vendredi 21 novembre 2008

LA OU VONT NOS PERES


LA OU VONT NOS PERES

Pourquoi tant d'hommes et de femmes sont-ils conduits à tout laisser derrière eux pour partir, seuls, vers un pays mystérieux, un endroit sans famille ni amis, où tout est inconnu et l'avenir incertain ? Cette bande dessinée silencieuse est l'histoire de tous les immigrés, tous les réfugiés, tous les exilés, et un hommage à ceux qui ont fait le voyage...

Alors la, l’affaire est entendue tout de suite : nous nous trouvons devant un chef d’œuvre. Tout simplement. Mais, est ce une BD, un roman graphique ? Les deux à la fois, mais la terminologie importe peu, ce qui compte, c’est la valeur intrinsèque de cette œuvre de Shaun TAN, un auteur et illustrateur australien déjà primé à de multiples reprises ; et l’on comprend pourquoi.

Ce n’est pas évidant de critiquer un chef d’œuvre, et sincèrement, je pense que ce post ne sera probablement pas à la hauteur de cette BD, mais je vais essayer de faire de mon mieux, afin de vous convaincre de ne pas passer à coté d’un tel monument. Pour l’apprécier, il n’est nullement besoin d’être un amateur de bande dessinée, loin de là. Cependant, peut être vous faudra t’il une certaine sensibilité d’une part, un goût certain pour l’imaginaire et, surtout, vous aménager un certain temps au calme et au silence, seul, afin de mieux vous immerger dans cette œuvre féerique.

Après un préambule ou l’on voit des dizaines de visages aux origines diverses, l’on entre doucement dans l’histoire elle-même, avec le départ d’un père et sa séparation, forcement douloureuse d’avec ses proches, le tout sous un fond sépia du plus bel effet qui ne nous quittera pas tout au long de l’album, lui donnant un aspect graphique du plus bel effet. Cette scène, mille fois vue et revue, voir vécue, n’est qu’une entrée en matière, et ne nous permet pas d’imaginer la suite. Tout au plus sais t’on que cet homme part travailler « ailleurs », dans un lieu où, forcement, la vie sera plus facile pour lui et les siens. Les raisons de son départ, on ne les connaît pas précisément, mais la dernière case, nous les laisse deviner, et ce, de façon métaphorique…

En fait, c’est ainsi que j’ai vu cet album, où notre réalité est dépeinte avec des paraboles, des métaphores, mais que l’on peut parfaitement reconnaître. Shaun TAN n’a jamais caché que « Là où vont nos pères » était une parabole sur l’immigration. Cependant, je ne m’attendais pas à une telle réussite. En fait, lorsque l’on avance dans l’histoire, on s’aperçoit que tout est suggéré et que les liens entre cet étonnant pays des merveilles, digne d’Alice, et notre monde sont nombreux, ne serais que pour la scène où le navire qui emmène les immigrés arrive devant le port de ce qui ressemblerait bien à New York si un architecte sous acide en avait tracé les plans (évidemment, une « statue de la liberté » a la sauce TAN est présente). Mais, le parti pris graphique de l’auteur, au demeurant somptueux, alternant des cases intimistes à de grandes doubles pages magnifiques, nous montre, ainsi, ce que peut ressentir un étranger arrivant pour la première fois dans un nouveau pays, si différent du sien, avec les difficultés qui l’accompagnent : se faire comprendre, trouver un logement, un travail, apprendre la langue, découvrir de nouvelles coutumes etc. Alors, bien évidemment, notre personnage principal a de quoi être perdu en arrivant en un tel endroit. Mais si, dans cette BD, le coté « ville féerique » est mis en avant, dans notre monde réel, les difficultés n’en sont pas moins importantes.

Alors, je ne vous dévoilerais pas davantage l’histoire en elle-même, cela serait gâcher le plaisir si important de la découverte par sois même. Tout au plus me répéterais je en vous conseillant vivement cette œuvre emplie de métaphores, aux graphismes féeriques et inoubliables qui ne pourra vous laisser insensible, en particulier, si comme moi, vous vous retrouver dans cette histoire. De part mes origines, c’est le cas : mes parents, un jours, on quittés leurs pays natal comme tant d’autres, et c’est pour cela que « Là où vont nos pères » m’a autant toucher. Les difficultés vécues par le personnage principal ne me sont pas entièrement étrangères. A moi, comme a tant d’autres. Et sincèrement, on peut être davantage toucher par ce que certains apeleraient dédaigneusement une vulgaire BD que part un énième reportage sur l’immigration…
A découvrir de toute urgence !

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