vendredi 18 juin 2010

L’ÂGE DE LA DÉRAISON : L’EMPIRE DE LA DÉRAISON


L’ÂGE DE LA DÉRAISON : L’EMPIRE DE LA DÉRAISON

Les sombres créatures découvertes par Newton et Franklin ont désormais un nom : les Malakims. Après avoir bouleversé toute l’Europe, ils se dirigent cette fois vers l’Amérique où leur instrument de destruction prend la forme d’un bien étrange personnage, appelé Enfant-Soleil. Benjamin Franklin et sa Junte, la société secrète qu’il a organisée, sont sur leurs gardes et luttent farouchement pour venir à bout de ces anges démoniaques. Il aura besoin de l’aide du chaman Red Shoes mais aussi d’Adrienne de Montchevreuil, toujours en quête de son fils disparu. La science pourra-t-elle les aider à conserver les dernières franges de liberté et de raison de l’humanité ?

Une dizaine d’années ce sont écoulées et l’on retrouve les protagonistes du Cycle de l’Age de la déraison, Franklin, Adrienne de Montchevreuil, Red Shoes et les autres, plus âgés, toujours en lute avec les Malakims (enfin, pas tous au même temps mais cela viendra), mais surtout, sur un nouveau continent, l’Amérique du nord, où l’action s’est transposée, abandonnant une bonne fois pour toutes « l’ancien monde » comme on le dit parfois, avec souvent une pointe de mépris d’ailleurs mais bon, de l’autre coté de l’Atlantique. Car ce troisième tome, de part le saut dans le temps effectuer mais aussi par le déplacement géographique (certes, pour ce qui est d’Adrienne et ses compagnons, le lecteur les retrouvera au début en Russie mais assez rapidement, ils partiront eux aussi pour le nouveau monde, traversant l’Asie et abandonnant définitivement l’Europe, quasi omniprésente dans les deux premiers volumes) est un tournant dans le cycle « uchronosteampunkfantasy » (ouf !) de Greg Keyes qui se décompose ainsi en deux parties distinctes : la première, avec des protagonistes plus jeunes, que le lecteur découvre petit à petit tandis que l’intrigue se met doucement en place, et qui a lieu en Europe, et la seconde, où aura lieu l’affrontement final contre les Malakims et qui se déroule en Amérique du nord. Alors certes, après deux tomes, le lecteur est plus qu’en terrain connu et c’est donc avec plaisir (car il me semble évidant que quelque soit le cycle, et à moins d’être maso, si celui-ci ne nous plait pas, on abandonne au plus tard vers le deuxième volume) qu’il retrouve a la fois des personnages qu’il connaît bien désormais mais aussi, et surtout, avec l’envie de voir ce que l’auteur lui a contacté.

Jusque là, il faut l’avouer, Greg Keyes nous a fait un presque sans faute ; en toute sincérité, L’âge de la déraison, même si ce n’est pas le cycle le plus extraordinaire qu’il m’ait été donné de lire, et malgré quelques petites imperfections déjà abordées dans les critiques des deux premiers volumes, mérite largement le détour, ne serais ce que par les idées qui y sont abordées, une excellente intrigue plutôt captivante, et des personnages auquel l’on s’attache rapidement. Cependant, si les deux premiers volumes m’avaient largement enthousiasmé, je dois reconnaître que la suite m’a un peu laissé sur ma faim. Oh, pas forcement par le déclin dans l’intérêt d’un scénario qui donne une envie irrésistible de découvrir la suite (dur d’aller se coucher le soir) ni par le fait que celui-ci puisse tourner en rond et que le lecteur puisse commencer à ressentir une certaine lassitude. Après tout, de ce coté là, cet Empire de la déraison est dans la lignée de ses prédécesseurs. Cependant, et cela est surtout vrais vers la fin de ce troisième tome et le quatrième sera pire (bref, vous savez or et déjà a quoi vous attendre), les rebondissements a gogo et autres coups de théâtre, déjà suffisamment présents a mon gout dans les deux premiers volumes, atteignent des proportions si importantes que cela gâche un peu le plaisir, les dernières pages étant même le summum du genre. Certes, le scénario est tellement captivant, les révélations de plus en plus nombreuses sur les Malakims et le sort qu’ils comptent faire aux humains et les protagonistes, toujours aussi charismatiques et plus nombreux (désormais, ce n’est plus trois mais quatre groupes de personnages que l’on suit, jusqu’où ira-t-on ???) que le lecteur pourra passer largement outre ces quelques défauts signalés. Mais bon, personnellement, à mes yeux, trop de coups de théâtre tuent les coups de théâtre et je trouve cette espèce de fuite en avant dans le « toujours plus… » (Fort, loin etc.) assez dommageable.

Pour finir, je ne pouvais ne pas m’empêcher de signaler et surtout de souligner les origines de l’auteur de cette œuvre : Greg Keyes est un américain et cela se voit, tant par ses qualités que par quelques défauts. Bien évidement, l’intrigue est excellente, cela, je ne le nie pas le moins du monde, et d’ailleurs, la transposition entre lutte contre les envahisseurs Malakims et la guerre d’indépendance américaine n’aura pas échappé à l’œil averti du lecteur. Mais si le postulat de base et les points communs sont, je trouve, une bonne idée, certaines phrases, certaines idées développées peuvent agacer à force, surtout quand le lecteur est, comme je peux l’être, assez europhile de conviction : lire régulièrement que l’ancien monde ne fut qu’injustices pendant des siècles, qu’il doit être abandonner et que l’avenir ne peut passer que par l’Amérique, franchement, cela agace au bout d’un moment ; surtout que cela ne se justifie pas toujours : Franklin et ses alliés lutent-ils pour la survie de l’humanité ou juste pour l’Amérique ? A priori, la première réponse est la bonne, mais bon parfois, l’on peut douter. Enfin bon, je ne suis peut être pas assez objectif pour être impartial sur ce coup ?

Enfin bref, malgré une critique peu engageante (il me semble clair que je n’ai pas été très tendre) sur ce troisième tome de L’âge de la déraison, je tenais à rétablir une certaine justice, surtout vis-à-vis des éventuels futurs lecteurs du cycle : même si j’ai pointé du doigt bon nombre d’éléments négatifs, cet Empire de la déraison n’en reste pas moins un bon roman, dans la veine de ces prédécesseurs, peut être un peu inférieur en raison du rythme digne d’un film d’action de seconde zone des dernières pages, mais qui, tant par son scénario, tant par ses personnages, et surtout, de part toutes les excellentes idées abordées mérite largement le détour. Cela, on ne peut le contester.

Aucun commentaire:

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...