jeudi 16 octobre 2008

LES ANNALES DU DISQUE MONDE : LES PETITS DIEUX


LES ANNALES DU DISQUE MONDE : LES PETITS DIEUX

Or il advint qu'Om, le grand dieu, prit la parole en ce temps-là, et s'adressa en ces termes à Frangin, l'Èlu : "Psst !" Frangin s'arrêta au milieu d'un coup de binette et fit du regard le tour du jardin du temple. "Pardon ?" lança-t-il. C'était une belle journée du printemps prime. Les moulins à prières tournaient joyeusement dans le vent qui tombait des montagnes. En altitude, un aigle solitaire décrivait des cercles. Frangin haussa les épaules et retourna à ses melons. Le grand dieu Om s'adressa derechef à Frangin, l'Èlu : "T'es sourd, mon gars ?"
C'est une bien lourde responsabilité qui allait s'abattre sur les frêles épaules du jeune novice : il ne s'agissait de rien de moins que de prévenir une guerre sainte. Car il est des hérétiques, voyez-vous, pour prétendre au rebours du dogme de l'église, que le monde est plat et qu'il traverse l'univers sur le dos d'une immense tortue...

Décidément, ce qui est amusant avec les Annales du Disque Monde, c'est que c'est souvent les livres ou l'on attend pas grand chose qui s' avèrent les tout meilleurs. Si c'est avec impatience que l'on se plonge dans une nouvelle lecture des aventures des sorcières de Lancre ou du Guet, les tomes dits indépendants ne sont, incontestablement, pas attendus de la même manière.
On se dit: "Tient, un nouveau volume? Qu' est ce que cela va donner? Et au fait, il est long ou pas parce que le suivant, lui, y a Rincevent etc..."
Et comme souvent, on a tort.
Et c'est le cas avec ces Petits Dieux qui, personnellement, resteront longtemps dans ma mémoire.

Bon, d' emblée, je dois reconnaître que le sujet de ce treizième tome m' intéressait puisqu'il abordait la religion. Cependant, comme je viens de l' expliquer, le fait qu'il soit "indépendant" me faisait douter au départ. Sentiments contradictoires qui furent, au bout de quelques pages (et de quelques jours, j'ai eu un peu de mal a rentre dans l' histoire par manque de temps surtout)balayés par la sensation que je me trouvais devant une petite perle.
Cette fois ci, Terry Pratchett s'éloigne a des années lumières de l'humour burlesque a la Rincevent pour une autre variété bien plus subtile; moins présente de prime abord, mais qui ne servirait plus que comme toile de fond tandis que le but même de l'ouvrage, lui, était mis en avant de bout en bout.
Car " Les Petits Dieux" sont une oeuvre noire, bien plus sombre que les autres volumes des Annales, ce qui bouscule un peu nos habitudes, ce qui n' est pas plus mal.
Mais cela se comprend car le sujet traité, l'intolérance des religions entre elles avec tout ce que cela entraîne (guerres saintes, inquisition, sacrifices, non respect des autres) n'est pas, a priori, un sujet comique (attention, je n' affirme pas que celui ci n' est pas présent).

Et c'est avec une histoire qui commence banalement avec un novice d' Omnia ( une théocratie fort semblable au Judéo-Christianisme) au nom ridicule, Frangin qui rencontre une tortue qui s' avère être, tout bonnement, son Dieu, Om, que Pratchett va nous entraîner dans un long voyage critique de l' intolérance religieuse et cela, de façon magistrale.
Tout y passe, y compris ces fameux Dieux, qui semblent si puissants mais qui s' avèrent si dépendant des croyances Humaines : l'inquisition, toujours aussi terrible, les guerres saintes, les autodafés de livres (l'homme n' a pas besoin de savoir), les contrastes entre religieux, philosophes et militaires, a la fois si dissemblables et pourtant, parfois si proches.
Et, bien évidement, tuer les infidèles qui prétendent que la Terre est plate alors que, tout le monde sait bien que c'est un disque posé sur 4 éléphants, eux mêmes posés sur une tortue...
Ou comment retrouver Gallilé dans le Disque Monde.

Forcement, tout finira bien.
Mais avant cela, il en faudra des pérégrinations a Frangin et ses compagnons dans une histoire splendide, qui fait énormément réfléchir.
Une histoire ou les protagonistes principaux sont, pour la plupart, forts bien réussis ( a ce sujet, Vorbis est tout simplement culte!); une histoire qui nous permet de ne pas oublier que les religions, a travers les âges, on été responsables d' innombrables conflits, de destructions et de morts...
Surtout que l'on ne l'oublie jamais.

Et pourtant, elle se meut...

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