on n’y fait des découvertes),ni une, ni deux, hop, je me la suis procurée.

La scène se passe dans un avion de la République, en route pour New York. Les bulles s'entrechoquent: les Américains, « il faut qu'ils comprennent que je les aime (...) Et puis, tout d'un coup, plaf! Il faut leur expliquer que jamais la France ne se compromettra dans les turpitudes de quelques républicains hypocrites », explique le ministre avec de grands gestes à son conseiller, Arthur Vlaminck, tout juste recruté comme « scribe ». « Notez, Arthur, notez ! » Difficile de ne pas penser à celui qui fut en 2003 à l'ONU l'incarnation de l'opposition de la France à la guerre en Irak... mais côté coulisses déjantées. Arthur, le petit nouveau, en prend plein la tête: « ce machin manque de souffle », « je ne vais pas vous mâcher le travail », « ce truc est à chier ». Mais il se prend aussi au jeu. Les épisodes hilarants et vachards se succèdent au fil des pages et de l'actualité internationale: terrorisme, construction européenne, Otan, otages, Proche-Orient... Les conseillers, plus ou moins dévoués, lèche-bottes ou cyniques, le directeur de cabinet qui s'arrache les cheveux ou encore la cour des amis écrivains du ministre, tout ce petit monde est assez judicieusement croqué au vitriol.

Franchement, cette BD est une vraie petite réussite ; oh, certes, nous n’avons pas là un chef d’œuvre et je dois même reconnaître qu’au final, je suis resté un peu sur ma faim, ressentant presque une petite déception. Mais cela s’explique plus par le fait que je m’attendais à ce que l’épisode à l’ONU contre les américains soit plus développé que dans le cas présent. En fait, et ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, disons que je m’étais un peu imaginer des choses sur ce Quai d’Orsay avant de l’acheter et que le fait de ne pas les avoir m’a un peu désappointer sur le moment, mais bon, au final, cela n’enlève rien a la qualité de l’ensemble, loin de là.

Le scénariste de l'album, sous le pseudonyme d'Abel Lanzac, sait de quoi il parle puisqu'il fut lui-même (d’après ce que j’ai lu) membre de plusieurs cabinets ministériels. Sa rencontre avec le dessinateur Christophe Blain a permis à ce trentenaire de restituer en images, et humour, l'univers sans pitié de la politique et de la diplomatie. Les deux compères devraient, apparemment, continuer de collaborer pour un deuxième tome. Alors, d’ici là, si le cœur vous en dit et que vous voulez passer un bon moment avec une BD un peu décalée, il se pourrait que ce Quai d’Orsay ne vous laisse pas indifférent.

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