mardi 16 juin 2009

LE LIVRE DE CENDRES : LA DISPERSION DES TÉNÈBRES


LE LIVRE DE CENDRES : LA DISPERSION DES TÉNÈBRES

Après la mort de Charles le Téméraire, la Bourgogne a désormais une duchesse, dernier rempart contre les Machines sauvages et leur noir dessein. Mais la fin semble proche et Dijon ne devrait plus tarder à tomber : presque plus de nourriture, quinze mille Wisigoths – et le roi-calife de Carthage en personne ! – aux portes de la ville… Sans l'aide du Golem de pierre, seule une idée désespérée pourra sauver la ville, ou c'en sera fini de l'humanité tout entière.

« Cendres gagne toujours ! », tel pourrait être ce que l'on retiendra de ce cycle hors du commun qu'est le livre de Cendres. Certes, notre héroïne balafrée, pour y parvenir, connaîtra bon nombres de difficultés et de sacrifices, la mort rodera en permanence à ses cotés, cependant, quelques soient les peines, notre Capitaine de mercenaires charismatique parviendra à ses fins. Et pourtant, Dieu sait que la tache était ardue et compliquée, comme on avait put le constater dans les trois premiers tomes de la saga. Le quatrième, la dispersion des ténèbres, dans la même veine que ses prédécesseurs, vient conclure avec mæstria un cycle décidément hors norme et qui restera dans les mémoires de tout ceux qui auront su apprécié cette « espèce » d'Uchronie matinée de Fantasy et de Science fiction, fort bien écrite, où la réalité de bon nombre de situations ( craintes, doutes, batailles courtes et qui n'ont rien de glorieuses) sont a mille lieux de la Fantasy post-Tolkien auquel l'amateur est habitué, ce qui est appréciable : combien de clones du Seigneur des anneaux et d'univers a la Donjon et Dragons faut il se taper pour, enfin, pouvoir lire une oeuvre de qualité, différente et qui nous sort du cercle réducteur et ennuyeux qu"est « l'élu sauveur du monde, héroïque et imbattable, qui va occire dragons, orcs et trolls avant de se débarrasser du grand méchant et de régner sagement apportant un age d'or a son pays »... Franchement, combien d'oeuvres sont basées sur ce thème ? Des centaines, des milliers ? En tout cas, trop. Alors certes, cela n'empêche pas que certaines soient appréciables, cependant, c'est loin d'être le cas de la majorité de la production littéraire moderne. Avec Cendres, rien de tout ça. Evidement, Mary Gentle ne fut pas la première a sortir des sentiers battus (voir Elric, pour ne citer que le plus connu, mais également, dans mes lectures personnelles, Perdido Street Station de China Melville ou même Celtika de Robert Holdstock) ; néanmoins, cela fait du bien, que, de temps en temps, la SF-Fantasy sache nous offrir du renouveau.

Dans la dispersion des ténèbres, nous retrouvons Cendres et ses compagnons toujours enfermés dans Dijon, assiégée par des troupes Wisigothes de plus en plus nombreuses et l’espoir de s’en sortir semble vain, malgré le fait que Floria, le (la) médecin de la compagnie est devenue, de façon surprenante, la nouvelle Duchesse de Bourgogne. D’ailleurs, en parlant de siège, il serait bon de signaler que celui-ci dure pendant la moitié de l’œuvre, ce qui est notable, et que, malgré tout, l’on ne s’ennuie pas une seconde. Au contraire, ce semi huit clos, oppressant, qui aurait put paraître lassant, est tout sauf ennuyeux tant les diverses situations et autres rebondissements sont savamment dosées. De plus, enfin, toutes les questions que l’on pouvait se poser depuis le début du cycle trouvent enfin leurs réponses, et une fois de plus, le lecteur, courageux, qui se sera accroché à cette œuvre monumentale, sera aux anges, tant celles-ci sauront le combler et le surprendre, et ce, jusqu’au final. Car il est une chose qu’il faut retenir avant de se lancer dans la lecture du Livre de Cendres, c’est que les certitudes sont toujours bouleversées et que ce n’est que dans les toutes dernières pages que l’on connaîtra, finalement, le fin mot de l’histoire. Et, sincèrement, je dois vous avouer que j’ai tout simplement dévorer les deux cent dernières pages du cycle, n’ayant qu’une seule hâte : la connaissance. Savoir le rôle de la Bourgogne, ce que souhaitent vraiment les Machines sauvages et, bien entendu, comment Cendres s’y prendra pour sauver la mise. Toutes ses questions auront bien évidement leurs réponses. De même le lecteur qui, s’étant attaché au fil des quatre volumes a des personnages nombreux et charismatiques, y compris les très nombreux seconds rôles, tremblera jusqu’au bout, craignant pour la vie de ceux-ci (et, sans vous faire de révélations, sachez tout juste que les morts sont nombreux, et que, personnellement, l’un de mes préférés y ait passé, hélas…). Avant de conclure, je tenais a vous parler des différentes batailles, peut être moins nombreuses au final que l’on aurait put le croire, mais qui s’avèrent tout bonnement superbement bien écrites et d’une violence inouïe. Contrairement à bons nombres d’œuvres du même genre, celles du Livre de Cendres ont un petit quelque chose de plus que l’on appelle tout simplement le réalisme : ici, nulle gloire, aucun personnage invincible ou invulnérable, tout le monde peut tomber et ce, de multiples façons ; personne n’est a l’abris d’une flèche perdue, d’une chute, bref, de part ses descriptions, l’auteur nous entraîne quasiment au cœur de ce qu’était une bataille rangée au moyen age, bref, dans une boucherie. De même, ceux qui s’attendent à ce que les « héros » du cycle accomplissent de hauts faits d’armes seront indéniablement déçus ; dans la « réalité », tout le monde est égal dans un champ de bataille et le moindre combattant peut abattre le commandant ennemi. De même, remporter la plus incroyable des victoires n’empêche pas de mourir, dans une simple embuscade.

Au final, je ne peut que conseiller cette saga qui m’a véritablement enchanté et passionné ces derniers mois, et ce, comme rarement. Le livre de Cendres est une œuvre fort bien écrite, dense, riche, qui fourmille de bonnes idées, un formidable mélange des genres (Uchronie, SF, Fantasy pour ne pas me répéter) qui se marient a merveille, aux conclusions bien éloignées de ce que l’on a l’habitude d’avoir avec l’Heroic Fantasy de base. Je ne sais pas si cette quadrilogie restera dans les annales à la place qu’elle mérite, mais néanmoins, je peux vous garantir que, a mes yeux, je ne l’oublierais pas de si tôt. L’œuvre, bien entendu, mais également Cendres, magnifique, ainsi que ses compagnons. Certes, j’ai conscience que, de part sa complexité et sa richesse de détails, le cycle de Mary Gentle ne plaira pas à tout le monde, mais pour moi, je ne retiendrait qu’une chose : un véritable régal !

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