dimanche 7 mars 2010

WELCOME


WELCOME

Bilal est un jeune Irakien, arrivé à la force de ses jambes jusque dans le Nord Pas de Calais. Son intention est de passer en Grande-Bretagne, là où se trouve la fille qu’il aime, Mina. Mais face à tous les moyens mis en place pour lutter contre l’immigration clandestine, il se retrouve bloqué en France. Condamné à voir, à l’horizon, les plages anglaises, si proches mais si lointaines. Il décide alors de prendre des cours de natation, pour atteindre la terre promise à la nage, et rencontre Simon, un maître-nageur, qui va décider de l’aider.

Philippe Lioret est un cinéaste relativement connu pour des comédies légères, parfois non dénuées de fond social. Avec Welcome, il signe une œuvre résolument engagée, laissant le spectateur plein d’un questionnement politique amer et d’actualité. En effet, l’histoire de ce jeune homme arrivé d’on ne sait comment d’Irak, prêt à défier la Manche, alors qu’il sait à peine à nager, pour rejoindre sa belle promise à un cousin en Angleterre, ne peut laisser indifférent. D’un postulat d’abord romantique, la mise en scène de Lioret est plutôt sobre et triste.

Dans cette région sinistre, il y Calais. Lieu de tous les espoirs pour des milliers de migrants prêts à l’exil, afin d’atteindre l’Angleterre, l’Eldorado d’où ils ne seront plus expulsables. Des hommes attendent, l’air hagards, la soupe distribuée par des bonnes âmes, l’angoisse au ventre, dans le froid.

Il y a aussi cet homme, Simon, maître nageur mélancolique, brut, en plein divorce d’avec une femme qu’il aime encore, une des « bonnes âmes » qui s’insurge quand des réfugiés sont interdits de supermarché. Vincent Lindon interprète ce rôle d’ours à merveille, à la fois silencieux et sensible, brut et tendre. Sollicité par Bilal pour lui apprendre à nager, il comprend vite l’objectif insensé du jeune réfugié, et se laisse peu à peu apprivoiser quand il comprend quel sort lui réserve notre beau pays des libertés. En effet, non reconduit aux frontières car il est mineur, Bilal est laissé libre sans liberté, sans aide aucune, et sans droit d’être aidé. De là découle le vrai message politique du film, car on découvre horrifié ce qui peut arriver à des hommes charitables, quand ils veulent aider leur prochain. Il est interdit d’aider des clandestins sous peine d’emprisonnement et d’amende. En d’autres termes, Simon n’a pas le droit d’offrir le couvert et le toit à Bilal, il commet un délit. Mais comment accepter l’absurdité d’une telle loi ? Comment accepte t’on l’inhumanité ?

Voilà le questionnement pertinent de ce film, aidé par une mise en scène assez fluide et minimaliste. Car Lioret ne nous tire pas les larmes, par des acteurs qui sur jouent, ou grâce à une musique dramatique, non, les dialogues sont justes, la musique n’est là qu’à des moments essentiels, sans rajout inutile. Les personnages sombres, la couleur grise, les bruits angoissants du quai suffisent à créer une atmosphère lourde.

D’ailleurs, le romancier Olivier Adam, co-auteur du scénario, avait lui-même su dépeindre l’ambiance particulière de ces lieux dans A l’abri de rien, avec une héroïne Marie, qui retrouvait goût à la vie en présence de ces réfugiés, tout comme Simon dans le film.

Le titre Welcome, assez fort de sens, se réfère à différentes choses : le bienvenue chez nous, où en 2010 on peut laisser des gens, voir des enfants, errer dans les rues, sous prétexte qu’ils viennent d’ailleurs, sans dignité humaine ; puis le paillasson du gentil voisin de Simon, à croire que l’Histoire n’a servi à rien, prêt à dénoncer de peur de voir entrer dans son immeuble la misère humaine ! Welcome, enfin, c’est l’ironique destin de Bilal, qui presque parvenu à ses fins, voyant les côtes anglaises apparaître sous ses yeux épuisés, fuit face au garde côtes anglais, préférant mourir que de ne pas être accueilli.

1 commentaire:

Feanor a dit…

Il m’est assez difficile de vous parler de ce film sans aborder le problème de fond, évoqué (cela va de soit) dans cette œuvre : celui de l’immigration en règle générale, et plus précisément, dans le cas présent, de celle issu de pays en guerre comme l’Irak ou l’Afghanistan et dont les pauvres hères qui ont accomplis, souvent a pied, un trajet qui se compte en plusieurs milliers de kilomètres, traversant plusieurs pays dans leur périple, se retrouvent bloqués à Callais, dans l’espoir de parvenir, quelque soit le moyen, à leur « Terre promise », la Grande Bretagne.

J’aurais put vous parler de ce film, d’ailleurs, je m’apprêtais à le faire (le paragraphe précédant étant mon préambule) mais comme ma femme s’est proposée d’écrire elle-même cette critique, je lui laissé pour une (trop) rare fois ma plume (ou plutôt mon clavier). Le texte que vous avez donc lu est son œuvre (puisse t’elle se motiver un peu plus pour nous en proposer davantage). Quant à moi, peut être donnerais je par la suite mon propre avis sur ce film qui ne m’a pas laissé indifférent…

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