lundi 11 mai 2009

LE LIVRE DE CENDRES : LA PUISSANCE DE CARTHAGE


LE LIVRE DE CENDRES : LA PUISSANCE DE CARTHAGE

Prisonnière à Carthage, où le soleil ne brille plus depuis longtemps, Cendres n'a jamais été aussi près du Golem de pierre. Pourtant, simple esclave, sa vie ne tient plus qu'à un fil. Ou plutôt au bon vouloir des amirs wisigoths. Ceux-ci, et leur Faris, ont presque achevé leur croisade contre la Chrétienté et seule la Bourgogne leur résiste encore. Prête à tout pour survivre et retrouver la compagnie du Lion, Cendres découvrira-t-elle le secret de ses voix ?

Après un premier tome plus que prometteur, qui mettait en place l’univers si particulier du Livre de Cendres, quadrologie où se mêlent allègrement fantasy, uchronie et science fiction, La puissance de Carthage rentre de plein pied dans le vif du sujet, ne perdant en rien en qualité, imposant le cycle comme une réussite incontestable du genre. Car si dans le volume précédant, l’auteur s’attelait à développer ce passé à la fois si proche et si éloigné du notre, cherchant à le crédibiliser autant qu’il soit possible (en particulier grâce aux fameuses feuilles de correspondance insérées entre chaque chapitre), ce qui se justifiait mais pouvait parfois paraître lassant, ce deuxième tome ne possède quasiment aucun temps mort. Désormais, le lecteur, familiariser par ce moyen age alternatif, peut se délecter d’un récit toujours aussi excellant, qui donne la place belle à l’action et aux retournements de situations, et, surtout, humanise définitivement Cendres, cette héroïne qui n’apparaît plus que comme étant une simple machine de guerre implacable, mais également comme une femme, certes forte, mais rempli de doutes, de faiblesses, et qui va connaître bien des déboires pendant une bonne partie de l’intrigue. En effet, si le premier chapitre de La puissance de Carthage est la suite directe du tome 1, et voit l’arrivée de Cendres et de sa compagnie au cœur du royaume de Bourgogne, les préparatifs du combat à venir contre les troupes Wisigoths de la Faris puis, l’affrontement à proprement parler, la suite est bien différente. Prisonnière de ses ennemis, notre héroïne va être amenée à Carthage, ou elle rencontrera enfin son « père ». Et ce deuxième tome de prendre des tons bien plus intimistes, où Cendres, parfois brisée, tant physiquement que moralement, essayera par tous les moyens d’apprendre la vérité sur son passé mais également de tout faire (y compris par des moyens peu glorieux) pour sauver sa vie. Le talent de l’auteur fait le reste : on souffre avec celle qui, il n’y a pas si longtemps, menait ses hommes d’une main de fer et semblait capable de tout encaisser sans férir, on partage ses joies et ses nombreuses peines, ses espoirs et ses désillusions, et surtout, comme elle, on est stupéfait des nombreuses révélations qui nous assènent tout au long du récit, et qui viennent petit à petit, à la fois révéler bon nombre de solutions à quelques mystères, mais, également, apporter de nouvelles énigmes, comme ces inquiétantes machines sauvages, qui semblent tirer les ficelles dans l’ombre.

Quasiment omniprésente de bout en bout (les habituels personnages secondaires ne faisant que de courtes apparitions en certains points de l’intrigue, mais même ainsi, Fernando Del Guiz gagne encore en charisme), de part la force des choses, le personnage de Cendres acquière un statut supérieur, bien plus intéressant que dans le premier volume. De plus, les multiples révélations dévoilées, ainsi que les multiples complots viennent complexifier un récit déjà riche à la base, mais qui devient de plus en plus passionnant, au point que l’on à énormément de mal à lâcher la lecture, et ce, même si le style est parfois ardu et rebutera sans doute certains. Mais ils auraient tort de ne pas s’accrocher, tant ce cycle grouille d’excellentes idées et tant il apparaît de plus en plus que le mélange des genres fonctionne à merveille. Comme chaque réponse donnée à une question en entraîne deux nouvelles, le lecteur, tout en échafaudant ses propres théories, ne pourra que rester en haleine devant une intrigue aussi bien ficelée. Un deuxième tome excellant, donc, qui laisse présager du meilleur pour la suite, et qui classe, le cycle de Cendres comme une réussite incontestable de ces dernières années.

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