vendredi 4 septembre 2009

LE FLEUVE DE L’ÉTERNITÉ : LES DIEUX DU FLEUVE


LE FLEUVE DE L’ÉTERNITÉ : LES DIEUX DU FLEUVE

L'humanité s'est réveillée un matin sur les deux rives d'un fleuve géant, ressuscitée par un peuple de l'avenir, les Ethiques. Elle s'est aussitôt livrée avec entrain à ses passe-temps favoris, la conquête du pouvoir, la guerre, le sexe, avec d'autant plus d'enthousiasme que la résurrection était garantie sans frais. Le but des Ethiques avait été de donner à chaque humain une occasion de progresser spirituellement. De toute évidence, il allait falloir du temps, beaucoup plus de temps qu'il n'en avait prévu. Un ressuscité nommé Jésus pouvait en témoigner qui, sur la rive du Fleuve, allait une fois de plus être mis à mort. Et les hardis compagnons qui, sous la conduite de Richard Burton et de Mark Twain, avaient conquis la Tour des Ethiques, allaient être soumis à la plus grande de toutes les tentations. Disposer à leur gré, outre l'immortalité, de tous les pouvoirs des Dieux du Fleuve.

Assez curieusement, un peu partout sur le net, j’ai lu et relu bon nombre de critiques peu enthousiastes au sujet de ce cinquième et dernier tome de ce fabuleux cycle qu’est le Fleuve de l’éternité ; du coup, et si, alors qu’en temps normal je n’en tiens pas vraiment compte, je dois avouer que je m’étais fais une fausse idée de ces Dieux du fleuve, et que, après lecture, je reconnais que je me suis avancer un peu vite. Ainsi, et contrairement à ce que vous pourrez trouver par ailleurs, cette critique sera bien plus positive qu’en temps normal, et ce, au point de me surprendre moi-même. Comme quoi, il est bel et bien vrai que tous les goûts sont dans la nature et que ceux-ci ne se discutent pas, car, pour ce qui est de mon cas, j’ai apprécier cette « nouvelle » fin à ce qui est, incontestablement, l’un des plus grands cycles de la science fiction. Mais, il est temps d’approfondir le sujet.

Sans atteindre les sommets des deux premiers tomes de la saga, les Dieux du fleuve ne sont pas non plus aussi inutiles que certains, un peu trop hâtivement à mes yeux, se sont empressés de déclarer. Vrai-faux roman, composé d’une nouvelle, Ainsi meurt toute chair, longue d’environ cents pages, et, de la suite a proprement parlée de la saga, les fameux Dieux du fleuve, bien plus ancrée dans l’intrigue et où l’on retrouve Burton et ses compagnons quelques semaines après la fin du Labyrinthe magique. Ainsi, impossible de vous proposer une critique digne de ce nom sans diviser celle-ci en deux parties. Et, comme vous allez vous en apercevoir, les deux sont loin de se valoir :

Ainsi meurt toute chair est incontestablement une déception. Certes, ce fut avec plaisir que je lu cette nouvelle dont l’intrigue avait lieu dans cet univers si riche qu’est le monde du fleuve (et qui possède un vivier inépuisable de bonnes histoires à raconter, dommage que Farmer ne nous ait pas proposer d’autres récits), cependant, malgré un style égal à celui de la saga principale, une intrigue pas forcement géniale mais néanmoins sympathique, qualifier celle-ci de réussie serait exagérée. Et cela, tout simplement parce que, lorsque l’on inclus dans un récit, tout simplement le Christ parmi les personnages principaux, et bien, on s’attends au moins à ce que celui-ci ait un rôle légèrement plus étoffé. Hors, ce fut loin d’être le cas. A la place, le lecteur se retrouve donc avec une aventure de Tom Mix, l’acteur du début du dix neuvième siècle qui plaisait tant à Farmer et que l’on avait déjà vu dans la saga principale, fuyant un tyran pas forcement charismatique avec, pour compagnons, Jésus, donc, et l’une de ses compatriotes, mais les deux dans des rôles presque insignifiants. Alors, l’on doit se coltiner ce brave (mais bon, lassant) Tom Mix, pas forcement indispensable (quel dommage que l’on n’ait pas eu un personnage nouveau, qui n’avait pas encore fait son apparition), sur la quasi-totalité du récit. Quant à Jésus, et bien, ses apparitions sont rares, bien trop rares. Et si ses doutes sont assez bien trouvés de la part de l’auteur, ils auraient largement mérités d’être plus développés. Du coup, alors que l’on aurait put être en droit de s’attendre à une bonne intrigue centrée sur le questionnement métaphysique du Christ, on a, à la place, une vulgaire aventurette de Tom Mix. Lisible mais très loin d’être indispensable…

Par contre, pour ce qui est du gros de ce cinquième tome, les Dieux du fleuve, l’intérêt est bien plus élevé. Beaucoup, comme j’ai put le constater en lisant d’innombrables critiques, ont regretter que Farmer ait, dans cette suite, remis en cause certaines des révélations finales du Labyrinthe magique. Certes, dans le fond, l’auteur n’était pas obligé de revenir sur celles-ci, pourtant, après avoir lu, et découvert les diverses nouvelles vérités sur les buts des Ethiques et le sort des « âmes » après la mort, celles-ci ne m’apparaissent pas inintéressantes, bien au contraire et j’ai trouver la démarche plutôt pertinente. En préface du troisième tome, le Noir dessein, Philip José Farmer s’excusait auprès de ses lecteurs des fins à rebondissements des premiers volumes et expliquait que la structure même de l’intrigue, l’avait fait renoncer à faire comme Asimov, dans son excellent cycle, Fondation, où les révélations finales de fin de tomes étaient remises en cause des le début des suivants. Et c’est ainsi que l’on doit juger les Dieux du fleuve : une remise en cause littérale des certitudes, tout justes acquises. Après, on l’accepte ou non. Et si cela n’était pas nécessaire aux yeux de certains, et ben, ma fois, personnellement, je trouve que ce tome conclue bien mieux la saga que ne l’avais fait le précédant qui ne s’était guère attarder dans cette fameuse Tour noire, but tout de même des héros depuis le départ. Car ce cinquième volume du cycle n’est pas qu’un prétexte pour l’auteur qui souhaite ainsi remettre en cause les révélations de Loga, le fameux X, le récit allant beaucoup plus loin et s’intéressant fort judicieusement à mes yeux à ce que feraient des hommes et des femmes dotées de ce qu’il faut bien appeler des pouvoirs quasi divins. Et c’est là, franchement, que repose toute la force de ce roman car, comme on va vite s’en rendre compte, les choses ne vont pas être aussi simples. Car après un drame, vint s’installer une ambiance paranoïaque qui va mettre les nerfs de Burton et ses compagnons à rude épreuve, puis, une fois le problème apparemment réglé, vint le plus jouissif du récit : nos héros vont commencer, chacun à sa manière, a utiliser les possibilités quasi illimitées qui sont mises à leurs dispositions et si, chacun n’agit pas de la même façon, les conséquences ne seront pas forcement heureuses et les problèmes ne vont pas tarder à resurgir. Et ce, jusqu'à une bataille à la fois homérique et absurde, entre ceux-ci et les personnages d’Alice au pays des merveilles, tout au tant risible que dramatique. Ensuite, il sera toujours temps de connaître enfin la vérité et de finir sur une note bien moins métaphysique que dans le précédant tome, ainsi qu’une décision assez logique au vu de la personnalité de ces « héros » qui nous ont accompagner tout au long de ce fabuleux cycle que tout amateur de SF se devrait de lire.

Car il est indéniable, maintenant que j’ai achevé ce cinquième tome qui conclue définitivement mais avec un certain brio la saga, que le Fleuve de l’éternité fait partie, malgré quelques petites imperfections déjà citées au cours de mes divers articles, fait partie de ces chefs d’œuvres intemporelles que l’on n’oublie jamais. Avec ce cycle, Philip José Farmer tient là son œuvre culte, et, alors qu’il nous a quitter il y a quelques mois, peut être, qui sait, s’est il réveillée quelque part sur les bords du fleuve ?...

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