mardi 12 janvier 2010

ETREINTES BRISÉES


ETREINTES BRISÉES

Dans l'obscurité, un homme écrit, vit et aime. Quatorze ans auparavant, il a eu un violent accident de voiture, dans lequel il n'a pas seulement perdu la vue mais où est morte Lena, la femme de sa vie. Cet homme a deux noms : Harry Caine, pseudonyme ludique sous lequel il signe ses travaux littéraires, ses récits et scénarios ; et Mateo Blanco, qui est son nom de baptême, sous lequel il vit et signe les films qu'il dirige. Après l'accident, Mateo Blanco devient son pseudonyme, Harry Caine. Dans la mesure où il ne peut plus diriger de films, il préfère survivre avec l'idée que Mateo Blanco est mort avec Lena, la femme qu'il aimait, dans l'accident. Désormais, Harry Caine vit grâce aux scénarios qu'il écrit et à l'aide de son ancienne et fidèle directrice de production, Judit García, et du fils de celle-ci, Diego. Depuis qu'il a décidé de vivre et de raconter des histoires, Harry est un aveugle très actif et attractif qui a développé tous ses autres sens pour jouir de la vie, sur fond d'ironie et dans une amnésie qu'il a volontairement choisie ou, plus exactement, qu'il s'est imposé. Il a effacé de sa biographie tout ce qui est arrivé quatorze ans auparavant. Il n'en parle plus, il ne pose plus de questions ; le monde a eu vite fait d'oublier Mateo Blanco et il est lui-même le premier à ne pas désirer le ressusciter... Une histoire d'amour fou, dominée par la fatalité, la jalousie et la trahison. Une histoire dont l'image la plus éloquente est la photo de Mateo et Lena, déchirée en mille morceaux.

En quelques sortes, Pedro Almodovar peut être considéré comme étant le parfait exemple de ma propre connerie. Oui, bon, je sais que cette entrée en matière peut paraître curieuse mais elle me semble nécessaire. Adolescent, j’avais découvert ce réalisateur espagnol et je l’avais immédiatement détesté. La raison ? Stupide, tout simplement : Talons aiguilles sorti en 1991 avait fait un tel buzz (hum, de mémoire, on n’utilisait pas cette expression à l’époque) médiatique, on voyait Victoria Abril partout et le nom d’Almodovar était sur toutes les lèvres, alors, du coup, du haut de mes quinze ans, j’avais décrété que c’était de la daube. Voilà, sans même prendre la peine de regarder le film. Puis, au fil des années, lors de chaque sortie d’une nouvelle œuvre du plus connu des réalisateurs ibériques, mon mépris allait en s’amplifient. Il faut voir aussi que les sujets de ces fameux films n’aidaient pas forcement puisque bien souvent, c’était toujours les mêmes : problèmes relationnels avec la maman, homosexualité, relations ambiguës entre les protagonistes, lourds secrets, coups de théâtre inattendus, retours en arrière incessants ; bref, à mes yeux, ce brave Pedro ne cessait sans arrêt de nous pondre le même film à chaque fois. Et cela, je l’avais décrété sans en voir un seul ! Quand je vous disais que j’étais con (enfin, certains doivent penser que je le suis toujours mais passons…). Et puis, un jour, je me suis lancé et j’ai aimé, tout simplement. Et puis, j’en ai vu un deuxième, un troisième et j’ai adoré, tout bonnement, au point que, au jour d’aujourd’hui, je n’ai aucun problème à vous dire que Pedro Almodovar fait parti de mes réalisateurs fétiches. Après tout, on dit bien que seul les imbéciles ne changent pas d’avis, non (Par contre, j’étais dans le même cas avec Quentin Tarantino et depuis que j’ai vu ses films, cela n’a fait que conforter mon avis peu reluisant sur lui mais bon, ceci est une autre histoire).

Mais alors, cet Etreintes brisées, énième film du sieur Almodovar, que vaut-il réellement ? Disons le tout de suite, ici, on est à mille lieux, du moins à mon avis, d’une petite perle comme La mauvaise éducation, car il est incontestable que le réalisateur espagnol a déjà fait bien mieux. Pourtant, une fois de plus, sans atteindre des sommets, nous nous trouvons là devant un superbe film, assez marquant de par la justesse du jeu de ses acteurs : sublime Pénélope Cruz, forcement, mais aussi une petite mention spéciale selon moi a Blanca Portillo porteuse de lourds secrets ; les acteurs masculins n’étant pas en reste, bien entendu, en particulier Jose Luis Gomez dans le rôle du mari jaloux et cocu. Des acteurs inspirés, certes, mais un synopsis suffisamment accrocheur qui reprend, bien évidement, tous les habituels sujets de prédilection favoris d’Almodovar : problèmes relationnels avec la maman, homosexualité, relations ambiguës entre les protagonistes, lourds secrets, coups de théâtre inattendus, retours en arrière incessants (ah, que j’aime le copié/collé)… quoi que, a bien y réfléchir, pour une fois, on échappe presque (oui, presque) aux problèmes avec la maman (quoi que…). Du coup, sans être franchement original, Etreintes brisées, véritable hommage au milieu du cinéma et surtout ses actrices par d’ailleurs, est plus un film « à la Almodovar », sans grandes surprises mais qui n’en fonctionne pas moins a sa manière. Pour cela, il est vrai qu’il le doit beaucoup à un bon synopsis et a des acteurs inspirés qui font que le spectateur ne décroche pas un seul instant. De plus, pour finir, je tenais à signaler qu’étant maintenant un habitué des œuvres d’Almodovar, cet Etreintes brisées m’a plus marquer pas ses secrets moins marquants que d’habitude : a force d’échafauder des théories plus tortueuses les unes que les autres, j’ai apprécier que celles-ci soient finalement plus sobres (ceux qui ont vu le film comprendront peut être ou je veux en venir ?). Bref, peut être pas la meilleur œuvre de Pedro Almodovar, mais un film à ne surtout pas manquer, sans aucun prétexte (si l’on m’avait dit que je dirais cela il y a 20 ans, j’aurais rigoler…).

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