dimanche 7 février 2010

KELTOS : LE CORBEAU DES BATAILLES


KELTOS : LE CORBEAU DES BATAILLES

Aux abords de la mer méditerranée, près de Massalia, en 280 avant J.C., un mystérieux guerrier se dirige vers le couchant. Faisant route pour Ker Ys, capitale des Abrincates, le prince Ursus vient avertir le roi Mordred, son frère, que des envahisseurs, les Cimbres, se dirigent vers la ville. Mais il se heurte à l’incrédulité de son souverain. Mordred accepte cependant de consulter les oracles en procédant à un sacrifice. Ursus se rend au sanctuaire et découvre avec stupeur que c’est son porte lance, Yber, qui a été désigné comme victime du sacrifice. Après avoir lui avoir tranché la gorge, l’oracle observe le sang d’Yber et prédit que le danger ne viendra pas du couchant mais du levant ! Le soir venu, Ursus trouve un peu de réconfort auprès de Morgan, sa sœur, qui lui confie avoir eu des visions dans lesquelles elle voyait son frère fuir vers le levant afin de fonder un nouveau royaume, mais d’échouer avant d’y réussir. Le lendemain, le mystérieux guerrier arrive à la capitale, en ayant au préalable tué le champion de la forêt. Dès son arrivée, des craintes se font sentir car il vient du côté du levant…

Un jour, il me semble qu’il faudra se pencher sérieusement sur le cas du scénariste Jean-Pierre Pécau et sur celui de son acolyte, le dessinateur Igor Kordey, car plus le temps passe et plus j’admire leur travail en commun. Alors, il se pourrait que je ne sois pas suffisamment objectif pour juger leur pléthorique production, peut être, effectivement, suis-je trop fan pour ne pas noter les défauts que d’autres constatent, mais je ne le pense pas : ne fut il pas un temps où je n’ai pas hésiter à les critiquer, avec ou sans raison, ce fut le cas ; et ce qui est certain, c’est qu’avec le temps qui passe, le constat est simple, tel le bon vin, les deux compères se bonifient au fil des années et des diverses parutions d’œuvres, qui, entre L’Histoire secrète, Empire et maintenant, Keltos, deviennent tout bonnement excellentes. Oui, je n’ai pas peur de le dire, c’est du tout bon, incontestablement. Et Keltos, nouvelle série dont le premier tome est parue il y a quelques mois mais dont j’ai n’ai fais l’acquisition qu’il y a quelques jours, est la preuve évidente de tout ce que je viens de vous dire en préambule de cet article.

Après avoir (et continuer, c’est loin d’être finis) traverser les siècles avec les Archontes dans l’Histoire secrète, visiter un monde où Napoléon aurait conquis les Indes avec Empire (en attendant une suite promise), voila que Pécau et Kordey nous entraînent parmi les peuples celtiques (décidément a la mode pour moi c’est temps ci, voir les dernières critiques des Livres de Corum) et, plus précisément, dans l’un des plus grands moments de leur histoire (et paradoxalement, très peu connu) : la prise de Delphes par des dizaines de milliers de soldats celtes. Cet événement, franchement peu connu (bigre, il y a tout de même une autre bataille dans les Thermopyles !), j’en entendis parler pour la première fois il y a quatre ans environ, en lisant l’excellant Celtika du regretté Robert Holdstock qui nous a quitter il y a quelques semaines a peine), ainsi, en découvrant le synopsis de ce Keltos, mon intérêt, déjà éveillé par le duo d’auteurs, n’en fut que plus grand. Une fois de plus, l’on retrouve la patte de Jean-Pierre Pécau et son goût immodéré pour l’Histoire, même la plus obscure. Et comme il fallait s’y attendre, le scénariste s’en donne à cœur joie, se permettant même le luxe, de mêler les légendes Arthuriennes aux mythes fondateurs celtes (Selon la mythologie grecque, un fils serait né de la liaison entre Héraclès et Keltine. Nommé Keltos (Grec : Κέλτος - Latin : Celtus), il serait l'ancêtre des Celtes). Les détracteurs de Pécau, et ils sont légions, crieront probablement au scandale, arguant que le mélange des deux est osé, cependant, personnellement, l’idée qui me surpris de prime abord, au bout de quelques pages (en découvrant que le Roi se nommait Mordred, les autres protagonistes suivirent rapidement) n’est peut être pas si mauvaise et m’a renvoyé à une histoire de Donald (et oui) réaliser par l’excellent Don Rosa, The Once and Future Duck (1996), où le canard le plus colérique du monde et ses neveux débarquaient au moyen age et rencontraient un Roi Arthur bien différent de la légende et bien plus « barbare », ce qui était assez judicieux d’ailleurs au vu de l’antiquité de la légende. Alors certes, celle-ci ne remonte probablement pas à la prise de Delphes vers 300 avant J-C, mais pour moi, le lien entre les deux ne me choqua pas le moins du monde.

Tout ceci étant dit, que vaut véritablement ce Corbeau des batailles, premier tome de Keltos, car pour le moment, il faut dire que l’on n’en est rester qu’au synopsis de base, et bien souvent, les meilleurs idées ne sont pas forcement un gage de réussite ? Et bien, en toute franchise, si l’on a droit bien entendu a la mise en place de l’univers du récit et a l’entrée en scène des divers protagonistes, ce qui est parfaitement normal pour un premier tome, l’on rentre assez rapidement dans l’histoire, sans aucun temps mort et, pour peu que l’on soit fan de Pécau (ou du moins, habitué a ces scénarios a consonances plus ou moins historiques), c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on découvre l’intrigue. De plus, les personnages, aux noms (pour la plupart) qui résonnent de façon « Arthurienne » a nos oreilles, sans être certes d’une grande originalité sont plutôt intéressants, en particulier le fameux « Corbeau des batailles » (ou Personne) ; bon, évidement, il ne faut pas s’attendre à un charisme hors du commun, après tout, ils sont assez caricaturaux : Ursus en Roi déchu, courageux, respectueux des traditions, Mordred en usurpateur parfait, couard et retors, Morgan en femme forte et sensuelle etc. Cependant, l’ensemble fonctionne plutôt bien et l’on accroche rapidement a cet univers, sublimement mis en valeur par un Igor Kordey tout bonnement excellent. Et oui, qu’il est loin le temps des débuts, où, dépité, je me demandais comment l’on pouvait confier une série comme les X-Men a un tel tâcheron ? Mon opinion a son sujet évolua énormément, je le reconnais, son travail de l’époque n’étant pas si mauvais (c’était plus une question de style) mais de même, il faut avouer que celui-ci à réaliser d’énormes progrès au fil des années et qu’a mes yeux, ses derniers albums (entre l’Histoire secrète et ce Keltos par exemple) sont quasiment parfaits, voir impressionnants. Sincèrement, je n’ai rien à redire sur les dessins de Kordey dans ce Corbeau des batailles, même les habituelles scènes de combat trop souvent brouillonnent sont bien mieux réalisées et ce n’est pas sur les dessins, que l’on pourra critiquer ce premier volume de Keltos. A moins, bien entendu, de ne pas aimer le style particulier de Kordey qui, il faut bien le dire, est plutôt du genre « on aime ou on déteste ».

Alors, finalement, tout ne serait qu’une histoire de goût : pour les fans, Keltos sera une très bonne surprise, qui promet énormément ; quant à ceux qui ne peuvent ni voir Pécau, ni Kordey, cette nouvelle production des deux hommes ne sera que la confirmation de leur opinion à leur sujet. Reste les autres, ceux qui ne connaissent pas encore l’Histoire secrète et consorts. Personnellement, je leurs conseillerais ce Keltos mais uniquement parce que celui-ci m’a beaucoup plu. D’ailleurs, j’attends avec impatience la suite, en espérant, bien entendu que celle-ci soit à la hauteur de mes espérances et que le syndrome Empire ne se représente pas : j’avais tellement porter aux nues le premier tome que la suite, pourtant sympathique, ne fut pas à la hauteur de mes espérances. Mais bon, avant de tirer des plans sur la comète, je conclurais en disant que même si ce n’est pas la BD de l’année, ce premier tome de Keltos est une très bonne surprise, ma foi assez réussis et que je ne suis pas près d’oublier de si tôt.

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