vendredi 30 juillet 2010

L’HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE


L’HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE

En 1910, le sénateur Stoddard et sa femme Hallie, un couple âgé, reviennent à Shinbone, dans l'Ouest, pour l'enterrement de Tom Doniphon. Le journaliste local, intrigué par la présence d'un sénateur venu assister à l'enterrement d'un cow-boy inconnu, presse Stoddard de s'expliquer. Stoddard, d'abord réticent, finit par accepter. Il évoque l'époque où fraîchement diplômé en droit, il débarqua avec l'idéal d'apporter la légalité dans l'Ouest. Peu avant son arrivée à Shinbone, la diligence est attaquée par une bande de hors-la-loi. Stoddard est dévalisé et frappé par leur chef qui le laisse pour mort. Tom Doniphon le trouve, lui apprend le nom de son agresseur : Liberty Valance, un bandit de notoriété publique, et le dépose dans le restaurant de Hallie (sa fiancée) et de ses parents. Stoddard, encore faible, parle de faire arrêter Valance, ce qui provoque les sarcasmes de Doniphon. à Shinbone, c'est la loi des armes qui prévaut. Stoddard n'obtient pas plus le soutien du shérif, couard notable.

« On est dans l'Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ».

Cette réplique culte est tout bonnement l’une des plus célèbres de l’histoire du cinéma est résume parfaitement, à elle seule, le film, mais pourrait aussi s’adapter de façon plus générale a l’histoire avec un grand H ; après tout, entre « l’histoire est écrite par les vainqueurs » et celle-ci, c’est un peu la science de l’Histoire qui s’en trouve superbement définie. En effet, le néophyte pourra peut être ne pas comprendre où je veux en venir mais, pour tous ceux qui, un jour ou l’autre, et sans tomber dans la parfois stupide paranoïa de la théorie du complot à tout vas, se sont intéresser à tel période de l’histoire humaine, savent depuis longtemps que les faits que l’on connaît et qui apparaissent comme établit après coups, ne reflètent pas toujours la vérité la plus exacte. Mais ces réflexions mériteraient à elles seules un article tant elles pourraient être développé a l’infini, et ce n’est ni le lieu, ni le moment.

Assez curieusement, L’homme qui tua Liberty Valance est le premier western que je critique sur ce blog, mais cela tient plus au fait que sur les deux années et demi d’existence de celui-ci, je n’ai eu l’occasion d’en voir aucun ; pourtant, Dieu sait qu’au fil de ma vie, les westerns, genre qui marcha énormément dans les années 50 et 60, ont défiler, et que, sans être un grand spécialiste de la chose, je m’y connais un minimum, en particulier sur ceux dits de l’âge d’or. De même, depuis les débuts du Journal de Feanor, on ne peut pas dire que j’eu l’occasion de vous parler d’énormément de « vieux » films, ce qui, au vu de mes gouts personnels, est un peu paradoxal au vu de ma passion pour ceux-ci. Mais bon, peu importe et puis, il faut bien qu’il y ait un début à tout mais il est temps de rentrer dans le vif du sujet.

L’homme qui tua Liberty Valance est l’avant dernier long métrage de ce monument du cinéma que fut John Ford et représente, en quelque sorte, son testament cinématographique. Véritable chef d’œuvre du genre, ce film voit réunis pour la première fois deux autres géants du septième art, John Wayne et James Stewart, tous deux au sommet de leur art. Bon, j’entends déjà certains hurler au loup au sujet du premier cité, arguant son prétendu jeu monolithique, son machisme exacerbé, son conservatisme et son attachement au parti républicain (comme si les opinions politiques avaient quelque chose a voir avec le talent, ridicule) et cette apparence que dans toute sa carrière, il ne joua qu’un seul et unique rôle : le sien. Oui, cela est vrai et faux à la fois car tous ceux qui, au lieu de critiquer juste pour le plaisir de critiquer, on daigner regarder plus d’un film du « Duke », auront certes remarqué que celui-ci a toujours, effectivement, joué « son » rôle, mais que celui-ci (un chef parfait, infaillible, effectivement macho, bagarreur mais tellement mal à l’aise avec les femmes que ses histoires ne marchent quasiment jamais) est bien plus complexe que l’on pourrait le croire à l’origine. Et puis, quelque part, est-ce le seul acteur dans le cas ? Franchement pas le moins du monde. Et forcement, dans L’homme qui tua Liberty Valance, John Wayne fait donc du « John Wayne » tandis que James Stewart, lui, en quelque sorte, et bien, fait du « James Stewart » : ce grand type un peu maladroit sur les bords, épris de grandes idées et qui cherche à les faire partager. En toute franchise, rien que pour la rencontre de ces deux géants du septième art, le film valait déjà le coup. Or, cela va beaucoup plus loin.

J’ai dit un peu plus haut que pour John Ford, L’homme qui tua Liberty Valance, fut son testament cinématographique, et cela est plus qu’exact : dans ce film, baignant dans une certaine mélancolie profonde, voir même désabusée par moments, le spectateur voit s’affronter, non pas l’habituelle opposition entre le « méchant » et le « gentil », mais celle de deux mondes, l’ouest ancien, représenter par John Wayne (le héros individualiste et honnête) et Lee Marvin (Liberty Valance, le voyou individualiste et sanguinaire) à James Stewart (anti-individualiste et honnête et représentant le progrès, l’avenir, le monde nouveau). Dans ce film, donc, si la présence d’une crapule comme Liberty Valence peut a priori faire croire que l’on se trouve dans un western dit classique, la véritable opposition se trouve entre les deux héros ; une opposition entre le passé et l’avenir d’un pays, les Etats-Unis, qui pour évoluer, se doit d’avoir des règles, des Lois et des structures, d’où l’évolution d’un territoire en Etat, thème abordé et important dans le film. Du coup, ceux qui représentaient la loi du plus fort, quelle soit bonne ou mauvaise, se doivent de s’effacer devant celle du progrès, que représente donc James Stewart qui finira sénateur tandis que pour les deux autres protagonistes, l’un finira abattu comme il a vécu, et le second, seul, malheureux d’avoir perdu la femme qu’il aime.

Le duel, la scène forte du film, est un modèle du genre : des le départ, le spectateur a parfaitement conscience que celui-ci est disproportionné au possible, que Valance va abattre son adversaire, la chose étant même souligner par le tablier porter par James Stewart. Et pourtant, celui-ci s’en sort, tuant, du moins le crois t’on, le bandit et devenant par cette action un véritable héros, le glorifiant et l’amenant au final, vers la carrière fructueuse annoncée. Or, dans un flash-back (dans le flash-back qu'est l'histoire elle-même), l’on s’aperçoit qu’en fait, c’était John Wayne, tapis dans l’ombre, qui abattit Valance, mais laissant néanmoins l’honneur de la chose a son rival en amour, se retirant alors devant lui. Ainsi, malgré une carrière bâtie sur une imposture initiale, et malgré ses révélations à des journalistes sur le tard, le peuple préférera toujours l’homme qui a tuer Liberty Valance à celui qui a véritablement tuer Liberty Valance. D’où la célèbre réplique finale : « On est dans l'Ouest, ici. Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ».

L’homme qui tua Liberty Valance est donc un très grand film qui mérite amplement d’être vue, et ce, quelque soient les réticences que certains pourraient avoir à l’encontre de John Wayne ou d’un genre considéré comme dépassé (et en plus, c’est en noir et blanc ajouteront les incorrigibles insatisfaits). Plus qu’un Western où l’on verrait pour la énième fois des bons face a un méchant très méchant (mais bon, encore de nos jours, les œuvres manichéennes continuent à représenter la grande majorité de la production), ce film, si riche, avec d’excellents acteurs, est porteur de tellement de messages, allant bien au-delà du simple western classique que tout amateur de cinéma, dans mon opinion, se doit de l’avoir vu au moins une fois dans sa vie.

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